Rapport au Parlement 2003
Le français dans les organisations internationales
L'action de la Francophonie

Tenu à Beyrouth, en octobre 2002, le IXème Sommet de la Francophonie avait pour thème central le dialogue des cultures et la diversité culturelle. La participation à ce Sommet a été la plus importante jamais enregistrée à une conférence des Chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage. Sur les cinquante-cinq pays membres et observateurs que comptait alors l'organisation francophone (56 actuellement), un seul a manqué à l’appel. Trente-six d’entre eux étaient représentés par leur Chef d’État ou de gouvernement. Ce Sommet a été, par ailleurs, marqué par la participation aux travaux du Président Bouteflika, qui a affirmé que “ l’Algérie était consciente de l’atout formidable que représentait l’usage du français ”.

La promotion de la diversité culturelle, et partant des actions en faveur de l’utilisation de la langue française dans les enceintes internationales, a été réaffirmée comme l’une des priorités de la coopération multilatérale francophone. Le président de la République a, dans cette droite ligne, annoncé une relance budgétaire de la Francophonie, dont une part importante est allée aux programmes consacrés à la promotion de la langue française sur la scène internationale, en particulier dans les enceintes européennes. Le Chef de l’État a également proposé qu’une Maison de la Francophonie, qui permettra de regrouper l’ensemble des opérateurs du mouvement francophone, soit inaugurée, à Paris, en 2006.

Les actions menées par la Francophonie multilatérale en faveur de la promotion du français dans l’Union européenne

Le maintien de la place de la langue française dans les institutions européennes est l’une des conditions déterminantes de son rayonnement international. Or, le passage de 11 à 20, voire 21 langues officielles, à l’occasion du prochain élargissement de l’Union européenne (mai 2004) pose des problèmes financiers et d’organisation qui, ajoutés au manque de traducteurs-interprètes dans les langues des nouveaux arrivants, font courir le risque d’un passage au monolinguisme et constituent en conséquence un véritable enjeu pour notre langue.

La présence institutionnelle de la Francophonie

La présence auprès de l’Union européenne d’une représentation permanente de l’Organisation internationale de la Francophonie constitue un apport important au maintien de la présence du français dans les institutions européennes. Cette représentation veille, en particulier, aux relations de la Commission, effectuées le plus souvent en anglais, avec les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) francophones, dans le but de proposer une stratégie pour renverser cette tendance. Elle entretient, par ailleurs, des relations suivies avec les Chefs des missions permanentes auprès de l’Union européenne des pays appartenant à la Francophonie institutionnelle.

Après l’entrée en vigueur du nouvel élargissement, le 1er mai 2004, neuf États et gouvernements membres ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie seront également membres de l’Union européenne (la France, la Belgique, la communauté française de Belgique, le Luxembourg, la Pologne, la Lituanie, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie). Se fondant sur les prises de position (au Sommet de Beyrouth en particulier) des pays francophones sur la diversité linguistique et culturelle, le Secrétaire général de la Francophonie ne manque pas de rappeler aux pays appartenant au mouvement francophone les engagements qu’ils ont pris d’utiliser la langue française dans les relations internationales, chaque fois qu’il ne leur est pas possible d’utiliser leur propre langue.

Le plan pluriannuel pour le français dans l’Union européenne

Conscients de la nécessité de conjuguer leurs efforts pour renforcer la place du français dans les institutions européennes, les gouvernements français, luxembourgeois et celui de la Communauté française de Belgique, en collaboration avec l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, ont signé, le 11 janvier 2002, à Paris, en marge de la Conférence ministérielle de la Francophonie, le “ Plan pluriannuel pour le français en préparation de l’élargissement de l’Union européenne ”.

Ce plan permettait, au moment de sa signature, de coordonner les opérations menées, depuis 1994, par les trois gouvernements signataires. Il est aujourd’hui géré par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. Après l’annonce faite par le Président de la République, lors du Sommet de Beyrouth, d’un Plan de relance pour la Francophonie, la France a doté le plan pluriannuel pour le français de moyens s’élevant à 1,4M€ pour 2003.

Les actions mises en œuvre en 2003

Les actions de formation décrites dans le rapport 2002 au Parlement sont reconduites et élargies à de nouveaux publics. Des programmes complémentaires viennent s’y ajouter. L’Agence intergouvernementale de la Francophonie a, dans cette perspective, recruté un expert chargé d’assurer la mise en œuvre de l’ensemble des actions prévues en 2003.

  1. Les formations
  2. L’équipement de 20 000 postes de travail d’un logiciel d’aide à la rédaction administrative en français.
    Les postes à équiper sont identifiés en concertation avec les services compétents des institutions, étant entendu que le logiciel est destiné à des personnels non francophones. Il est prévu que la conformité de cet outil avec les normes en vigueur dans les institutions de l’Union sera régulièrement actualisée.
  3. Le site intranet des anciens bénéficiaires des formations.
    Ce site est destiné à assurer le suivi et la mise en réseau des anciens bénéficiaires des formations.
  4. L’intercompréhension écrite et la traduction automatique entre langues romanes.
    De nombreux travaux ont étudié les possibilités d’intercompréhension entre locuteurs des langues romanes, évitant ainsi le recours à l’interprétation. Le financement d’une étude sur les formations dans ce domaine est inscrit au budget 2003 du plan pluriannuel.
  5. Le dispositif de veille sur les sites internet des institutions.
    Un consultant spécialiste des institutions européennes, recruté par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, est chargé de mettre en place un dispositif de veille sur l’utilisation de la langue française sur les sites des institutions de l’Union européenne. L’objectif est d’identifier les manquements aux règles en matière d’utilisation des langues, en vue d’éventuels recours auprès des services compétents.
  6. Une campagne d’information sur l’intérêt de maitriser la langue française menée en direction de deux, voire trois pays adhérents, (Pologne, République Tchèque, Slovaquie), à l’automne 2003.
    Cette campagne menée sur tous types de supports (audiovisuel, affiches, conférences) visera le personnel de la fonction publique et du secteur privé, les étudiants qui ont ou auront des relations avec les institutions européennes.
  7. La réunion des ministres européens des pays entrants appartenant à la Francophonie.
    Le Secrétaire général de l'O.I.F., M. Abdou Diouf, a prévu d’inviter, à l’automne 2003, les ministres compétents des pays appartenant à la Francophonie à une rencontre sur le thème du plurilinguisme en Europe.

Les actions dans les autres organisations internationales

L’Organisation internationale de la Francophonie dispose en outre de représentations permanentes auprès de l’ONU, à New York et Genève, et de l'Organisation de l’unité africaine ( Addis Abeba). Ces représentations assurent l’animation et le suivi de la présence francophone dans ces instances et peuvent compter sur le relais du groupe des ambassadeurs francophones, particulièrement actif à New York et à Genève.

L’Agence intergouvernementale de la Francophonie gère “ le Plan d’urgence pour la relance du français dans les organisations internationales ”, lancé en 1997, au Sommet de la Francophonie de Hanoi, à l’initiative de la France et dont l’importance a été rappelée aux Sommets de Moncton (1999) et de Beyrouth. Ce programme est doté d’un budget de plus de 2 millions d’euros en 2003. Il comprend plusieurs volets :
  1. Le placement de 20 jeunes experts, ressortissants des pays francophones du Sud, à des postes jugés stratégiques (information, communication, sites internet, ressources humaines) et dans des secteurs jugés prioritaires pour la Francophonie et la présence de la langue française.
    Les jeunes experts bénéficient avant leur départ d’une session d’information sur leur mission au regard de la promotion du français. L’objectif est que les experts soient recrutés directement par les organisations internationales au terme de leur contrat pris en charge par l’Agence de la Francophonie. En 2002, cet objectif était atteint pour 70% des jeunes placés.
  2. Le soutien à la traduction et à l’interprétation lors de rencontres internationales dont les thèmes sont prioritaires pour les pays francophones (désarmement, traçabilité des armes légères, droit, développement durable, santé…).
    Ce programme, qui concerne les manifestations organisées hors du territoire français, complète les actions mises en place par la D.G.L.F.L.F en faveur des colloques se tenant en France.
  3. La formation à la fonction publique internationale en langue française de jeunes cadres ou fonctionnaires qui se destinent à la carrière internationale.
    Ce programme a pour principal objectif d'apporter aux auditeurs une bonne connaissance du fonctionnement des organisations internationales, afin de faciliter leur accès à des emplois dans la fonction publique internationale. A l'issue de cette formation, les bénéficiaires peuvent, s'ils le souhaitent, se porter candidat au programme des jeunes experts associés francophones qui constitue l'un des autres volets du plan d’urgence pour le français dans les organisations internationales.
    La formation est assurée successivement à l'Institut des relations internationales du Cameroun, à l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Genève) et à l'École nationale d'administration (Paris). Elle comprend une période de stage dans une organisation internationale.
  4. La prise en charge de délégués francophones du Sud en vue de leur participation à des grandes rencontres internationales.
  5. La formation à la langue française de fonctionnaires internationaux de haut niveau.

La concertation avec les autres aires linguistiques

La concertation avec les autres aires linguistiques (arabophonie, hispanophonie, lusophonie) est une pratique de longue date de la Francophonie institutionnelle, fondée sur le principe que le combat pour la diversité culturelle et linguistique ne peut être un combat isolé, mais que toute action en ce sens doit être menée de concert avec ceux qui sont concernés par la question.

La dernière en date de ces réunions, intitulée “ Colloque des trois espaces culturels ” a réuni à Mexico, en avril 2003, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Organisation des États ibéro-américains et l’Union latine.