 |

|
|
On n'échappe pas aux néologismes
! Essentielle pour le développement d'une langue, la création
de mots nouveaux en reflète la vitalité. Que ce soit
pour désigner des réalités nouvelles ou pour
se singulariser, ces mots fleurissent dans notre langue. Certains
se verront attribuer le statut de termes officiels et seront vedettes
de dictionnaire, d'autres n'atteindront jamais cette reconnaissance,
mais qu'importe, seuls comptent le plaisir et les besoins de la
communication ! Comment se forment ces mots, comment l'histoire
s'en est-elle accommodée et suivant quelles modalités
ont-ils été consacrés dans les dictionnaires
?
|
 |

Les mots nouveaux sont indispensables à
la vie d'une langue |
|

|
|
La communication entre les êtres humains présuppose
la création de mots désignant leur univers, leurs
pensées et leurs sentiments. Pour suivre les évolutions
de la société, les langues ont mis au point des processus
de création de mots désignant les réalités
nouvelles inhérentes aux progrès des connaissances
et à l'innovation technique. Vient aussi s’ajouter
le besoin de renommer l’existant : les mots s’usant,
on les remplace par d’autres. La langue fait peau neuve, elle
vit et se transforme.
La néologie
reflète la progression de la société qui la
parle. En examinant, au fil de l'histoire, ces mots nouvellement
créés, on peut observer l'évolution du groupement
humain qui la véhicule et ses échanges avec d'autres
populations.
|
|
| |
| 
La langue est comme un arbre, elle perd
des branches mortes, se ramifie, se renouvelle !
Ainsi les mots apparaissent, vivent et … meurent.
Mais cette mort n’est pas forcément définitive,
il suffit d’un rien, pour que le mot, tel un
phénix, renaisse de ses cendres.
Dans la chaine des mots il y a les oubliés
estocader (discuter vivement), fictice
(ce qui est feint, et qui n’a d’existence
que dans l’imagination), malebouche
(malveillant, médisant), meschef
(malheur, accident).
On trouve aussi des termes en perte de vitesse :
c’est le cas de complet à qui
l’on préfère costume,
corsage au profit de chemisier,
soulier délaissé pour chaussure.
Enfin parmi les « ressuscités »
figure maille (petite monnaie de cuivre qui
valait la moitié d’un denier).Ce terme
avait disparu dans l’usage et ne se retrouvait
que dans certaines expressions figées comme
avoir maille à partir avec (avoir
un différent comme si on avait une maille à
partager), n’avoir ni sou ni maille.
Il est miraculeusement réapparu, réinvesti
dans son sens premier pour donner dans le « français
des banlieues » ou « branché » :
« T’as pas de la maille ? »
|
|
 |

Les néologismes ne sont pas créés
de manière aléatoire, ils répondent à
des règles de formation très précises |
|

|
| |
On distingue deux types de mots nouveaux
: d'une part ceux qui sont issus d'une production
orale spontanée, qu'on pourrait qualifier
d'in-vivo et, d'autre part, ceux issus de la production
artificielle in-vitro, créés de manière
délibérée et collective par des commissions
de spécialistes dans tous les domaines techniques
pour désigner des innovations technologiques.
|
|
L'apparition de néologismes
est le produit d'une erreur volontaire ou involontaire, du
désir de transgression ou d'affirmation de son identité,
du besoin de rendre compte des réalités nouvelles,
ou d'une nouvelle manière d'appréhender des
réalités. Elle peut aussi permettre d'éviter
une périphrase. Cependant, dans tous les cas, le mot
nouveau doit supporter le message et être compris de
l'interlocuteur. S'il n'est pas réajusté et
redéfini via une périphrase : « c'est-à-dire... »,
il doit être aisément compréhensible et
répondre aux règles de formation du lexique
français.
Trois procédés président à la
création de mots nouveaux dans la langue courante :
l'attribution d'un nouveau sens pour un mot déjà
existant, l'emprunt d'un mot à une autre langue, ou
la création de toute pièce d'une nouvelle forme
lexicale.
|
|
L'attribution
d'un nouveau sens à un mot ou nouveau statut grammatical |
| |
Ce type d'innovation est très prisée du français
branché contemporain.
On trouve des mutations de catégorie grammaticale
:
On trouve des changements de constructions
:
- Des verbes ayant normalement un complément le
perdent : il craint, il assure, il m'a traité
!,
ça l' fait !
- Des verbes sont suivis d'une préposition inattendue
: se rappeler de quelque chose, pallier à quelque
chose.
- Des noms s’accordent comme des adjectifs :
un espèce de fou, une espèce
de folle
On trouve aussi l'adjonction d'un sens nouveau à
un mot préexistant :
- Par exemple la zone (banlieue misérable
autour d'une agglomération), J'ai rien capté
(j'ai rien compris)
- Soit par rapprochement d'idée : ainsi la souris
de l'ordinateur faisait penser à l'animal par sa
taille, sa couleur et le fil qui la relie à l'ordinateur
telle une queue de souris.
- Soit en désignant un objet par une de ses composantes
: le transistor, un vinyle...
La restriction de sens peut aussi produire
des mots nouveaux :
- Le sens de saoul a évolué au cours
du temps. Il signifiait au départ « rassasié
de nourriture » puis a été compris
« rassasié de vin » quand cet
adjectif a été appliqué à des
gens ivres et ce dernier sens a éliminé le
précédent. Ce sens premier de rassasié
est réinvesti dans l'expression récente ça
me saoule et s’est conservé dans j'ai
dormi tout mon saoul
|
|
La
création à proprement parler |
|
L'apparition d'un terme peut résulter d'une créativité
lexicale singulière ou s'apparenter à une déformation
de l'existant.
Dans tous les cas, la création en matière de mots
répond à des règles de formation. Nous
allons voir les règles régulant la genèse
des mots en français.
- L'utilisation d'un préfixe
Les préfixes utilisables sont en nombre restreint
: re-, en-,dé-, qu'on trouve dans refaire
sur la base faire, entarter sur la base tarte,
délocaliser sur la base localiser.
D'autres prefixes sont utilisés anti- comme dans
une mesure antisociale , antiOGM, ou e-
comme e-commerce , cyber- comme cybercafé.
- L'utilisation d'un suffixe
Les suffixes que l'on peut ajouter à un mot de base
sont eux aussi limités en nombre. C'est le procédé
le plus productif de la langue française. On trouve
parmi les mots récents : judiciarisation, pénibilité,
sloganiser, gouvernance, bien-pensance, RMIste, décideur,
décisionnaire. Le choix du suffixe attribue
souvent une catégorie grammaticale et c'est souvent
l'absence d'une notion dans une catégorie grammaticale
qui préside à la constitution d'un mot nouveau
suffixé.
- L'utilisation d'un préfixe et d'un suffixe
Ce procédé est assez productif, il
y des associations fortuites : encablure, inviolabilité,
et d'autres qui sont liées, par exemple :
- anti- avec -isme : antisémitisme, anticommunisme,
- dé- et -iser ou -isation : dératiser,
dépigeonnisation
- De nouvelles formes pour des verbes et des noms
Certains noms qui n'apparaissaient qu'au singulier surgissent
au pluriel héritant souvent d'une connotation ou
d'un sens nouveau : les incivilités, les banlieues,
les cités, les quartiers...
- Les mots composés
Ce procédé est très répandu
et les compositions sont diverses :
- verbe - nom : lave-linge, lave-vaisselle, chauffe-plat,chauffe-biberon,
gratte-ciel,
- nom - nom : voiture-bélier,
- nom - adjectif : bombe sale, foyer monoparental,
- adverbe - nom : mal-bouffe, mal-nutrition,
- adverbe - verbe : malvoyant, malentendant, mal
être
- nom – préposition- nom : machine
à laver, atelier de campagne, pomme de terre
etc.
- Les mots-valises
Ce procédé qui consiste à
fabriquer un mot à partir de deux autres en coupant
un bout de l'un, de l'autre ou des deux est en plein essor
actuellement. On trouve par exemple : courriel
(combinaison de courrier et
d'électronique), informatique
(information et automatique),
télématique (télé
et informatique), alicament
(aliment et médicament),
pourriel (pourri et
courriel).
|
|
| |
-
Les déformations involontaires
ou ludiques
La méconnaissance, les rapprochements incongrus et les
jeux de langue produisent aussi des mots qui peuvent s'installer
dans l'usage : infarctus devient parfois infractus par association
d'idée avec la fracture, ce qui apparaît comme
une erreur cependant fréquente.
| 
Des expressions, aujourd’hui
consacrées, sont le fruit d’un malentendu !
Se mettre sur son trente-et-un vient vraisemblablement
d'une déformation du mot trentain, sorte
de drap dont la chaîne était composée
de trente fois cent fils et qui s'employait pour des vêtements
de cérémonie, d'où l'idée de
« mettre ses plus beaux habits ».
L’expression « parler français
comme une vache espagnole » n’a littéralement
aucun sens, sauf si l’on suppose quelle vient de « parler
français comme un basque l’espagnol ». |
Quand les déformations apparaissent de manière
systématique pour tous les mots d'une même phrase,
on peut l'assimiler à une forme d'encodage. On trouve par
exemple :
-
le verlan qui inverse les syllabes
avec parfois quelques altérations (métro –
tromé, femme – meuf, flic - keuf),
-
le javanais qui intercale dans
les mots les syllabes av (grosse – gravosse, chaussure
– chavaussavurave)
-
le loucherbem, jargon des bouchers
qui consistait à placer en fin de mot la consonne initiale,
à la remplacer par un « l » et
à la faire suivre d'une finale de son choix à
qui le français a emprunté loufoque (fou en loucherbem)
|
| |
Depuis l'édit de Villers-Cotterêts
(1539), instituant le français comme langue officielle
du royaume, en passant par la création de l'Académie
française et la loi Toubon, l'État a pris en
charge la langue française, son usage et son évolution.
Aujourd’hui pour désigner des innovations techniques
et scientifiques, on a recours à des commissions
de terminologie constituées par domaines de
spécialité (automobile, télécommunications,
aéronautique...) dans les différents ministères,
qui créent de toutes pièces des termes
de spécifiques. Dans ce cas, il s'agit d'aider
des mots à naitre. Des experts identifient les notions
à désigner et proposent des termes nouveaux
avec leur définition à la commission générale
de terminologie, qui, en partenariat avec l’Académie
française, les validera ou les invalidera
et les publiera au journal officiel.
Certains feront souche d’autres non.
Parmi les termes récemment créés certains
se sont répandus avec le développement de la
technologie et d'autres n'ont pas pris. Ainsi les termes
lave-vaisselle, micro-onde, le navigateur, le logiciel, l'hyperlien,
le clavardage, le graveur, la toile, le logiciel, la carte
à puce et bien d'autres sont passés dans
le langage courant avec l'usage du produit qu'ils désignent.
À l'inverse les termes bouteur pour bulldozer,
téléphone sans cordon pour téléphone
sans fil, n'ont pas rencontré le succès.
|
 |
|
 |

Le conflit de génération :
quand les mots nouveaux bousculent les plus vieux ! |
|

|
|
Les néologismes ne gardent
ce statut qu'un temps ! Ils sont condamnés à
disparaitre ou à se fondre dans la masse du vocabulaire
pour devenir somme toute banals... Mais suivant les époques
où ils sont apparus, on les a accueillis à bras
ouverts ou on leur est tombé dessus à bras raccourcis.
Ces polémiques passent avec le temps et finissent par
sombrer dans l'oubli. Ainsi alarmiste, ambulance ou stabiliser
ne provoquent plus aujourd'hui l'émoi qu'ils ont déclenché
au 18e siècle !
|
|
Au
Moyen-Age
|
| |
Le français
est une langue en pleine construction, elle intègre
des mots nouveaux venus des langues régionales, des
autres langues vivantes qu'il côtoie,
fabrique des mots à partir de racines grecques et latines.
Le français s'enrichit de démocratie, corruption,
dissolution, doctrine, et emprunte aux autres civilisations :
l’arabe a ainsi offert alcool, zéro, alambic,
algèbre chiffre.
|
|
Au
16 e siècle |
| |
la néologie est revendiquée.
Pour Ronsard « Plus nous aurons de mots dans nostre
langue, plus elle sera parfaitte ». Pour les créer,
les auteurs de la Pléiade préconisent en premier
lieu de remettre au goût du jour de vieux mots
ignorés ensuite d'emprunter aux dialectes régionaux.
Les échanges culturels et politiques avec l'Italie ont
émaillé le français d'un lexique chatoyant
malgré les réticences de ces écrivains
face à l'emprunt : lavande, baldaquin, brigand,
caprice, escarmouche…
|
|
Entre
le 17e et le 18e siècle
|
| |
Le français perdant de
son unité, la réaction est brutale et le rejet
des néologismes violent. Le français est la
langue de l'État et doit être comprise de tous
! Apparait alors la notion de bon usage et de pureté
de la langue française. La définition de cette
langue est ainsi confiée à l'Académie
française (1635), qui donne le la, et définit
ce qui se dit. Dans le même temps des néologismes
apparaissent dans des salons littéraires : le bon,
l'utile..
Le mouvement encyclopédique de Diderot et d'Alembert
permettra enfin la diffusion du vocabulaire technique.
|
|
Entre
le 19e et le 20e siècle, |
| |
Progressivement on sort de la doctrine du bon usage, l'évolution
galopante des techniques et des connaissances impose de produire
des mots pour les décrire. La profusion des messages
publicitaires, ouvrages littéraires et informations
diverses inonde notre univers, les auteurs font des prouesses
pour se singulariser et exister. Pour sortir du lot, les néologismes
sont souvent utilisés pour attirer l'attention, susciter
l'intérêt, sortir du ventre mou de la communication.
La publicité est très créative : Je
positive, bombe anatomique (pour des sous-vêtements).
Les hommes politiques, attachés à marquer les
esprits et laisser leur empreinte, recourent souvent à
la néologie classique (fracture sociale) ou
font resurgir des mots ou expressions tombés dans l'oubli
(abracadabrantesque ; la réforme, oui, la
chienlit, non !.) .
| 
Les petites phrases en politique
ont la force d'un slogan publicitaire. Elle doivent
donc en avoir les principes.
Elles doivent être courtes, facilement mémorisables,
et « esthétiques » !
« Un pouvoir insurrectionnel s'est établi
en Algérie par un pronunciamento militaire. (...)
Ce pouvoir a une apparence : un quarteron
de généraux en retraite » :
Dans cette formule du général de Gaulle,
le terme « quarteron »
désignant la quatrième partie d’un
cent soit 25 et non quatre comme le nombre de généraux
impliqués dans le coup d’État, n’était
, pour certains, pas utilisée à bon escient.
De fait, il peut également désigner péjorativement
un petit nombre, ce qui rend son utilisation appropriée
. |
Les usages et les dictionnaires exercent néanmoins
une influence considérable dans l'institutionnalisation
du lexique et sa pérennité. Voyons le parcours
prestigieux d'un mot et son accession au rang de vedette de
dictionnaire.
|
 |

Les vedettes des dictionnaires et du français
branché |
|

|
|
| |
Enregistrer un mot dans le dictionnaire,
c'est attester ou certifier qu'il entre dans le cercle fermé
de la langue « correcte » ou « officielle ».
Le dictionnaire apparait comme le tribunal de la néologie
! Après examen, certains seront consacrés, hissés
au rang de vedette, et d'autres seront enterrés. Les
dictionnaires ne sont pas seulement un conservatoire de la
langue, mais aussi un observatoire. Chaque année, ils
traquent dans la presse écrite ces mots nouveaux qui
reflètent notre quotidien et l'état de la langue.
Ainsi on a vu entrer covoiturage, bioterroriste, professeure,
ou double-cliquer...
Souvent assimilé au gardien du temple que représente
la langue française, le dictionnaire se doit aussi
de rendre compte de l'usage de la langue. Suivant les mélanges,
on obtient des dictionnaires variés.
Les mots nouveaux peuvent cependant mener carrière
en dehors des dictionnaires et voir leur usage se répandre.
Ainsi, on a vu fleurir à l'insu de mon plein gré,
pile poil, y' a pas photo,
Certains sont purement conjoncturels gauche plurielle,
d'autres finissent par s'imposer beur, beurette…
| |
|