L'apprentissage des langues vivantes sera cette année examiné selon deux angles différents, mais symétriques : la situation des langues vivantes dans l'enseignement en France, l'état de diffusion du français hors de France, c'est-à-dire du français langue étrangère (FLE). En France, un rapport d'information de la commission des affaires culturelles du Sénat, rédigé par le sénateur Jacques Legendre, sur l'enseignement des langues étrangères en France, met l'accent sur le fort rétrécissement de l'offre linguistique du système scolaire français, qui aboutit à une hégémonie du couple anglais-espagnol dans l'apprentissage des langues vivantes étrangères. Le rapport sénatorial dénonce cette situation, néfaste à la fois pour la formation des élèves et pour la capacité de notre pays à relever le défi plurilingue du monde actuel./p>
Hors de France, l'enjeu est la diffusion de notre langue, non seulement auprès d'un public scolaire, mais aussi auprès du public universitaire et professionnel. Les certifications de français langue étrangère représentent un indicateur intéressant en la matière. Elles font l'objet d'une normalisation internationale à partir des instruments méthodologiques élaborés par le Conseil de l'Europe et bénéficient d’une diffusion dynamique. Elles sont passées majoritairement par un public jeune, souvent de niveau universitaire.
Au cours de la session ordinaire 2003-2004, M. Jacques Legendre, sénateur, a présenté un rapport d'information sur l'enseignement des langues étrangères en France, qui a été adopté et rendu public après son examen en commission des affaires culturelles 1
Ce rapport d'information a pour objet de faire le point sur l'enseignement des langues étrangères en France, huit ans après la parution d'un précédent rapport de la même commission, intitulé “ Vers un nouveau contrat pour l'enseignement des langues vivantes ”, ainsi que de renouveler l'appel en faveur d'une politique volontariste de diversification des langues étrangères enseignées dans les établissements scolaires.
Le rapport met en évidence une contradiction, qui ne fait que s’aggraver, en matière d'enseignement des langues vivantes : d'une part un rétrécissement de l'offre linguistique autour de l'anglais et de l'espagnol, d'autre part la nécessité pour les citoyens comme pour les États d'élargir leurs compétences linguistiques pour devenir (ou pour rester) des acteurs efficaces sur le marché mondial.
Théoriquement et pris dans son ensemble, le système éducatif français semble garantir la formation initiale en deux langues étrangères (LV1 et LV2) et offrir un choix diversifié de langues à étudier (44 langues différentes peuvent être présentées au baccalauréat).
La réalité que souligne le rapport du sénateur Legendre est tout autre :
Le sénateur Legendre donne en résumé un chiffre éclairant et inquiétant : pour l'ensemble du second degré (collèges et lycées, publics et privés), seuls quelque 13 000 élèves, soit 2,32% du total, étudient une LV1 autre que l'anglais, l'espagnol ou l'allemand.
Devant ce constat alarmant, le rapport se conclut en ces termes : “ Aussi est-il devenu impératif et urgent de sensibiliser l'opinion publique aux enjeux de l'apprentissage des langues, passerelle vers la découverte d'autres cultures, et de promouvoir une réelle politique de diversification, en adéquation avec les besoins de notre pays en termes d'échanges économiques, politiques et culturels ”.
Pour ce faire, M. Legendre préconise d'abord de gagner l'opinion publique à la cause du plurilinguisme, à travers une vaste campagne d'information sur l'intérêt de l'apprentissage des langues étrangères et de leur diversification à destination des familles comme des responsables éducatifs.
Il recommande ensuite une action déclinée au niveau local, qui inscrive l'élaboration de la carte académique des langues dans un débat ouvert aux partenaires extérieurs au système éducatif.
Il propose de rendre l'enseignement des langues étrangères plus attractif, en particulier en proposant aux élèves des parcours d'apprentissage diversifiés, balisés et évolutifs. On remarque à cet égard l'intérêt de la normalisation des examens de langue étrangère, grâce à des outils comme le Portfolio européen des langues du Conseil de l'Europe (voir le chapitre ci-dessous consacré à l'enseignement du français à l'étranger).
Les autres propositions du rapport insistent sur la nécessité de faire des langues l'affaire de toute une vie, à travers le développement de compétences précises ; d'agir sur la formation initiale (recrutement des professeurs des écoles avec une épreuve de langue étrangère ; maintien du recrutement de professeurs de langues dites rares ; gestion efficace des ressources humaines dans ce domaine) ; enfin, de placer l'ouverture internationale et interculturelle au cœur de l'enseignement des langues, en développant et diversifiant les sections européennes du second cycle, en démocratisant et en favorisant la mobilité des élèves et des étudiants.
La promotion de notre langue dans les pays non-francophones constitue un enjeu majeur, notamment pour conserver au français son statut de langue internationale. Trois axes de l'action des pouvoirs publics sont présentés ici : la coopération avec les associations de professeurs de français, regroupées au sein de la Fédération internationale des professeurs de français (F.I.P.F.), qui organisait en juillet son congrès mondial à Atlanta ; la labellisation des centres de langue française en France, où les non-francophones viennent apprendre ou perfectionner leur connaissance de notre langue ; enfin, le dynamisme des certifications de français langue étrangère, généralistes ou spécialisées, qui témoigne de l'attrait du français dans le monde.
Hors de France, l'appui à l'enseignement du français langue étrangère (FLE) constitue l'une des missions prioritaires des postes diplomatiques, à travers le réseau de coopération et d'action culturelle (services culturels, instituts français, Alliances françaises, etc.).
En France, l'action de l'État en la matière s'est notamment exercée en 2004 par une normalisation des instruments linguistiques (certifications de FLE) ainsi que par la mise en place d'une labellisation des centres d'enseignement du FLE en France.
La plupart des postes diplomatiques français proposent un service de coopération éducative ; parmi leurs partenaires naturels figurent les associations locales de professeurs de français. En collaboration avec ces dernières, et souvent aussi avec les responsables pédagogiques du système éducatif local, sont organisés des stages de formation continue, des congrès pédagogiques, sont mis en place des bourses d'études et divers types d'opérations de promotion de la culture et de la langue.
Le but est à la fois de convaincre les prescripteurs (les parents) et les apprenants 2 (les jeunes en âge d'être scolarisés) et de former au mieux les enseignants pour favoriser le choix du français, langue vivante étrangère, dans les cursus scolaires.
La Fédération internationale des professeurs de français (F.I.P.F.), organisation internationale non gouvernementale créée en 1969, rassemble quelque 70 000 enseignants de français, regroupés dans 180 associations nationales. Les professeurs de français y sont représentés dans leur diversité et tous les contextes d’enseignement. La Fédération anime le réseau mondial des professeurs de français, tient son congrès mondial tous les quatre ans, organise régulièrement des colloques, participe à de nombreuses manifestations internationales, et publie sa revue Le Français dans le monde, son bulletin d'information trimestriel Échanges et les actes de ses colloques “Dialogues et cultures”.
La F.I.P.F. a tenu son 11e congrès mondial à Atlanta (États-Unis) du 19 au 23 juillet 2004, organisé par l'association hôtesse, l'American Association of Teachers of French (A.A.T.F., association américaine des professeurs de français), qui y tenait parallèlement son 77ème congrès. Plus de 1 200 congressistes ont participé à ces assises, dont le thème était : “ Français : le défi de la diversité ”. Ce thème a été décliné sous trois angles : la diversité des politiques linguistiques, la diversité pédagogique et didactique, enfin la diversité des usages.
Dans le cadre d’une commande de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (A.I.F.) et en coopération avec la F.I.P.F., le Centre international d'études pédagogiques (C.I.E.P.) gère et administre un site portail, franc-parler.org, destiné à la communauté mondiale des professeurs de français. Site d’échanges vivants pour la communauté des enseignants, il cherche à rapprocher les utilisateurs à travers des forums, des petites annonces, des espaces d’expression et des contacts directs avec les concepteurs du site.
Ce site, qui vient d'être profondément rénové, propose aux enseignants des ressources pour leur formation et leurs pratiques de classes ainsi que des textes de référence sur l’enseignement du français. Ils peuvent y suivre l’actualité de la Francophonie à travers des dépêches et retrouver des témoignages des acteurs du domaine dans des interviews ou reportages.
En France, environ cent cinquante centres d'apprentissage du français langue étrangère accueillent chaque année des non-francophones venus apprendre le français ou perfectionner leur niveau. La spécificité de ces centres, dont les statuts sont très divers, est de proposer conjointement des cours de langue et une découverte de la culture de notre pays. Bien évidemment, la qualité du séjour proposé aura un impact important sur la satisfaction des étrangers venus pratiquer cette forme de tourisme culturel.
C'est dans cet esprit que le ministère de l'éducation nationale (direction de l'enseignement supérieur), le ministère des affaires étrangères (direction de la coopération culturelle et du français) et le ministère de la culture et de la communication (délégation générale à la langue française et aux langues de France) se sont associés pour mettre en place un processus de labellisation de ces centres de langue française. L'organisation de cette labellisation a été confiée au C.I.E.P. ; elle débutera en 2005 et s'étendra sur environ trois ans.
Cette labellisation sera demandée volontairement par les centres de langue française : elle cherche avant tout à les inciter à entamer une démarche de qualité qui les amène à offrir des services pédagogiques, culturels et hôteliers du meilleur niveau possible, de manière à développer un tourisme culturel et linguistique très efficace dans la diffusion de notre langue.
Pour les non-francophones, l'apprentissage du français, comme celui des autres langues, passe d'abord par l'offre de formation initiale en langues du système éducatif public, puis fréquemment par le marché du secteur privé, destiné majoritairement aux adultes. Dans tous les cas, le français forme une composante du marché mondial des langues : son apprentissage doit offrir un intérêt ; les certifications obtenues doivent être reconnues officiellement. L'action des pouvoirs publics tend à assurer à la fois la diversité des offres de formation en français et à garantir la qualité des certifications.
Pour évaluer le marché du français, l'observation du nombre de certifications délivrées en français langue étrangère constitue un indice fiable, en premier lieu du nombre et du niveau des apprenants de français, ensuite de leur origine géographique et professionnelle.
Les principales certifications en FLE sont celles proposées par le centre international d'études pédagogiques (C.I.E.P.) et la chambre de commerce et d'industrie de Paris (C.C.I.P.). Il existe par ailleurs d'autres certifications, comme celles de l'Alliance française (certificats d'études de français pratique, CFP1et CFP2, diplôme de langue, DL, et diplôme supérieur langue et culture françaises, DSLCF) ou de la Sorbonne (certificat de langue et civilisation françaises).
Les diverses certifications de français langue étrangère font actuellement l’objet d’une restructuration afin de calibrer leurs contenus sur les niveaux du Cadre européen commun de référence pour les langues et du Portfolio européen des langues, instruments méthodologiques créés par le Conseil de l'Europe. Cette institution cherche à développer une conception de l'enseignement des langues harmonieuse, reposant sur des principes communs, établis par le biais de la coopération internationale sur l'expérience et sur les compétences des pays membres en ce domaine.
Par ailleurs, le test de connaissance du français (T.C.F.) du C.I.E.P. a obtenu une norme ISO 9001 depuis janvier 2003 ; celle du test d'évaluation de français (T.E.F.) de la C.C.I.P. est en cours de certification.
Cette normalisation permet de rendre comparables entre eux les niveaux d'apprentissage des langues étrangères et d'en garantir la qualité, ce qui ne peut que profiter à la diffusion du plurilinguisme, et par conséquent à celle du français.
Dans le cadre de cette convergence européenne des niveaux d'évaluation, il convenait de proposer aux enseignants de FLE des outils concrets de mesure du niveau à enseigner ou à acquérir : en 2004 parait le Niveau B2 pour le français : un référentiel 3 qui répond à cette attente. Cet ouvrage est le fruit d'un projet proposé par le ministère de la culture et de la communication (D.G.L.F.L.F.), auquel se sont associés le ministère des affaires étrangères (D.G.C.I.D., sous-direction du français) et le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche (direction de l’enseignement scolaire). Il est imprimé et diffusé par les éditions Didier, qui proposent le fonds théorique le plus important en matière de FLE.
Les statistiques sur le nombre d'inscriptions aux certifications de FLE montrent une forte progression ces dernières années. Elle s'explique en partie par l'effet mécanique de mise en place d'un réseau de centres d'examens, mais aussi par l'attractivité de ces certifications, officiellement homologuées, pour la formation universitaire ou professionnelle.
Deux observations générales peuvent être tirées de ces chiffres : d'une part, on remarque que l'Europe est le marché le plus actif pour les certifications de FLE ; d'autre part, ces dernières touchent majoritairement la tranche d'âge des 16-25 ans.
Dans le domaine de l'évaluation et des certifications, le C.I.E.P., établissement public relevant du ministère de l'éducation, assure la gestion pédagogique et administrative des diplômes officiels pour étrangers, validés par le ministère français de l’éducation : le DELF (diplôme d'études en langue française, 1er et 2e degrés) et le DALF (diplôme approfondi de langue française). Il travaille à leur diversification (DELF scolaire, par exemple) et à leur adaptation aux standards européens et aux normes de qualité. Il développe pour ce même ministère des produits nouveaux : le test de connaissance du français (T.C.F.) et ses versions spécifiques.
Pour les examens du C.I.E.P., la progression du nombre d'unités de valeur présentées est globalement de 80 % entre 1998 et 2002 ; le DELF 1, d'un niveau élémentaire, représente 72 % du total des unités passées, mais la plus forte progression des DELF 2 et du DALF, d'un niveau élevé, donne un signe positif de l'intérêt des non-francophones à atteindre un bon niveau de maitrise de notre langue.
| année | DELF 1 | test accès delf 2 | DELF 2 | test accès dalf | DaLF | total examens | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| total monde | 1998 | 146 999 | (créé en 2000) | 17 358 | 4 672 | 22637 | 191 666 | |
| 2002 | 94,6 | 264 400 (244 838 + 19 562 DEL scolaires) | 9 210 | 35 354 | 10 083 | 39 875 | 358 922 | |
| progression par examen | + 80% | - | +104% | +116% | +76% | +87% | ||
| progression par zone | ||||||||
| Afrique | 1998 | 11 579 | 0 | 1 481 | 753 | 2 222 | 16 035 | |
| 2002 | 20 306 | 3 263 | 5 540 | 3 226 | 8 462 | 40 797 | +154% | |
| Amérique | 1998 | 23 907 | 0 | 2 994 | 848 | 3 772 | 31 521 | |
| 2002 | 32 876 | 1 204 | 4 902 | 1 437 | 5 848 | 46 267 | +47% | |
| Asie | 1998 | 21 308 | 0 | 2 177 | 261 | 1 797 | 25 543 | |
| 2002 | 29 098 | 755 | 3 518 | 1 199 | 4 132 | 38 702 | +51% | |
| Europe | 1998 | 89 957 | 0 | 10 689 | 2 752 | 14 775 | 118 173 | |
| 2002 | 162 244 | 3 983 | 21 359 | 4 113 | 21 304 | 213 003 | +80% | |
| Océanie | 1998 | 248 | 0 | 17 | 17 | 71 | 353 | |
| 2002 | 314 | 5 | 35 | 58 | 129 | 541 | +53% |
La C.C.I.P., organisme public fondé en 1803, consacre depuis près de cinquante ans une part de son activité à la promotion de la langue française comme outil au service des échanges économiques internationaux. La C.C.I.P. a créé et utilise le test d'évaluation de français (T.E.F.) et les certifications de français à visée professionnelle ; on compte huit certificats dans 5 domaines de la vie professionnelle et à des niveaux différents :
| diplômes de français des professions | certifications de français professionnel | diplômes de français des affaires | |
|---|---|---|---|
| 2001 | 900 | 1 700 | 3 600 |
| 2002 | 1 400 | 1 700 | 4 000 |
| 2003 | 1 500 | 1 700 | 3 800 |
| Europe | Amérique | Asie | Afrique | Océanie (Australie) |
|---|---|---|---|---|
| 84,14% | 8,56% | 4,85% | 2,42% | 3,03% |
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| année | diplôme | 11-15 ans | 16-20 ans | 21-25 ans | 26-30 ans | 31-40 ans | 40 ans et + | âge inconnu |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1988 | DELF1 | 22,16% | 37,18% | 17,67% | 8,00% | 7,08% | 3,95% | |
| DELF2 | 14,63% | 40,47% | 19,14% | 9,24% | 8,63% | 5,99% | ||
| DALF | 1,21% | 37,41% | 29,57% | 12,30% | 11,56% | 7,29% | ||
| total | 18,75% | 37,85% | 19,05% | 8,64% | 7,80% | 4,66% | 3,24% | |
| 2002 | DELF1 | 19,51% | 52,16% | 13,99% | 6,58% | 5,00% | 2,75% | |
| DELF2 | 9,91% | 45,23% | 22,17% | 9,54% | 7,86% | 5,02% | ||
| DALF | 1,15% | 33,79% | 33,21% | 13,42% | 10,37% | 7,65% | ||
| total | 15,64% | 48,87% | 17,63% | 7,89% | 6,14% | 3,72% | 0,11% |
| année | 15-20 ans | 20-25 ans | 25-30 ans | 30-35 ans | 35-40 ans | 40 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2002 | 2% | 55% | 32% | 7,5% | 1,8% | 1,7% |
| 2003 | 7% | 42% | 26% | 11% | 6% | 8% |
On constate la forte proportion de la tranche d'âge 16-20 ans pour les diplômes plus “ généralistes ” du C.I.E.P. et celle des 20-25 ans pour ceux de la C.C.I.P., plus professionnalisés. À l'évidence, d'une part le français s'apprend jeune, d'autre part il est un élément valorisant de la formation professionnelle initiale.