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dAf 27


JAUBERT Jacques, LORBLANCHET Michel, LAVILLE Henri

Les chasseurs d'Aurochs de La Borde

Un site du Paléolithique moyen (Livernon, Lot)

Conduite dans une optique palethnologique, cette étude apporte des éléments décisifs à la connaissance du mode de vie durant le Paléolithique moyen et des rapports que l'Homme à établis avec son environnement animal et minéral. L'aven de La Borde est en effet l'un des premiers, sinon le premier gisement français de cette période, où l'on a pu mettre en évidence l'exploitation quasi systématique du seul grand herbivore, l'Aurochs. Menée dans les conditions difficiles d'un sauvetage urgent, la fouille a donné lieu, grâce à l'intervention d'une équipe pluridisciplinaire associant étroitement des chercheurs du ministère de la Culture, du CNRS et de l'université, à une étude qui, à partir de l'analyse de la stratigraphie, des restes fauniques et de l'industrie lithique, conduit les auteurs à discuter du type de site étudié (piège naturel, dépotoir ou habitat) à aborder les stratégies de subsistance (charognage, chasse ou économie mixte) des Paléolithiques et à déterminer les territoires parcourus ainsi que les concepts de gestion de l'outillage.

Résumé court

Résumé long

La découverte d'abondants vestiges tant lithiques que fauniques, lors de travaux ruraux (construction d'une station de pompage) près de la ferme de La Borde (Livernon, Lot, a amené M. Lorblanchet à effectuer durant le printemps 1971 une intervention archéologique dans le cadre d'une fouille de sauvetage urgent qui a été suivie par une exploitation systématique des déblais pendant plusieurs années.

Le site est localisé sur un plateau calcaire appartenant aux Causses du Quercy (bordure orientale du Bassin aquitain). Les travaux avaient détruit une grande partie du remplissage piégé dans un aven, mais les relevés de coupe et la fouille de lambeaux ont permis de reconstituer la séquence stratigraphique et de confirmer l'appartenance des vestiges à un seul niveau archéologique relativement épais.

L'étude sédimentologique réalisée dans le contexte problématique de l'époque permet essentiellement de caractériser les dépôts et de préciser leur mise en place en régime colluvial, remaniant in situ les vestiges. Des soutirages et un concrétionnement ont affecté une grande partie de la séquence.

La grande faune est abondante, dominée à plus de 93 % par l'Aurochs (Bos primigenius). Une étude paléontologique détaillée apporte des éléments nouveaux et originaux de connaissance de la morphologie et de la biométrie de la denture des Aurochs et permet de préciser la structure et l'importance de la population de ces grands Bovidés (NMI= 40). Les espèces complémentaires (Equus caballus, Cervus elaphus, Equus hydruntinus et Canis lupus) autorisent à rapporter l'ensemble à un épisode tempéré contemporain, soit du Dernier Interglaciaire (stade 5), mais plus vraisemblablement antérieur à celui-ci (stade 7 ou oscillation tempérée du 6).

L'industrie lithique, essentiellement composée de quartz taillés, appartient au Paléolithique moyen et témoigne d'une activité vraisemblablement assez spécialisée (nombreuses coches et denticulés, polyèdres). Le débitage Levallois (linéal, centripète) est présent, associé à quelques racloirs façonnés sur un silex local ou d'importation.

L'analyse archéozoologique complète les données précédentes et engage à envisager la fonction du site et son rôle dans les activités des chasseurs moustériens. Une utilisation répétée semble se dégager, avec occupation récurrente sur l'ensemble de l'année (pas de saisonnalité) dans un but précis : l'acquisition de jeunes et de femelles d'Aurochs. Il ne s'agit donc pas d'un habitat stricto sensu mais plutôt d'un simple point de chasse dont la durée d'occupation est difficile à cerner. Cette stratégie de chasse semble écarter tout comportement opportuniste des hommes de La Borde et indique une grande connaissance des territoires parcourus ainsi que l'exploitation raisonnée du milieu. Ce type d'acquisition se retrouve dans d'autres gisements paléolithiques moyen du sud-ouest de la France, mais avec le bison comme espèce dominante (Coudoulous, Mauran). Des comparaisons sommaires avec les sites holocènes nord-américains les distinguent assez nettement des gisements pléistocènes moustériens.

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