La maitrise de la langue française a été désignée en 2002 par le Premier ministre comme une priorité partagée par l’ensemble du Gouvernement. Cette priorité a été particulièrement prise en compte par le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche dans le plan de prévention et de lutte contre l’illettrisme qu’il a présenté le 19 juin 2002.
Elle concerne par ailleurs les administrations en charge des populations migrantes, sous l’angle de l’intégration professionnelle et sociale.
Elle passe enfin par les actions dirigées vers les populations marginalisées, répondant ainsi aux objectifs de la loi contre les exclusions du 29 juillet 1998.
Le plan mis en œuvre à la rentrée de septembre 2002 s’appuie sur le constat que 15 à 20 % des élèves qui entrent en 6ème sont en grande difficulté de compréhension face à l’écrit. Par ailleurs, les tests passés lors de la Journée d'Appel de Préparation à la Défense montrent que, à l’issue de la scolarité obligatoire, 10 à 12 % de jeunes ne maitrisent toujours pas suffisamment les bases de la lecture, la moitié d’entre eux se trouvant en danger réel d’illettrisme. La comparaison internationale menée par l’enquête PISA de l’O.C.D.E., auprès des élèves de quinze ans d’une trentaine de pays, montre que les compétences de base des élèves français les situent à peine au-dessus de la moyenne des pays participants.
Ces constats ont conduit à porter en 2002 l’essentiel de l’attention sur les nouveaux programmes de l’enseignement primaire, sur une expérimentation de classes à effectifs réduits, sur le repérage précoce de troubles du langage, et sur les classes d’initiation et d’accueil destinés aux élèves nouvellement arrivés en France.
Par ailleurs, un effort a été porté sur la formation initiale et continue des enseignants en matière de pédagogie de la langue.
Enfin, la pédagogie de projet, à l’école comme en dehors du temps scolaire, a permis de faire concourir un certain nombre de dispositifs à l’amélioration de la maitrise linguistique, écrite et parlée, des élèves.
Parmi les nouveautés figurant aux programmes pour l’école primaire publiés par arrêté du 25 janvier 2002, on note d’abord la volonté d’améliorer l’efficacité de la scolarité du premier cycle. L’école maternelle met ainsi l’accent sur l’apprentissage du langage oral, c’est-à-dire l’usage efficace par les enfants de la langue parlée pour s’exprimer, échanger, comprendre et réfléchir. Elle doit par ailleurs conduire les jeunes enfants à explorer le fonctionnement du langage écrit et ses rapports avec le langage oral, afin de favoriser leur apprentissage ultérieur de la lecture. Cette étape de la scolarité a acquis une importance considérable dans la prévention des difficultés scolaires, tout comme dans la détection des handicaps.
À l’école élémentaire, à la demande de l'Observatoire national de la lecture, les horaires quotidiens minimaux dévolus aux activités de lecture et d’écriture sont précisés, pour la première fois depuis 1969 : 2 h 30 au cycle 2 (CP, CE1), 2 h au cycle 3 (CE2, CM). Par ailleurs, un enseignement de la littérature a été introduit dans ce dernier cycle, invitant les maitres à faire lire à leurs élèves une dizaine d’ouvrages au cours de l’année.
Enfin, les maitres du cours préparatoire ont été destinataires du livret “ Lire au CP ” qui synthétise les principales difficultés rencontrées par les élèves durant cette première étape de l’apprentissage de la lecture, ainsi que les situations et activités pédagogiques destinées à y remédier.
Recommandée par le Haut Conseil de l’Évaluation de l’École, une expérimentation portant sur des classes de cours préparatoire à effectifs réduits concerne, depuis septembre 2002, une centaine de classes et s’augmentera de 400 classes supplémentaires, à la rentrée 2003. Par ailleurs, dans des secteurs difficiles, d’autres dispositifs permettront de diversifier les prises en charge pédagogiques afin de renforcer les aides apportées aux élèves en difficulté dans 3 000 classes de CP.
Le repérage et la prise en charge précoces des troubles spécifiques du langage oral et écrit, qui touchent 4 à 6% de chaque classe d’âge, sont renforcés, conformément à la circulaire n° 2002-024 du 31 janvier 2002, grâce à une collaboration entre l’équipe pédagogique, les services de santé et les enseignants spécialistes d’élèves en difficulté. Tous les enseignants recevront en septembre 2003 une information sur ces troubles spécifiques, parfois difficiles à appréhender.
La classe de seconde, charnière délicate entre le collège et le choix d’une série de baccalauréat, bénéficie depuis 1999 d’un dispositif d’accompagnement constitué d’enseignements obligatoires en groupes restreints, et d’aide individualisée pour les élèves les plus en difficulté. Cette dernière est organisée en petits groupes de 8 élèves maximum, en français et en mathématiques, selon un horaire hebdomadaire de deux heures qui vient s’ajouter aux quatre heures de français obligatoires.
Des enquêtes ayant fait apparaitre que ce dispositif reste insuffisamment orienté vers les élèves les plus en difficulté, des instructions ont été données aux recteurs afin qu’ils recentrent l’aide individualisée en seconde générale et technologique sur ceux qui en ont le plus grand besoin, à partir de critères explicites.
Les élèves nouvellement arrivés bénéficient d’un enseignement quotidien renforcé en français, dans des classes d’initiation, à l’école élémentaire, et en classes d’accueil, dans l’enseignement secondaire, dont les effectifs sont limités à une quinzaine d’élèves. L’objectif de ces classes est d’insérer ces élèves en moins de deux ans dans le cursus normal d’études.
Les nouveaux arrivants âgés de plus de 16 ans peuvent être accueillis dans le cadre de la mission d’insertion des jeunes de l’éducation nationale (M.G.I.E.N.) et participer à des cycles d’insertion pré-professionnels spécialisés en français langue étrangère et en alphabétisation.
Un document pédagogique intitulé “ Le français langue seconde ” a été largement diffusé auprès des enseignants de collège. Un document analogue concernant l’enseignement du français langue seconde à l’école primaire est en cours de rédaction.
À la rentrée scolaire 2002, on recensait 1 137 classes d’initiation dans l’enseignement du premier degré (893 en 1994), présentes dans tous les départements, et 752 classes d’accueil dans l’enseignement du second degré.
En 2002-2003, le nombre total de jeunes scolarisés en classes d’initiation ou d’accueil, en dispositif M.G.I.E.N. ou bénéficiant de cours d’apprentissage du français avoisine 34 350 élèves, contre 27 535 en 2001-2002.
À côté de la formation classique des enseignants de français, des formations particulières concernent la pédagogie du français langue étrangère et seconde.
En matière de français langue seconde, la formation initiale et continue est assurée par les centres académiques pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage (CASNAV), présents dans presque toutes les académies. Certaines universités et I.U.F.M. proposent aussi des modules de formation en français langue étrangère et seconde.
Le Centre international d’études pédagogiques (C.I.E.P.) assure la gestion pédagogique et administrative des diplômes officiels de français langue étrangère délivrés par le ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche et adoptés dans plus de 140 pays : le DELF (diplôme d’études en langue française), le DALF (diplôme approfondi de langue française) et le TCF ( test de connaissance du français). Ces diplômes font actuellement l’objet d’une restructuration afin de calibrer les différentes épreuves sur les niveaux du Cadre européen de référence publié par le Conseil de l’Europe.
En 2002, 360 000 inscriptions aux différentes unités constitutives de ces diplômes ont été enregistrées et 60 000 diplômes ont été délivrés.
Le C.I.E.P. organise également, pour les enseignants de français et les formateurs, des sessions de formation en français langue étrangère et seconde qui leur proposent des ressources pour résoudre les questions que pose l’enseignement du français dans le système éducatif français. Par ailleurs, deux séminaires sur le français langue seconde ont été montés en 2002 afin de servir d’appui à l’enseignement du français aux enfants de migrants. L’intérêt soulevé par ces initiatives révèle l’importance du besoin auxquelles elles cherchent à répondre.
En matière de formation continue, la prévention de l’illettrisme a constitué une des priorités du programme national de pilotage de la formation des enseignants. La direction de l’enseignement scolaire a axé en 2002 quatre séminaires nationaux et quatre universités d’été sur cette priorité afin d’aider les recteurs à élaborer le cahier des charges des plans académiques de formation.
L’éducation artistique et culturelle vise non seulement à l’éveil de la sensibilité, mais aussi à la formation de l’esprit d’analyse, du jugement et du discours critique. Elle est à ce titre un auxiliaire précieux de la formation linguistique.
Sur le temps scolaire, les classes à projet artistique et culturel (PAC) construisent un cadre pédagogique nouveau, qui complète le dispositif des ateliers et des classes culturelles. L’activité d’une année scolaire y est marquée par la réalisation d’un projet artistique et culturel qui s’appuie sur les programmes et s’inscrit dans les horaires habituels de la classe.
Dans le premier degré, la part des dominantes littéraires et théâtrales a crû d’une année scolaire à l’autre pour représenter 25% des projets en 2002-2003. Le nombre de ces classes à PAC, qui avoisinait 16 000 en 2001-2002, s'établit à 14 217 en 2002-2003, en raison d'une réduction de crédits.
Dans le second degré, la prédominance du théâtre et de la poésie est encore plus affirmée, puisqu’elle concerne plus d’un tiers des classes à PAC, soit 1 425, et près de 40% des ateliers artistiques, soit 1 376.
Hors du temps scolaire, la pédagogie de projet est également à l’œuvre dans l’encadrement et l’animation des loisirs. Les services déconcentrés de la jeunesse et des sports, les fédérations d’éducation populaire et les services des collectivités joignent leurs efforts pour inscrire des actions linguistiques parmi les activités qu’ils conduisent dans les maisons de jeunes ou de quartier, dans les centres de loisirs ou dans les centres de vacances.
Le dispositif des contrats éducatifs locaux joue un rôle essentiel dans ce partenariat. Il mobilise en effet 66 000 intervenants et 15 000 associations pour conduire 34 000 actions auprès de 2 300 000 enfants. La part des actions de développement de la lecture dans ces activités a connu une croissance significative en 2002-2003.
Le Comité interministériel à l’intégration, réuni le 10 avril 2003, a élaboré un programme d’actions en 55 points, établissant des parcours d’intégration où l’apprentissage linguistique figure en position clef. Les recommandations portent en particulier sur la création de centres d’apprentissage du français dans les quartiers, sur le développement de l’offre de formation au français pour les candidats à la naturalisation, et sur la diffusion de programmes radiophoniques d’apprentissage du français.
La direction des populations et des migrations du ministère des affaires sociales et le Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations ont entrepris de réorienter leur action dans le sens de ces recommandations.
D’autre part, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme a commencé à mettre en œuvre plusieurs des éléments du plan d’action qu’elle s’est donnée en 2002.
Le Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD) consacre une part importante de ses crédits au dispositif de formation linguistique : la moyenne annuelle sur les années 2000 à 2002 représente 28,2 M €. A eux seuls, les crédits affectés à ce domaine ont représenté 40 % du budget du FASILD en Ile-de-France et plus de 60 % en Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Rhône-Alpes. Le nombre total de stagiaires bénéficiant des formations linguistiques financées par le FASILD s’élève à 45 000 personnes environ par an.
Les femmes représentent 72 % des publics touchés ; la moyenne d’âge s’élève à 37 ans ; 19 % des stagiaires sont de nationalité française et 38 % ont la nationalité d’un pays du Maghreb ; les nouveaux arrivants, résidant en France depuis moins de deux ans, représentent 18 % du total. En ce qui concerne les durées de formation, 74 % des stagiaires effectuent des formations courtes de moins de 200 heures et 41 % de moins de 100 heures. Seuls 9 % des stagiaires ont bénéficié de plus de 500 heures de formation en 2000.
L’année 2002 a été consacrée à un travail de mise à plat de la politique existante en matière de formation linguistique, ainsi qu’à une réflexion sur les évolutions à apporter au dispositif linguistique conduit par le FASILD.
Le programme d’évaluation des formations linguistiques à destination des publics migrants, dont les objectifs relevaient à la fois du bilan, de la mesure des effets et de la préconisation, est arrivé à son terme. Les résultats de cette évaluation ont permis aux pouvoirs publics de s’interroger sur le sens de leur action en matière d’apprentissage de la langue, sur la nouvelle dynamique à engager, sur la place du FASILD par rapport aux formations linguistiques et sur le public prioritaire. À cet égard, il est apparu clairement que pour être efficace, l’action du FASILD devait se recentrer sur les personnes nouvellement et légalement installées sur le territoire français (“ primo-arrivants ”), les candidats à la naturalisation et les demandeurs d’emploi. Parmi ces publics, une attention particulière doit être portée aux femmes immigrées : ce sont elles qui rencontrent les plus grands obstacles lors de l’insertion professionnelle ; elles éprouvent aussi le plus de difficultés pour accéder à la formation linguistique, en raison de leur situation familiale ou de la pression des traditions culturelles. Enfin, l’évaluation a mis en évidence l’importance primordiale de l’apprentissage de la langue du pays d’accueil pour une intégration réussie.
Ces travaux ont permis de poser les jalons du volet linguistique de la nouvelle politique d’intégration. En particulier, le Gouvernement a annoncé la mise en œuvre d’un Contrat d’accueil et d’intégration destiné à l’ensemble des personnes s’installant en France de manière durable et légale. Les signataires de ce contrat pourront bénéficier d’une formation linguistique adaptée à leurs besoins et leur permettant d’acquérir un niveau minimal de langue française. Cette formation sera sanctionnée par une forme de certification. Sur la demande du directeur des populations et des migrations, la D.G.L.F.L.F. conduira à partir de septembre 2003 les travaux d’un groupe d’experts chargé de choisir les tests et les méthodes les plus appropriés à cette certification.
La direction des populations et des migrations et le FASILD ont poursuivi la politique nationale d’accords-cadres initiée en 1999 avec les principaux services compétents en matière de formation et d’insertion professionnelle, en particulier avec la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (D.G.E.F.P.), l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), l’Agence nationale pour l’emploi (A.N.P.E.) et le Centre national d’information et de documentation des femmes et des familles (C.N.I.D.F.F.). Favoriser la maitrise de la langue française constitue un point commun à tous ces accords.
Afin de permettre à l’ensemble des acteurs de la formation de mieux prendre en compte les difficultés linguistiques rencontrées par les personnes immigrées, le FASILD poursuit la mise à disposition de son dispositif national et gratuit de formation des acteurs de la formation et de l’insertion. Ce dispositif vise la professionnalisation des formateurs salariés et l’élévation de leur niveau de compétence pour assurer des prestations de qualité : c’est ainsi que près de 3 000 formateurs ont été formés en 2002 (1 500 en 2001), dont 87 % de femmes.
Une étude sur les conditions d’apprentissage de la langue française des candidats à la naturalisation a été conduite en 2002. Il s’agissait d’une part de comprendre les raisons pour lesquelles des personnes résidant depuis plusieurs années sur le territoire français n’en maitrisaient pas la langue, et d’autre part de mieux appréhender la situation linguistique des candidats à la naturalisation afin d’élaborer une offre de formation adaptée. Cette étude s’accompagne d’une expérimentation concrète, entreprise en janvier 2002, permettant d’établir un lien entre les rejets pour défaut d’assimilation linguistique et l’offre de formation linguistique. Il s’agit d’identifier, au niveau des départements du Nord, des Bouches-du-Rhône, de la Seine-Saint-Denis et de la Loire-Atlantique, les ressources en formation mobilisables et leur efficacité. L’enjeu est de proposer, par le biais d’une collaboration entre les préfectures et les directions régionales du FASILD, une action locale et individuelle : la notification par la préfecture d’une décision d’ajournement pour défaut d’assimilation linguistique s’accompagne d’une offre de formation linguistique.
Les réfugiés hébergés dans les 30 centres provisoires d’hébergement (C.P.H.) bénéficient, lors de leur séjour, d’une durée moyenne de six mois, d’un accompagnement social qui inclut un enseignement de la langue française. En 2002, près de 1 000 réfugiés ont bénéficié de cette action.
En outre, depuis 1995, grâce au financement du Fonds social européen, de nouvelles actions de formation linguistique à visée professionnelle ont été développées.
La gestion de l’ensemble des dispositifs de formation en faveur des réfugiés est assurée par les directions départementales des affaires sanitaires et sociales. Le montant des crédits consacré à ces actions s’est élevé à 4,4 M€ en 2002.
Les personnes concernées par ce volet de l’action sont en situation d’exclusion ou sur un parcours menant à l’exclusion. On constate en effet qu’un des premiers facteurs de l’exclusion sociale est l’exclusion linguistique. L’objectif est donc de viser à la réinsertion sociale par l’apprentissage des savoirs de base, notamment la lecture, l’écriture et la parole organisée.
Au niveau de l’État, l’action est principalement conduite dans le programme IRILL (insertion, réinsertion, lutte contre l’illettrisme), piloté par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle du ministère des affaires sociales. La circulaire n° 2002-21 du 5 avril 2002 fixe les modalités de ce programme selon deux volets : l’un concernant les illettrés, l’autre les détenus.
Les moyens financiers du programme IRILL sont de 16,8 M€ en 2003. Ils peuvent être abondés au niveau régional par les crédits du Fonds social européen et ceux des contrats de plan État-Régions.
Certaines associations, telles ATD-Quart Monde ou le Secours populaire français, jouent un rôle essentiel dans le repérage des personnes en grande précarité et dans les ressources linguistiques qu’elles leur proposent. Elles sont à ce titre aidées par les services de l’État.
Près d’un quart des personnes à leur entrée en maison d’arrêt sont en très grande difficulté par rapport à l’écrit. Le repérage de l’illettrisme touche aujourd’hui 50% des entrants, sur 150 sites, soit environ 36 000 personnes. Les dispositifs d’enseignement sont pris en charge par plus de 300 professeurs des écoles spécialisées pour le primaire, et par une quarantaine d’enseignants pour le secondaire ; ces dispositifs concernent environ 28 000 détenus.
Le repérage de l’illettrisme et ses actions de remédiation font l’objet d’une convention entre les ministères de la justice et de l’éducation nationale, dont la dernière actualisation a été signée le 29 mars 2002.
À côté de ce dispositif d’enseignement direct, un renfort majeur est apporté à la lutte contre l’illettrisme par l’action culturelle et artistique en milieu carcéral ainsi que par les activités de formation professionnelle.
Le volet “ détenus ” du programme IRILL contribue aux actions de lutte contre l’illettrisme, en milieu fermé ou ouvert, dans le cadre de plates-formes d’orientation et d’accompagnement et en associant l’ensemble des acteurs concernés par la pédagogie de l’alternance entre formation et travail et par l’articulation avec l’extérieur.
La plupart des 200 000 jeunes suivis par la protection judiciaire de la jeunesse sont en situation de total échec scolaire, voire en refus d’apprentissage. On considère en effet que 85% d’entre eux ont un niveau scolaire qui les situe entre le CE2 et le CM1, en deçà de l’acquisition des savoirs fondamentaux primaires, notamment en matière de français lu, parlé et écrit.
La pédagogie consistant à répéter les apprentissages afin de combler les lacunes accumulées au cours de la scolarité s’est révélée peu opérante. Une nouvelle pédagogie visant à mobiliser l’intelligence dans des parcours technologiques, culturels et artistiques, qui permettent de développer le raisonnement, l’anticipation et l’argumentation, donne de meilleurs résultats et participe grandement à la socialisation.
Des dossiers pédagogiques sont élaborés dans ce sens par le Centre national d’études et de formation pour l’enfance inadaptée (C.N.E.F.E.I.), en collaboration avec la direction de l’enseignement scolaire et la direction de la protection judiciaire de la jeunesse.
L’automne 2003 verra ainsi la publication d’un cédérom intitulé “ Lire et écrire, un plaisir retrouvé ” .
Une des premières missions de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) est de coordonner les différents dispositifs de lutte contre l’illettrisme mis en place par l’État, les collectivités et des acteurs de la société civile.
Au niveau national, elle a rassemblé les initiatives et les programmes des différents ministères dans un document exhaustif intitulé Repères sur l’action des ministères, en cours de réactualisation. Elle a d’autre part commencé à mettre en œuvre un plan pluriannuel concerté, validé en mars 2002, qui comporte une quarantaine d’actions transversales d’intérêt général. Ce plan est destiné à faciliter l’action des pouvoirs publics, des partenaires sociaux, des entreprises, du milieu associatif et des acteurs de terrain.
Ainsi, l’agence a fourni à l’INSEE un module de test (Module Anlci) permettant de mesurer les compétences à l’écrit des adultes de 18 à 60 ans. Le module a été utilisé dans le cadre de l’enquête IVQ (Information, vie quotidienne) lancée par l’INSEE à la fin de l’année 2002 dont les résultats seront communiqués au début du mois de novembre 2003.
Une étude a été lancée sur les convergences des actions linguistiques. Ses premiers résultats portent sur l’offre de l’enseignement du français aux adultes et jeunes adultes, dans le cadre de la formation continue ou bénévole, en Nord-Pas-de-Calais et en Ile-de-France. Étendue à l’automne 2003 à l’examen d’autres régions, cette étude permettra de mieux assurer la cohérence et la complémentarité d’action des différentes instances d’enseignement et d’apprentissage du français.
Des accords cadres ont été conclus avec l’Agefos-pme et avec Habitat-Formation afin de développer la formation de base dans les petites et moyennes entreprises.
L’Agence a par ailleurs élaboré, avec la participation active de plus d’une centaine d’institutions partenaires, un Cadre national de référence qui reprend les principes de base de la lutte contre l’illettrisme et donne aux décideurs et praticiens toutes les cartes qui leur permettent de mieux organiser leur action. Ce document sera rendu public en septembre 2003.
Au niveau local, elle a achevé de constituer un réseau de chargés de mission placés auprès des secrétaires généraux pour les affaires régionales dans les Préfectures de région. Ces chargés de mission ont entrepris de travailler avec les services déconcentrés des différents ministères dans une perspective de cohérence et de rationalisation de l’action. Ils participent par ailleurs à la préparation des orientations nationales.
Une cartographie de l’offre de services a été élaborée et mise en ligne sur le site internet de l’agence (www.anlci.gouv.fr). Elle permet au grand public ainsi qu’aux professionnels de l’orientation et de la formation de disposer d’informations mises à jour régulièrement sur les solutions de proximité. Cette démarche s’est accompagnée de la mise en service d'un numéro indigo d'accès gratuit (08 20 33 34 35) et de l’ouverture de plates-formes régionales d’accueil téléphonique destinées au grand public.
Sur le plan international enfin, la rencontre organisée le 24 octobre 2002 au Conseil économique et social, en présence du ministre de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, a permis d'engager un transfert d’expériences et d’informations entre les différents pays représentés.
Enfin, la création en 2002, au sein de la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la culture et de la communication, d’une mission en charge de la maitrise du français, de la lutte contre l’illettrisme et de l’action régionale, contribue à améliorer la coordination interministérielle des actions de ce secteur, ainsi que la prise en compte de cet objectif du gouvernement par les directions centrales et régionales du ministère de la culture et de la communication.