dAf 23
BRIARD Jacques
Mégalithes de haute Bretagne
Les monuments de la forêt de Brocéliande et du Ploërmelais : structures, mobilier et environnement
La richesse du mégalithisme côtier armoricain a longtemps masqué l'existence d'un autre mégalithisme, celui de la Bretagne intérieure. Bilan de quatre années de fouilles menées de 1982 à 1985, cet ouvrage apporte des éléments nouveaux sur cette architecture mal connue, à travers l'étude de trois monuments du Néolithique et de l'âge du Bronze. Les données classiques de l'archéologie de terrain sont complétées par des études de laboratoire permettant de replacer les mégalithes dans leur environnement, et de démontrer la présence d'un système économique d'échange mettant fin au mythe de l'autarcie au sein de « la grande forêt ». Clin d'œil au passé récent, ce travail comprend également une analyse de l'acculturation moderne de ces monuments en un secteur où l'imaginaire celtique et arthurien est aujourd'hui encore profondément enraciné.
Résumé court
Résumé long
INTRODUCTION
Le mégalithisme de Bretagne intérieure a longtemps été négligé malgré quelques pionniers dont F. Bellamy. Les monuments furent souvent inclus dans le légendaire arthurien à partir du XIXe s. (Brocéliande). La reprise des fouilles à l'époque moderne concerna Saint-Just (Ille-et-Vilaine) puis la forêt de Brocéliande où un programme a été consacré à trois monuments : l'Hotié de Viviane, le Tombeau des Géants et le Jardin aux Moines. Ces recherches ont eu d'abord pour motivation la remise en valeur du patrimoine, ensuite l'étude de monuments originaux et enfin leur intégration dans un programme pluridisciplinaire sur l'environnement en liaison avec les recherches menées à la station biologique de Paimpont. La mise en valeur des monuments après fouilles a été aussi l'un des objectifs de ce programme.
PREMIÈRE PARTIE : FOUILLES, PROSPECTION ET CHRONOLOGIE
1. L'HOTlÉ DE VIVIANE À PAIMPONT (ILLE-ET-VILAINE) : FOUILLESDE 1982-1983
L'Hotié de Viviane est un grand coffre mégalithique de 2,90 m de long et 1,60 m de large avec 12 dalles de chant. Il se situe sur une hauteur de schistes rouges (191 m). La fouille a montré un beau tumulus appareillé en petites dalles posées en oblique avec une séparation médiane au milieu du cairn. Bien que fouillé autrefois, un mobilier intéressant y a été recueilli : tessons du Néolithique final, pointes de flèche tranchantes, meules en poudingue local et granite du Morbihan, haches polies en dolérite de Plussulien (Côtes-du-Nord). Un monument semblable est connu à Lost-er-Len (Morbihan). Ils sont contemporains des allées couvertes du Néolithique final breton.
2. LE TOMBEAU DES GÉANTS À CAMPÉNÉAC (MORBIHAN) : FOUILLESDE 1982
Le Tombeau des Géants est un caveau mégalithique fermé de 3 m de long et 1,30 m de large, bordé de deux grands blocs longitudinaux de 4,5 m de long. La table de couverture, de même longueur, gît sur le côté. La fouille a montré les vestiges d'un petit cairn. Le mobilier était très pauvre: éclat de silex jaune et quelques tessons. A 8 m à l'ouest du monument un menhir de 4,25 m possédait une fosse de calage à chaque extrémité. Il est probable que le Tombeau des Géants est un caveau de l'âge du Bronze ancien construit avec les éléments d'un alignement néolithique préexistant. A Saint-Just (Ille-et-Vilaine) des alignements néolithiques ont été aussi réutilisés à l'âge du Bronze.
3. LE TERTRE NÉOLITHIQUE DU JARDIN AUX MOINES À NÉANT-SUR-YVEL (MORBIHAN) : FOUILLESDE 1983-1984
Le Jardin aux Moines, décrit au siècle dernier comme. une « chaussée» bordée de petits menhirs puis oublié, s'intègre dans une série locale de tertres funéraires allongés. Il est composé, dans sa partie septentrionale, de gros blocs de poudingue blanc provenant d'au moins 4 km. La suite du monument comprend des éléments de schiste rouge. Le tertre mesure 25 m de long sur 6 m de large avec deux séparations transversales. Le mobilier, assez pauvre, comprend des tessons néolithiques, des silex, des percuteurs. Deux petits vases du néolithique final ont été trouvés contre la paroi sud-est où un amas de pierres semble être une grande tombelle. D'autres monuments semblables sont connus en Bretagne : Carnac, Le Quillio, Saint-Just, Le Brétineau, etc. Cette variante originale du mégalithisme breton peut être d'origine nordique. Le Jardin aux Moines a été réutilisé à l'âge du Bronze : petit foyer daté de 2 000 av.J.-C. par le 14C et associé à une pointe de flèche à pédoncule et ailerons.
4. L'ALLÉE COUVERTE DE LA VILLE BOUQUET À PLOËRMEL (MORBIHAN) : SONDAGES ET PROSPECTIONS DE JUIN 1985
L'allée couverte de La Ville Bouquet est un court monument incomplet de 6,50 m de long et 1,20 m de large. Il est situé sur un éperon rocheux dominant la vallée du Ninian. Les sondages de 1985 ont reconnu un pavage avec quelques vestiges céramiques : Néolithique final et Campaniforme. A l'extérieur subsistent les vestiges d'un petit cairn de calage. Des traces d'occupation médiévale ont été retrouvées. D'autres monuments de Ploërmel ont été étudiés (Le Hino) ou répertoriés (Le Haut-Bezon).
5. MÉGALITHES DE BROCÉLIANDE ET DE GUER-COËTQUIDAN : DÉCOUVERTES ET RÉVISIONS 1S975-1985
Un coffre-tombelle à mobilier campaniforme a pu être exploré à La Guette à Paimpont (Ille-et-Vilaine). Il comprend une structure bouleversée avec une grande dalle latérale et des éléments plus irréguliers au milieu d'un petit cairn. Les quelques tessons campaniformes recueillis montrent un décor oblique à !a roulette. Le coffre se rattache à la série des petites tombes semblables récemment mises au jour dans les landes de Lanvaux (Morbihan). Le coffre de La Ville Costard à Augan (Morbihan) est une tombe individuelle de l'âge du Bronze, violée autrefois. Une révision des allées couvertes de la région de Brocéliande a été effectuée avec la découverte de monuments inédits (Le Rocher). Les habitats sont rares mais l'enclos de Tréhorenteuc (Morbihan) pourrait être protohistorique. Dans le Pays de Guer et de La Gacilly les prospections récentes ont montré l'abondance des allées couvertes à côté de quelques dolmens de type Loire.
DEUXIÈME PARTIE : ENVIRONNEMENt ET ÉVOLUTION
1. GÉOLOGIE ET MÉGALITHES EN BROCÉLIANDE ET PLOËRMELAIS
La géologie de la région comprend le Briovérien, le Paléozoïque dont les poudingues de Montfort et les schistes pourprés. La topographie montre une localisation des mégalithes autour des hauteurs de Brocéliande, avec une prédominance pour les zones à schiste pourpré.
2. ÉTUDE DU PALÉOENVIRONNEMENT DE LA RÉGION DE BROCÉLIANDE
Au Néolithique, l'Hotié de Viviane et le Jardin aux Moines sont implantés dans un milieu semi-boisé. A la même époque l'allée couverte de La Ville Bouquet montre un paysage très ouvert avec une intense activité humaine (pâturage, culture des céréales). Au Bronze ancien, les terrains sont plus déboisés et montrent une forte action anthropique.
3. CÉRAMOLOGIE DES MÉGALITHES DE BROCÉLIANDE
Un programme d'analyses céramologiques a compris les monuments de Brocéliande. Ce travail a permis de reconnaître l'origine des matières premières utilisées : altération de granites, roches métamorphiques, roches vertes, argiles à spicules. Le degré de cuisson des céramiques est assez bas pour les époques protohistoriques, plus élevé pour les vases médiévaux.
4. L'ÉVOLUTION MÉGALITHIQUE, L'APRÈS-MÉGALITHISME EN BROCÉLIANDE ET L'ÂGE DU BRONZE
Les fouilles de 1982-1985 ont montré la variété. du mégalithisme de Brocéliande : coffres mégalithiques, tertres tumulaires, allées couvertes, alignements. Au Bronze ancien les sépultures individuelles apparaissent comme réutilisant parfois les alignements néolithiques. Les échanges économiques de cette époque sont diversifiés, montrant que la région de Brocéliande ne vivait pas en autarcie. Le Bronze moyen et final est marqué par la présence de dépôts (Gaël, Plélan) ou d'objets exceptionnels (tasse en or de Paimpont). A cette époque peut appartenir une partie des cupules qui ornent plusieurs ensembles rocheux.
ÉPILOGUE : LES MÉGALITHES, LE MONDE MODERNE ET SES ACCULTURATIONS
La conservation des monuments mégalithiques reste difficile. Les destructions récentes existent. L'environnement culturel moderne mélange le culte arthurien, l'anachronisme celtique, .les amateurs d'activités naturalistes et bien sûr les tenants d'un ésotérisme pagano-chrétien. Dans cet étrange ballet les mégalithes ne sont plus seulement des monuments préhistoriques mais aussi des supports à l'Imaginaire.