Le rôle de l'Académie française

Maurice DRUON
Secrétaire perpétuel de l'Académie française


 

Faut-il rappeler que la langue que nous parlons, que nous écrivons, est le fruit d'une longue évolution, d'un long travail ? Faut-il rappeler le rôle dévolu à l'Académie française lors de sa fondation ? Par la volonté du pouvoir politique, une assemblée de lettrés était instituée en corps d'État, ayant pour mission d'établir pour notre langue des "règles certaines", afin de la rendre "pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences". La première édition de son dictionnaire (1694), s'accordant aux exigences de l'âge classique, fut une date décisive dans l'histoire de notre langue.

Le lexique de la langue d'usage s'est considérablement augmenté depuis lors, du fait même du développement des techniques et des sciences, et l'Académie n'a cessé d'ouvrir son dictionnaire à ces mots nouveaux. En 1762, elle introduisait dans la 4ème édition du Dictionnaire le mot néologie, avec la définition suivante : "Mot tiré du Grec, qui signifie proprement Invention, usage, emploi de termes nouveaux. On s'en sert par extension pour désigner l'emploi des mots anciens dans un sens nouveau, ou différent de la signification ordinaire. La Néologie ou l'art de faire, d'employer des mots nouveaux, a ses principes, ses lois, ses abus. Un traité de Néologie bien fait seroit un ouvrage excellent, et qui nous manque". Tout est bel et bon dans cette définition, où il n'y a rien à reprendre.

Depuis la publication, en 1972, du premier décret relatif à l'enrichissement de la langue française, l'Académie n'a cessé d'apporter sa contribution à cette tâche, inspirée par le souci de préserver la cohérence et la clarté de notre langue. Elle a introduit dans son dictionnaire nombre d'acceptions nouvelles et mots nouveaux entrés dans l'usage.

Le décret du 3 juillet 1996, confirmant son autorité, lui donne les moyens de faire connaître son sentiment, d'abord au sein de chaque commission spécialisée, puis au sein de la commission générale. Au terme de la procédure, les mots, expressions et définitions qui auront reçu l'accord de l'Académie feront l'objet d'une publication au Journal officiel.

Il faut se féliciter de ces décisions, qui permettront de poursuivre, en l'améliorant, l'oeuvre déjà accomplie, dans le respect des valeurs et des vertus de notre langue.


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