dAf 22
HAMEAU Philippe
Les peintures postglaciaires en Provence
Inventaire ; Étude chronologique, stylistique et iconographique
L'ouvrage de Philippe Hameau constitue depuis les travaux de l'abbé Glory publiés en 1948 la première synthèse sur un aspect méconnu de l'art préhistorique : les peintures schématiques postglaciaires. Il se compose d'un inventaire des sites à peintures de Provence, établi à la suite d'une recherche systématique sur le terrain et de relevés précis qui ont permis à l'auteur de corriger des erreurs de localisation et d'interprétation, et de replacer autant que possible les sites dans leur contexte archéologique. Sont ensuite abordés les délicats problèmes de datation, de typologie et d'interprétation. Corpus documentaire et étude critique sans équivalent, l'ouvrage apparaît en outre comme une véritable œuvre de sauvetage de ces témoins de l'art néolithique, dégradés au cours des dernières décennies par les agents naturels et par les actes de vandalisme.
Résumé court
Résumé long
Les peintures postglaciaires de Provence se répartissent essentiellement dans le département du Var : dix grottes dans la région d'Ollioules, dix grottes dans la vallée du Carami à Tourves, un abri au Val, une grotte dans les moyennes gorges du Verdon et une grotte dans le massif de l'Estérel, auxquels il faut ajouter le gias aux Peintures de Saint-Dalmas-de-Tende (Alpes-Maritimes). Les premières découvertes ont été faites en 1943 et la dernière prise en compte ici date de 1983. D'autres encore plus récentes, sont inédites, aussi les tiendrons-nous sous silence.
Les concentrations de sites ornés sont plus ou moins lâches, ce qui correspond à la topographie, à l'état actuel des recherches et à la conservation plus ou moins bonne des peintures. On a choisi de préférence une petite cavité aux parois légèrement ocrées, et pourvue d'une fissure, dont le fond est inaccessible. Mais il ne s'agit pas pour autant d'un art caché. Les. cavités n'ont pas été utilisées comme habitats, tout au plus comme sites funéraires, mais elles ne sont jamais éloignées d'un habitat. Du fait des faibles dimensions des figures, l'artiste a pu choisir l'emplacement de celles-ci, dédaigner des parois trop accidentées ou s'adapter aux aspérités du support. Les peintures sont le plus souvent à hauteur d'yeux et en petit nombre à l'intérieur de chaque cavité sauf dans le cas de l'abri des Eissartènes (Le Val, Var) qui montre la même exubérance de décor que les abris ornés ibériques.
Les figures ont été effectuées avec un minimum de détails, de façon à mettre en évidence le thème lui-même. Elles sont réalisées avec de l'ocre (ou hématite) que l'on a sans doute chauffée pour obtenir des teintes orange, rouges ou brunes. Elles n'ont probablement pas été faites à la bauxite malgré les quantités de ce matériau trouvées dans certains sites préhistoriques provençaux. Les parois de l'abri des Eissartènes ont été préalablement ocrées. Les figures de la grotte de l'Eglise ont été réalisées avec une préparation à base d'argile rouge extraite des galeries, appliquée avec un ou plusieurs doigts.
Les peintures provençales représentent des personnages, des animaux, des « idoles », des signes et des objets. Par l'analyse des associations, des répartitions et des processus d'abstraction, il est possible de comprendre le sens de ces figures.
Dans la représentation de personnages, l'artiste ne tient compte que du sexe qui par schématisation est réduit à la figuration d'un symbole. L'homme avec son sexe pendant entre les jambes devient un simple trait court. La femme dont la vulve est démesurée est réduite à une simple croix. Ces signes sont invariablement associés par l'intermédiaire d'une fissure dans le rocher.
Les scènes où figurent l'homme et l'animal sont soumises à la même simplification. La scène de chasse qui est un thème fréquent ne s'exprime plus que par la figuration d'un arc.
L'« idole» connue par ailleurs sous des formes gravées et sculptées est peinte à plusieurs reprises dans les grottes provençales. Elle est représentée sous sa forme complète et détaillée ou sous la forme d'un fer à cheval ou d'un simple accent. L'association de cette idole et d'un certain nombre de signes à l'intérieur de la grotte Chuchy (idole + point + croix + trait court + soleil + hache + chasse) permet d'attribuer à cette représentation une ambivalence de pouvoirs et de définir un cycle « philosophique » dont elle serait le centre : Mort-Fécondité-Vie. L'artiste ne met parfois l'accent que sur un attribut de cette idole. Nous retrouvons ce cycle dans chacune des expressions artistiques contemporaines qui représentent l'idole.
Les peintures provençales peuvent être datées du Chalcolithique, ou même du Néolithique final si l'on en juge par les objets et décors de tradition chasséenne de certains sites peints. Les Préhistoriques en ont probablement compris le sens jusqu'au Bronze moyen. Ces peintures n'ont pas été véhiculées en Provence par la civilisation du vase campaniforme mais proviennent d'un art qui a sa genèse dans le Néotithique et qui a accompagné l'expansion du phénomène mégalithique. Cette expression artistique a peut-être été réexprimée ultérieurement (âge du Fer) sous une forme dégénérée (gravures schématiques) mais avec un fond de croyance qui reste à définir.