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Il suffit de voyager quelques jours hors de France pour se rendre compte du nombre impressionnant de mots français qui ont cours dans les différentes langues étrangères, à commencer par hôtel, mot d'origine latine, mais dont la forme française s'est imposée sur le plan international, tout comme menu (au restaurant) ou encore l'amusant crème de la crème, inconnu en français mais usuel en anglais ou en allemand, ainsi que le double entendre, compréhensible mais inusité en français, où c'est sous-entendu qui est la forme normale. Il est beaucoup plus difficile à un francophone d'identifier immédiatement tous les mots dont la langue française s'est enrichie au contact des autres langues car, à côté de pizza, paella, fado, sauna, putsch, zakouski ou foot-ball, où l'on reconnaît sans peine, respectivement de l'italien, de l'espagnol, du portugais, du finnois, de l'allemand, du russe et de l'anglais, il existe des milliers de mots venus d'ailleurs, que la langue française a accueillis sans modération au cours des siècles. Des échos de langues disparues En réalité, c'est à des millénaires qu'il faudrait remonter pour trouver l'origine de certains mots qui n'ont pas l'air tellement vieux : baraque, d'une racine ibère, qui a été introduit en français par l'intermédiaire de l'espagnol, caillou, en passant d'abord par le normand ou le picard, ou encore avalanche, venu par le savoyard mais dont l'origine est ligure. Les mots d'origine gauloise sont déjà plus proches, puisque c'est au cours du premier millénaire avant J.-C. que des tribus celtiques ont occupé le territoire que les Romains appelaient Gallia, la Gaule. Mais l'apport du gaulois a été modeste en dehors des innombrables toponymes comme Amboise ou Amiens (tous deux formés sur une racine celtique signifiant cours d'eau), Nantes, Nantua ou Dinan (tous trois issus d'une racine signifiant vallée) ou tous les noms de lieux formés sur dunum forteresse élevée, comme Autun, Melun, Verdun, Issoudun, mais aussi Lyon ou Laon. Il faut aussi remarquer que sont d'origine gauloise les noms de l'alouette et de la braguette, ceux de la charrue, de la carriole et du carrosse, de la lotte et de la limande, ainsi que ceux du chêne et du sapin. Mais c'est seulement avec l'arrivée des Romains, quelques siècles plus tard, que commence réellement l'histoire de la langue française, langue issue du latin, qui lui a transmis une partie de l'héritage gaulois et pré-gaulois. Cette langue latine, adoptée par des populations qui parlaient autrefois d'autres langues, a pris des formes un peu différentes selon les lieux. Elle a ensuite évolué au point que, vers le IXe siècle après J.-C., elle ne ressemblait plus que de loin à ce qu'elle était à l'origine : mater, par exemple, était devenu mère et vinum, vin, provoquant de nombreux cas d'homophonie. La relatinisation du français a alors été ressentie comme une nécessité au cours de la renaissance carolingienne.C'est ainsi que sont nés des dizaines de doublets, comme chance, forme évoluée du latin CADENTIA, et cadence, forme relatinisée du même mot latin CADENTIA, comme droit et direct, croyable et crédible ou encore poison et potion, ce qui justifie de dire que la langue française est deux fois latine : tout d'abord par évolution naturelle à partir de ce latin, dit vulgaire, qu'avaient importé les légionnaires romains, et ensuite par emprunts ultérieurs au latin classique. L'apport des populations germaniques Si cette langue latine parlée en Gaule avait tellement changé en quelques siècles, c'est qu'elle avait aussi subi, surtout à partir du Ve siècle après J.-C. l'influence de la langue germanique des Francs, dont les marques sont profondes dans le vocabulaire français, qu'il s'agisse :
Un peu plus tard, d'autres populations germaniques, venues
cette fois des pays nordiques, devaient laisser des traces bien
moindres dans le vocabulaire français. Parmi les mots
apportés par les Vikings, signalons toutefois flotte et
vague, homard et turbot, ainsi que marsouin et surtout l'adjectif
joli, qui dérive du nom d'une fête païenne
scandinave du milieu de l'hiver. L'arabe, mais aussi le persan et le turc Le Moyen Age est aussi l'époque où la langue française puise abondamment dans toutes les langues régionales de France mais également dans l'arabe et le néerlandais. Il faut surtout souligner l'importance des emprunts à l'arabe dans le domaine de la science, car les Arabes étaient au Moyen Age les plus grands savants d'Europe : les mathématiciens ont laissé, par exemple, algèbre, chiffre et zéro ; les alchimistes, alambic et alcali mais aussi elixir, mot grec par lequel les Arabes nommaient la pierre philosophale, ce produit magique qui était censé pouvoir changer les métaux en or. Il s'agit là d'un mot où l'on reconnaît l'article défini arabe al et le grec ksêron médicament fait de poudres sèches. De multiples autres exemples pourraient être trouvés dans le domaine de la vie domestique (matelas, alcôve, carafe ou jarre...), de la cuisine (sirop, sorbet, artichaut, escabèche...), de l'habillement (jupe, coton, jaquette...) ou encore de la musique (luth, nouba...). L'arabe a également été le truchement - ce mot aussi est un mot arabe - par lequel des mots d'autres langues de l'Orient se sont introduits dans la langue française, comme par exemple, babouche, nénuphar, azur ou aubergine, qui viennent du persan. Les emprunts du français au turc ont une particularité originale : celle de conduire sur de fausses pistes. Ainsi, on est tout naturellement porté à penser que caviar est d'origine russe, ou hongrois d'origine... hongroise, mais tous deux viennent du turc. Sous hongrois, il faut reconnaître le mot turc ogrun, qui désigne la flèche : ce nom vient de ce que les Turcs avaient occupé au XVIe siècle le pays des Magyars - c'est-à-dire Hongrois - et qu'ils avaient pris l'habitude de les nommer les hommes aux flèches. L'apport des langues régionales C'est encore au Moyen Age que les foires de Champagne ont joué un rôle important dans la constitution du lexique français : Troyes, Provins, Lagny et Bar-sur-Aube ont été des lieux privilégiés où se rencontraient des marchands venus du Nord pour y vendre leur drap et leurs produits de la mer et de la terre, et ceux du Sud qui, par l'intermédiaire de Venise, apportaient sur le marché des produits venus d'Orient : les épices odorantes, la soie précieuse et les mots pour les désigner. Ces foires internationales étaient aussi devenues des places financières, où le banc du changeur tenait un rôle important, donnant ainsi sa première forme rudimentaire à la banque moderne. C'est là que se rencontraient à dates fixes les marchands venus d'ailleurs et leurs homologues des diverses régions de France, et leurs échanges commerciaux se sont aussi manifestés sous forme d'échanges de mots, dont la langue française a gardé de multiples traces. On sera peut-être surpris d'apprendre que sont d'origine régionale :
On a également du mal à accepter que sont d'origine néerlandaise des mots aussi bien intégrés au reste du lexique français que les verbes affaler ou amarrer, grommeler ou frelater, les noms du crabe et du boulanger, ceux du ramequin ou du mannequin... L'appel irrésistible de l'italien Dès le Moyen Age et surtout à l'époque de la Renaissance, l'italien est le grand favori, ce qui explique la quantité de mots italiens dont le français s'est enrichi vraiment dans tous les domaines :
sans parler de ombrelle et parasol, pommade et lavande, avec toute une série d'adjectifs : fantasque, gigantesque et pittoresque, brusque, ingambe ou jovial ou encore les verbes caresser, réussir, esquisser, batifole. Les autres langues de l'Europe Lorsqu'on passe de l'italien aux autres soeurs latines, il
faut distinguer, pour l'espagnol et le portugais entre les apports
directs et les autres mots venus de loin et dont ces langues
ont été les lieux de passage. C'est ainsi que sont
venus directement de l'espagnol vanille, cédille, résille,
moustique, camarade ou sieste, mais c'est le nahuatl, langue
des Aztèques du Mexique, qui est en dernière analyse
la langue d'origine de cacao, cacahuète et de chocolat,
ainsi que de tomate, ocelot ou coyote, mots que l'espagnol a
rapportés d'Amérique, tout comme caoutchouc ou
vigogne venus du quechua (langue De son côté, le portugais nous a transmis directement les mots pintade, caravelle ou marmelade mais aussi les noms de l'ananas, du cajou ou du sagouin (venus du tupi, langue amérindienne du Brésil), cachou, cari ou mangue (du tamoul, langue du sud de l'Inde) ou encore bambou ou sarbacane (du malais), et banane ou macaque (du bantou, groupe de langues africaines). Les apports des autres langues de l'Europe (en dehors de l'anglais) ont été moindres mais il faut remarquer que sont venus de l'allemand à la fois des mots un peu familiers (trinquer, loustic, chenapan) et au contraire des mots savants, comme pragmatisme (d'origine grecque) ou statistique (d'origine latine). L'allemand a aussi été l'intermédiaire par lequel se sont introduits dans la langue française des mots tchèques comme calèche, des mots hongrois, comme coche, des mots serbes, comme vampire ou des mots suédois comme nickel. En outre, les langues slaves ont laissé quelques mots comme steppe ou zibeline venus du russe, tandis que baba, mazurka et polka nous sont venus du polonais. Enfin, une grande partie des mots venus d'Asie, comme bungalow (de l'hindoustani) ou shampooing (du hindi) ont d'abord transité par l'anglais, la langue qui, depuis le milieu du XIXe, a apporté le plus de mots à la langue française. Mais avant de traiter de la question des anglicismes dans la langue française, un rappel historique est nécessaire : le lexique de l'anglais est lui-même pour plus de la moitié d'origine française et les emprunts que nous faisons à l'anglais en cette fin du XXe siècle ne sont qu'un retour dans son lieu d'origine d'une partie du vocabulaire que l'anglais a emprunté au français depuis la conquête des Normands au milieu du XIe siècle. Les termes de la vie politique en particulier, s'ils ont été empruntés à l'anglais à l'époque de la Révolution, sont généralement d'origine latine (majorité, minorité, opposition, motion, parlementaire...) et existaient déjà la plupart du temps en français, mais dans une autre acception. Il faut aussi préciser que sentimental et romantique sont, malgré les apparences, des emprunts de l'anglais, et qu'ils auraient pu être créés d'abord en français. Mais nous sommes aujourd'hui beaucoup plus sensibilisés à la présence de cool et de show-business, de best-seller ou de parking, sans oublier jingle et prime time. En fait, certaines modes n'ont qu'un temps, comme on peut le voir par exemple par le mot fashionable, qui ne s'emploie plus, ou par doping, qui semble complètement supplanté par dopage, ainsi que but et gardien de but qui, au foot-ball, ont remplacé goal, naguère beaucoup plus fréquent. On ne peut pas terminer ce tour d'horizon sans évoquer l'hébreu, mais il faut remonter beaucoup plus haut dans le temps pour retrouver des traces de l'hébreu dans la langue française. Elles sont pourtant présentes dans les premières traductions de la Bible et des Evangiles mais elles sont si bien intégrées qu'on a du mal à reconnaître de l'hébreu sous les jolis noms des chérubins et des séraphins, sous tohu-bohu, que l'on prend pour une onomatopée française particulièrement expressive, ou encore sous scandale, qui est seulement une traduction d'un mot hébreu signifiant ce qui fait trébucher (sous-entendu dans le péché). Un autre héritage de l'hébreu n'est pas lexical mais grammatical : en hébreu, le superlatif se forme en répétant le mot que l'on veut mettre au premier plan et le plus haut dans la hiérarchie. Cette particularité de l'hébreu a été calquée sans modération dans les traductions de la Bible : ainsi, le saint des saints, le cantique des cantiques, le roi des rois ou les siècles des siècles. Mais le modèle était sans doute particulièrement attirant puisque l'on a fait ensuite le fin du fin ou encore la der des der et que cette structure est encore productive. Le français, langue hospitalière Au terme de cette histoire de la langue française vue à travers ses emprunts, on ne peut qu'être frappé par sa faculté à intégrer les mots venus des langues étrangères, ce qui confirme que les mots ne connaissent pas les frontières des Etats. Tout en donnant volontiers ses mots à ses voisines, la langue française accueille aussi avec grâce les mots venus d'ailleurs : un bel exemple de tolérance, qui est également un premier pas important sur le chemin d'une meilleure compréhension entre les peuples. Henriette Walter Qu'y a-t-il de commun entre les couples de mots suivants : REPONSES
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