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dAf 30


GRANDEMANGE Jacques

Les mines d'argent du duché de Lorraine au XVIe siècle

Histoire et archéologie du Val de Lièpvre (Haut-Rhin)

La confrontation des données recueillies à partir de sources documentaires aussi différentes que des archives comptables et les vestiges archéologiques d'un système minier, constitue la clef de voûte de cet ouvrage consacré aux mines d'argent du duc de Lorraine dans le Val de Lièpvre entre 1512 et 1628 (Haut-Rhin). Cette démarche originale nous conduit, à travers le dédale d'un réseau complexe de galeries et de puits, vers la découverte non seulement d'une organisation spatiale rationnelle accompagnée de techniques de construction et d'exploitation spécifiques, mais également des conditions économiques et politiques ayant favorisé son développement. Alliant ainsi histoire et archéologie, cette recherche représente pour la connaissance des mines et de ses techniques, un document d'une grande richesse d'informations à l'usage aussi bien des spécialistes que des néophytes.

Résumé court

Résumé long

A la fin du Moyen Age, l'Europe occidentale souffre d'une pénurie de métaux précieux dont la demande va favoriser la reprise de l'activité minière dans les pays germaniques et leurs marges. Amorcée en 1450, cette recrudescence va se prolonger jusqu'au milieu du XVIe s. car la conjoncture ne sera modifiée qu'à ce moment par les arrivages du Nouveau Monde. C'est dans ce cadre économique que les mines d'argent du massif vosgien vont connaître leur essor, qu'elles soient sous la juridiction de l'empire d'Autriche ou du duché de Lorraine. Dans cet ensemble, le Val de Lièpvre fut le plus important centre de production argentifère du territoire national actuel. Situé à égale distance entre St-Dié et Sélestat, son territoire était alors coupé en deux : les mines méridionales étaient exploitées par la seigneurie de Ribeaupierre, vassale des Habsbourg, les mines septentrionales par le duché de Lorraine. Cette étude porte sur ces dernières en alliant histoire et archéologie : un large dépouillement d'archives comptables permet d'exposer leur histoire, trois campagnes de fouilles menées sur un ensemble minier révèlent leur conception rationnelle et leurs indissociables techniques.


1. Histoire des mines ducales du Val de Lièpvre : les comptes des receveurs (1512-1628)

Les comptes des receveurs des mines permettent de retracer l'évolution de l'activité minière entre 1512 et 1629 avec ses phases de recherche et d'abandon, de production et de déclin. Se répartissant en douze secteurs principaux, 276 mines sont ainsi mises en exploitation, mais 24 seulement, vont produire de l'argent, du cuivre et parfois du plomb. Le nombre impressionnant de recherches stériles montre les difficultés mais aussi l'opiniâtreté de la prospection. Celle-ci mettra d'ailleurs 38 ans pour découvrir les riches filons de la colline de St-Pierremont. L'essor de la production s'étend sur 20 ans. Il débute en 1551 et s’achève en 1571. Pendant ces 21 ans, la production moyenne s'élève à 1298 kg d'argent fin par an, ce qui est considérable pour le duché de Lorraine. La quasi-totalité de cette production est l'oeuvre de seulement 4 mines du secteur de St-Pierremont : St-Guilfaume, St-Jean, Notre-Dame-de-Pfennigthorne associée à St-Henry-I'Empereur-au-Donde-Dieu et Samson. Mais la production chute inexorablement dès 1572 et, en dehors d'une courte reprise en 1591 et 1593, elle deviendra négligeable à "aube du XVIIe s.


2. Archéologie des techniques minières: l'étude du système de la Fontaine des Chouettes

L'enquête archéologique s'est portée sur la plus importante mine actuellement connue du premier .secteur productif du Val de Lièpvre ducal, celui de St-Pierremont. S'articulant autour d'un niveau supérieur d'exploitation et d'une galerie inférieure d'écoulement des eaux, ce système minier développe 1 225 m de travaux. Son étude permet de préciser les différentes techniques employées pour son exploitation : le percement des galeries, les outils utilisés, les repères d'arpentage, l'approche de la valeur de la toise des mines, les systèmes d'aérage, l'acheminement des matériaux par roulage, l'architecture et le boisage des puits. Ce faisceau de techniques complémentaires s'inscrit dans un système fonctionnel dont l'essence réside dans la distribution et l'organisation des ouvrages verticaux et horizontaux dans l'espace. Pièce maîtresse de ce système, la galerie d'écoulement des eaux ou erbstoll modifie profondément les conditions traditionnelles d'exploitation en relayant les principales opérations de manutention et d'entretien : la remontée des cuveaux par les trois puits est abandonnée, la maintenance du système d'aérage est délaissée, l'exhaure par gravité est assurée. Libérée de ses principaux freins techniques et financiers, la mine peut relancer ses activités de production. Cette maîtrise de l'espace souterrain et de ses indissociables techniques caractérise ainsi la conception rationnelle des travaux miniers de la Renaissance.

Dénommée« Fontaine des Chouettes » par un érudit du XIXe s., cette exploitation n'a toujours pas retrouvé son nom d'origine, la mine ayant peu produit malgré une relative importance de ses ouvrages. Dans l'état actuel de la recherche, sa correspondance avec la mine Armenrott est l'hypothèse la plus crédible. Contemporaine de la Fontaine des Chouettes, les comptes des receveurs ne lui accordent qu'une faible production d'argent malgré d'importants travaux.

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