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dAf 25


ROUVIER-JEANLIN Micheline, JOLY Martine, NOTET Jean-Claude

Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire)

Un atelier de figurines en terre cuite gallo-romaines (les fouilles du Breuil, 1985-1986)

En 1985-86, des fouilles de sauvetage réalisées à la périphérie de la ville thermale gallo-romaine d'Aquae Bormonis mettaient au jour un mobilier céramique exceptionnel : des centaines de figurines, d'archétypes et de moules dont beaucoup d'inédits attestaient l'existence d'un important atelier de production non encore localisé avec précision. Cet ouvrage en présente l'étude détaillée, éclairée par celle des structures exhumées et de l'ensemble du mobilier découvert : céramique plombifère et commune, sigillée, lampes dont la production sur place est probable ; amphores, monnaies, mobilier métallique et faune. Par les données chronologiques, typologiques et commerciales entièrement nouvelles qu'il apporte, ce volume constitue un outil de travail indispensable non seulement aux céramologues mais à tout archéologue travaillant sur le monde gallo‑romain.

Résumé court

Résumé long

INTRODUCTION

1. HISTOIRE DU SITE ANTIQUE ET DES FOUILLES (H. Louis)

De nombreux vestiges pré- et protohistoriques ont été recensés depuis le siècle dernier dans différents quartier de Bourbon-Lancy et dans la région voisine (outillage paléolithique, haches polies néolithiques, mégalithes, poterie primitive, urnes funéraires) et contribuent à renforcer la thèse du couloir ligérien néolithique. Un tumulus ainsi que de nombreuses monnaies éduennes confirment la probabilité d''une occupation celtique qui transparaît aussi dans la toponymie locale. Cependant, les structures et vestiges les plus abondants datent de l'époque gallo-romaine. Enfouis en masse dans le sous-sol, ils témoignent de l'ampleur de l'urbanisation romaine centrée sur le thermalisme, ainsi que de l'assimilation rapide des dieux celtes tutélaires de la cité, Borvo et Damona (vastes égouts monumentaux toujours en service, deux temples sur les coteaux voisins). En 1892, les fouilles de Melin et Bertrand ont apporté la quasi-certitude que des figurines en terre cuite avaient été moulées à Bourbon. L’existence simultanée des eaux thermales et d'un carrefour routier suffit à justifier le développement local d'un artisanat, vraisemblablement varié. La destruction de la cité semble remonter au milieu du IVe s. de n.è.

 

2. LES STRUCTURES EXHUMÉES (M. Joly)

Le site, couvrant plusieurs hectares, n'a été exploré que ponctuellement. La fouille dans quatre grands secteurs a mis en évidence une occupation humaine durant les Ier et IIe s. ap. J.-C. Les vestiges découverts appartiennent à un quartier d'habitation en rapport avec l'atelier de coroplathes (et sans doute de potiers) tout proche.

 

ANNEXE : ÉTUDE DENDROCHRONOLOGIQUE (G. Lambert, C. Lavier)

16 bois du site ont subi une étude dendrochronologique. Ils ont été inter corrélés pour donner une séquence moyenne unique de 326 ans appelée « Bourbon-Lancy Moyenne 11 » ou Bourbon-Lancy M 11 dont la puissance (cover ou Bedeckung) est de 5.3 cernes par an. La datation a été obtenue sans difficulté par corrélation sur les étalons (masters ou Chronologies) du Wurtemberg, de Trèves et de Neuchâtel. Les dates d'abattage des arbres ne sont cependant pas aussi précises qu'on le souhaiterait car aucun des échantillons ne comportait de cambium et deux seulement incluaient l'aubier. Les auteurs proposent cependant un calcul d'estimation des dates d'abattage en se basant sur l'hypothèse qu'en général seule la couche d'aubier a été altérée. La séquence se termine en 12 ap. J.-C. et la période d'abattage se place dans une plage de probabilité située entre 5 et 35 ap. J.-C.

 

PREMIÈRE PARTIE : LES FIGURINES EN TERRE CUITE (M. Rouvier-Jeanlin)


La fouille de Bourbon-Lancy vient de révéler une très grande quantité de figurines en terre cuite gallo-romaines accompagnées de moules et, c'est exceptionnel, d'archétypes. Si la présence de nombreux moules (260, dont certains en plusieurs exemplaires identiques) est une présomption de fabrication sur le lieu de trouvaille, celle d'une vingtaine d'archétypes (modèles qui servaient à la fabrication des moules) en est une preuve. La découverte de plusieurs séries de figurines identiques sorties de moules trouvés au même endroit est une preuve de plus, même si les structures d'ateliers n'ont pas encore été découvertes.

Ce qui frappe en premier, c'est l'homogénéité de style de l'ensemble de la découverte, la grande taille de nombreuses pièces, le nombre restreint des sujets représentés ainsi que la rareté des signatures sur les moules (PISO, SEXTVS, GEN. PRISC.).

Chaque chapitre de cette partie comprend une typologie du sujet présenté, une liste des moules et figurines trouvés sur le site et un commentaire typologique développant chaque type (divinités, personnages, animaux).

Parmi les sujets présents, ce sont les Vénus, les bustes féminins et les volatiles qui prédominent. Les chiens, les taureaux et les chevaux viennent ensuite, suivis de près par les « tireurs d'épine» et des personnages assis ou debout. Les divinités autres que Vénus apparaissent en petit nombre : quatre Minerve, une Epona, un Mercure, mais, et c'est la plus grande surprise, pas le moindre fragment de déesse-mère. Deux types d'édicules (à fronton à trois points ou triangulaire) étaient fabriqués là pour abriter Vénus ou Minerve.

La quasi-totalité des Vénus (qui ne compte pas moins de quatorze nouveaux types) appartient au type I (la draperie passe sur le poignet) ; mais la grande révélation, c'est la présence de Vénus à gaine avec un fragment de leur moule.

Les bustes féminins, en ronde-bosse ou en médaillon, étaient, pour la plupart, de grande taille, portant une imposante coiffure flavienne et un torque autour du cou. Les moules de personnages étaient décomposés en plusieurs pièces qui permettaient de varier les poses ou de les transformer à volonté en gladiateurs, soldats, serviteurs, porteurs d'offrandes, personnages assis à têtes interchangeables, etc.

Paons, coqs, poules, aigles, oiseaux divers, dont plusieurs archétypes, représentent les volatiles. Les quadrupèdes, moins présents, comprennent surtout des chiens de garde assis (au front plissé et aux yeux exorbités) munis d'une clochette, mais aussi des taureaux massifs et des chevaux non sellés, souvent par paires, dont le cou est parfois orné d'un collier avec ou sans lunule. Les animaux sauvages (cerfs, biches, lions) ne sont là que sous forme de vases. Un seul reptile (lézard) a été retrouvé.

Que ce soient la taille des objets, des particularités de style (comme les yeux lenticullaires exorbités cernés d'un trait creux avec une pupille centrale creuse) ou la sélection des sujets, tous ces éléments sont en faveur d'une date précoce dans le 1er s. de n.è. pour les débuts de la fabrication, confirmée par la datation des objets environnants, de même que par celle de figurines identiques trouvées dans des tombes préflaviennes d'Autriche et de Suisse. Cet atelier fonctionnait encore en 120/150.

Des liens existaient entre l'atelier de Bourbon-Lancy et celui de Saint-Pourçain-sur-Besbre (Allier), alors qu'une similitude de style le rapprochait de Saint-Bonnet-Yzeure (Allier). Quant à la diffusion, elle paraît avoir été principalement orientée vers le nord-est de la Gaule.

Cette première partie se clôt sur un glossaire et un index thématique.

 

ANNEXE III : ANALYSE DES MOULES (C. Lahanier, J.-M. Malfor, M. Rouvier-Jeanlin)

Une analyse par spectrométrie, fluorescence X et activation neutronique des collections du musée des Antiquités nationales (Saint-Germain-en-Laye) a permis de déterminer différents lieux de production, dont Bourbon-Lancy, et vient ainsi conforter l'hypothèse d'un atelier de production malgré l'absence de four.

 

DEUXIÈME PARTIE : LE MOBILIER D'ACCOMPAGNEMENT


1. INTRODUCTlON

Dans cette deuxième partie figurent d'abord les objets datés intéressants car, outre leur intérêt intrinsèque, ils aident à préciser la chronologie des figurines (céramique sigillée, céramique plombifère, lampes, amphores, monnaies). Sont ensuite présentés les objets sans datation, mais offrant surtout un intérêt documentaire (mobilier métallique, céramique commune, objets en verre et en os).

 

2. LA CÉRAMIQUE SIGILLÉE (J.-C.Notet)

Les nombreux tessons de céramique sigillée récoltés au Breuil constituent des repères chronologiques essentiels pour la datation des figurines, particulièrement grâce aux 40 marques identifiées dont la majorité sont antérieures à la fin du 1er s.

Les formes les plus fréquemment rencontrées sont les Drag. 15/17,24/25,27,36 et Ritt. 9 et 12 pour la sigillée lisse, et les Drag. 29a, 29b, 30 et 37 pour la sigillée moulée.

La sigillée ornée peut être répartie en trois catégories chronologiques: des vases précoces cylindriques ou carénés (1er s. Gaule du sud) ; des vases hémisphériques à frise et panse bien délimitées, présentant parfois un style rutène décadent (fin du 1er s.) ; des vases Drag. 37 du lIe s., provenant exclusivement des ateliers de Gaule centrale.

L'analyse de quelques fragments de moules et de vases Drag. 37 a révélé l'existence d'un groupe inédit. Données chimiques et données archéologiques s'accordent pour considérer qu'il s'agit bien de productions locales. Un atelier de sigillée existait donc à Bourbon-Lancy au lIe s. de n.è.

 

3. LA CÉRAMIQUE PLOMBIFÈRE (J.-C. Notet)

Un certain nombre de tessons de céramique plombifère jouxtaient la sigillée précoce, de même que des tessons typologiquement voisins, qualifiés de périplombifères du fait de l'absence volontaire ou accidentelle de toute glaçure. Malgré la petite taille des morceaux, la forme 93 semble la plus représentée. On peut signaler aussi l'existence de gobelets du type d'ACO. Les motifs décoratifs pourraient faire partie d'un répertoire local. Signalons aussi l'existence du décor en épingle à cheveux sur parois minces à glaçure plombifère.

Deux objets retiennent l'attention : le premier est un fond de moule pour vase globuleux, orné de palmettes et de rosaces ; le second est un moule pour relief d'applique représentant un bélier à corps serpentiforme stylisé; il s'agit à l’origine d'un attribut celtique de Mars ou Cernunnos, qui illustre parfaitement la précocité de ces productions plombifères étroitement associées aux figurines.

 

4. LES LAMPES (J.-C. Notet)

Avec Vichy et Lezoux, Bourbon-Lancy fait parti; des rares ateliers arvernes producteurs de lampes en terre cuite. Huit lampes, moules ou fragments ont été découverts au Breuil. Parmi cinq lampes du 1er s. (bec ogival ou ogivo-triangulaire à volutes saillantes du type Il) trois sont de petite taille. L'important empâtement des reliefs provoqué par des surmoulages successifs, de même que le manque de soin au niveau de la réalisation, permettent de les considérer comme des rebuts de fabrication. Une sixième lampe, plombifère, ainsi que deux valves de moules appartiennent au type des Firmalampen. La valve creuse provient d'un contexte daté de la seconde moitié du 1er s. ; obtenue par surmoulage, elle montre au fond du réservoir la marque inédite d'un modeleur probablement bourbonnais : LlTOGENF. Ces observations convergentes attestent par conséquent la réalité d'une production de lampes à Bourbon dès le 1er s.

 

5. LES AMPHORES (J.-C. Notet)

Emballages perdus, les amphores étaient utilisées secondairement comme dolia, ou après concassage pour la stabilisation des sols. La grande majorité des amphores retrouvées à Bourbon appartiennent au type Dressel 20. Les lèvres arrondies précèdent les lèvres rentrantes au cours des deux premiers siècles de notre ère. Deux estampilles identifiables (SCALENSIA et BROCODU) sont visibles sur des anses cylindriques appartenant à des Dressel 20 importées de Bétique pour l'approvisionnement en huile des thermes.

Les amphores vinaires gauloises sont également présentes. Deux fragments de cols fabriqués à Gueugnon au 1er s. (forme Gueugnon 2) portent les marques des potiers SVNVCVS et ADBVCIVS.

 

6. LES MONNAIES (J.-C. Notet, L. Popovitch)

Sur les 71 monnaies du Breuil recueillies, trop souvent hors stratigraphie, et présentées dans le catalogue, 44 ont été identifiées. L'histogramme de répartition chronologique permet de constater que la moitié des monnaies identifiées datent du règne d'Auguste (partagé pour plus de précision en deux groupes: de 29 av. J.-C. à 0 et de 0 à 14) ; il montre clairement qu'une importante activité économique régnait déjà à Bourbon durant la période augusto-tibérienne, et que l'occupation a été continue jusqu'au règne d'Hadrien. Il reste à signaler la trouvaille d'une monnaie exceptionnelle, un dupondius de faible poids, vraisemblablement émis à Orange, et dont on ne connaît que 25 exemplaires. L'étude numismatique confirme l'intense activité qui devait régner aux Aquae Bormonis au début de n.è., lorsqu'on y produisait les figurines en terre blanche.

 

7. LE MOBILIER MÉTALLIQUE (J.-J. Bonnot, J.-C. Notet).

Le mobilier métallique récolté ne présente pas de disparité chronologique et correspond au matériel que l'on trouve en général sur les ruines d'habitat. Des fragments informes de plomb ont pu cependant servir à la fabrication des glaçures plombifères. La fonction de certains objets n'apparaît pas clairement, alors qu'elle semble décorative (appliques, anneaux) ou utilitaire (clous de charpente, rivets, charnière, cuiller, manches, clés) pour d'autres objets en bronze, fer ou plomb. Aucun outil ne révèle une activité artisanale spécifique.

16 fibules en bronze sont répertoriées (à ressort nu ou protégé, à charnière, ou de type indéterminé).Deux des trois fibules à ressort protégé sont très bien datées de la première moitié du 1ers. (type de NERTOMARUS pour la première et à « queue de paon» pour la seconde). Il s'agit encore d'un excellent matériel d'accompagnement susceptible de préciser la chronologie des figurines.

 

8. LA CÉRAMIQUE COMMUNE (M. Joly)

Les céramiques communes recueillies, présentées sous la forme d'un catalogue, constituent la base d'une première typologie locale pour cette catégorie de mobilier, jusqu'alors non étudiée dans cette région.

 

9. OBJET ISOLÉS (M. Joly, J.-C. Notet)

Dans ce chapitre ont été regroupés les quelques fragments de verrerie et de tabletterie récoltés au cours des fouilles.

Pour la verrerie, les éléments principaux sont des fragments de coupes côtelées ainsi qu'un fond de bouteille carrée orné d'un canthare.

Pour la tabletterie, il faut mentionner un poinçon en bois de cerf destiné au travail du cuir, un fragment de manche en os travaillé et un jeton à destination ludique.

 

ANNEXE : LA FAUNE (C. Beck)

L'étude ostéologique a permis de tirer les conclusions suivantes.

Les animaux d'élevage composent la presque totalité de la faune : le Mouton et la Chèvre, les plus représentés, constituant à la fois une source de viande et fournissant laine et lait, puis viennent le Porc et le Boeuf.

La basse-cour n'est présente que très ponctuellement (seconde moitié du 1er s.) et en très faible proportion, de même pour les équidés.

La faune sauvage est quant à elle totalement absente du site.

 

CONCLUSION (J.-C. Notet)

Un quartier des Aquae Bormonis vient de livrer une tranche de son histoire. Les vestiges archéologiques permettent d'imaginer la vie quotidienne et son évolution au cours des deux premiers siècles de n.è.

L'acquis essentiel de ces découvertes concerne incontestablement la céramologie gallo-romaine : productions extraordinaires de moules et de figurines, et plus modestes de céramique plombifère, de lampes et de sigillée. Acquis chronologique également, puisque c'est la première fois que des archétypes, moules et figurines sont fouillés en stratigraphie à proximité d'un atelier, avec de solides arguments. Là débat sur l'origine des Vénus à gaine se trouve lui aussi relancé.

Ces données nouvelles placent dorénavant les Aquae Bormonis au premier rang du palmarès des cités thermales gallo-romaines et des centres producteurs de figurines, surtout si l'on tient compte du fait que l'emplacement précis de l'atelier reste encore à découvrir et que par conséquent la plupart des richesses se trouvent toujours enfouies quelque part dans le sous-sol de la ville.

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