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LAUBENHEIMER Fanette, Cécile Rodriguez
Les amphores de Bibracte
Le matériel des fouilles anciennes
Préfacé par le Ministre de la Culture, cet ouvrage est le premier volume d'une série consacrée aux recherches menées sur le Mont-Beuvray, haut-lieu de l'histoire, déclaré « grand site national » par le Président de la République en 1985. Fanette Laubenheimer directeur de Recherche au CNRS, dresse un bilan de l'extraordinaire masse d'amphores découvertes par deux pionniers de l'archéologie métropolitaine, Bulliot et Déchelette à la fin du XIXe et au début du XXe s. L'auteur procède d'abord à l'analyse de la constitution des collections. Comment les archéologues ont-ils opéré face à un matériel énorme, ingrat et qui était quasi inconnu il y a un siècle ? Aux publications partielles et sommaires de ce matériel, très utilisées cependant, se substitue désormais un catalogue rigoureux et bien documenté qui réunit, pour la première fois, l'ensemble des collections et en renouvelle entièrement la lecture. Exceptionnelles en Gaule par leur quantité les 195 amphores timbrées, surtout italiques, soulignent l'intensité, sur l'un des plus grands oppida de la Gaule Chevelue, des importations de vin étrusque et campanien au cours du Ier s. avant notre ère puis l'émergence d'un nouveau courant d'importation de vin, d'huile et de sauces de poisson en provenance de la péninsule Ibérique. Ouvrage de référence et première publication d'envergure depuis la récente reprise des fouilles dans la capitale des Eduens ce livre jette un pont entre les fouilleurs du XIXe s. et les archéologues d'aujourd'hui.
Résumé court
Résumé long
Introduction
Les amphores des fouilles anciennes du Mont-Beuvray représentent un matériel qui exerce un attrait puissant. D'une part, en raison de l'importance de Bibracte, l'un des plus grands oppida de la Gaule Chevelue, bien connu des lecteurs de César; d'autre part, du fait des fouilles qui ont été conduites avec une grande persévérance pendant quatre ans, entre 1867 et 1907. La collection exceptionnellement riche d'amphores timbrées, 195 estampilles, n'avait reçu à l'époque qu'une publication partielle et sommaire. Une vision globale et renouvelée d'un tel matériel s'imposait pour en tirer tous les enseignements et établir une documentation de référence.
1. L'archéologue et les amphores: 1867 à 1907
Tout au long de ses fouilles, Bulliot trouve beaucoup d'amphores fragmentaires, un matériel auquel il ne s'attend pas et qu'il ne connaît pas. Il les croit « incontestablement gauloises».Mais il faut mesurer à quel point, dans les années 1867, il mène une oeuvre de pionnier, quand l'histoire des amphores romaines est encore dans les limbes et que les ouvrages de référence font totalement défaut. Au travers des descriptions souvent imagées de Bulliot et celles de Déchelette, il apparaît qu'une grande série d'amphores prédomine très largement, celle que nous appellerons plus tard les Dressel 1 italiques. Apprécier la quantité des amphores importées à Bibracte est un point essentiel au plan de l'économie et du mode de vie des Eduens. L'entreprise est délicate et ne peut se fonder que sur l'analyse des rapports de fouilles et du vocabulaire utilisé par les archéologues. Les expressions telles que «monceau d'amphores» ou «amas considérable »... abondent. Il y a des amphores partout, mais il reste difficile de les chiffrer. Leur grand nombre, sans doute, a provoqué toutes sortes de recyclages de ces emballages perdus : matériaux de construction, urnes cinéraires, contenants divers... La prédominance d'un seul type – D1 - et la grande rareté des autres suggère un approvisionnement en vin d'une source unique, par des marchands en situation de monopole.
2. La constitution des collections
Alors qu'il saisissait mal l'intérêt économique de cette céramique assez grossière, Bulliot a pris le soin de l'examiner, de la décrire, il en a même découvert et déchiffré les inscriptions et s'est résolu à en conserver une partie, les objets marqués mais aussi des panses complètes, des lèvres, des anses ou des fonds. Les collections représentent donc un choix d'objets qui ont été répartis au fur et à mesure de l'avancement des fouilles. La plus grosse partie est restée à Autun, mais un lot important a été acheminé au château de Saint-Germain en- Laye que l'Empereur Napoléon III venait justement de promouvoir en Musée des Antiquités nationales. Un inventaire précis permet d'identifier la plus grande partie des objets qui y sont toujours conservés. L'identification de la collection du Musée d'Autun a été plus délicate, faute d'inventaire. D'autres amphores appartiennent au Musée de Saint-Léger-sous-Beuvray et à quelques collections privées.La totalité du matériel conservé appartient pour 94 % aux amphores vinaires D1 dont la prédominance éclate quels que soient les choix qui ont présidé à la composition de cet échantillonnage.
3 L'élaboration du catalogue
Confronter la liste des objets signalés de façon éparse dans les publications confuses de Bulliot (certains sont perdus) et celle des objets conservés (pas tous publiés) est un préalable nécessaire et délicat qui a conduit à une véritable enquête pour dresser un inventaire complet. Chaque timbre est illustré : photo de l'objet, dessin et photo du timbre, reproduction du dessin de Bulliot lorsqu'il y a lieu. Aux descriptions de l'objet, de la pâte et du timbre, s'ajoutent, si possible, sa localisation sur le site, les références à ses publications s'il y a lieu, et une documentation sur le timbre tel qu'il est connu et daté aujourd'hui.
4 Le catalogue des marques
Il se divise en trois rubriques : les marques au doigt (3 ex.), les graffites (4 ex.) et les timbres (grecs, latins et symboliques,193 ex.).
5 Réflexions sur les données du matériel timbré
La plus .grande masse des timbres latins concerne les amphores italiques ; des indications chronologiques pour un quart d'entre eux montrent que les importations de vin italien se font du début à la fin du Iers. av. J.-C. Des importations de vins étrusques et campaniens sont mis en évidence par le jeu des timbres d'origine connue (épaves, ateliers, onomastique). La distribution du vin italien à Bibracte ne semble pas très différente de celle d'autres oppida gaulois. Quelques amphores vinaires de Tarraconaise marquent le début d'un nouveau courant d'importations à la fin du Iers. av. J.-C. auquel s'associent un peu d'huile et des sauces de poisson du sud de la péninsule Ibérique.
Conclusion
Avant d'aborder l'analyse des amphores elle-même, un coup d'oeil sur la personnalité des fouilleurs pionniers du Beuvray éclaire la conduite de leurs recherches et le choix du matériel conservé, à l'époque où naissent les Antiquités Nationales. La riche documentation amphorique du Beuvray, pour la première fois perçue dans sa globalité, constitue une référence précieuse pour les nouvelles recherches qui s'engagent sur le site, comme pour les autres.