Quelle politique pour le français et le plurilinguisme ?
Intervention du premier ministre à l'occasion de l'installation du Conseil supérieur de la langue française

Le 16 novembre 1999, le Premier ministre a installé le nouveau Conseil supérieur de la langue française et a prononcé à cette occasion un discours qui précise les priorités du gouvernement pour le français, les langues de France et le plurilinguisme.

Les langues vont acquérir au 21ème siècle une importance accrue : la maîtrise de multiples formes de communication orale et écrite est exigée sur le marché du travail et conditionne l'accès à l'information, à la culture, à la vie sociale et à la citoyenneté ; le développement du secteur des services fait des langues de véritables acteurs de l'économie ; la mondialisation et la construction de l'Union européenne multiplient les échanges et les contacts entre les langues ; enfin les langues sont au coeur de la révolution introduite par les nouvelles technologies. Toutes ces évolutions appellent des interventions pour assurer le respect de la diversité culturelle et linguistique mais aussi pour développer les passages entre les langues (apprentissage de plusieurs langues, traduction, interprétation, banques terminologiques...) La politique en faveur du français doit pleinement en tenir compte, en tirant parti des atouts dont il bénéficie comme grande langue de communication internationale et ciment de la francophonie. Ces considérations guident les grands axes de la politique publique.

Le français, langue de la République

Langue officielle de la France depuis des siècles, le français est un des facteurs essentiels de l'unité nationale, de la cohésion sociale, de l'égalité des chances. L'enseignement, la lutte contre l'illettrisme et l'exclusion visent à permettre à tous de maîtriser le français pour s'épanouir personnellement et s'insérer dans la société, accéder à un emploi comme à la culture, être pleinement des citoyens.

L'internationalisation des échanges et la construction du grand marché européen ne doivent pas entrer en conflit avec la présence du français là où il est indispensable pour la protection et l'information de nos concitoyens. C'est le rôle de la loi du 4 août 1994 sur l'emploi de la langue française.

Le français, langue de communication internationale

Le français a hérité l'immense chance d'être une grande langue internationale, atout qu'il ne partage qu'avec une poignée des trois mille langues de la planète, et qui le situe juste après l'anglais. Certes, il n'est qu'à la onzième place en termes de démographie (le français est langue maternelle pour environ 150 millions de locuteurs), mais, comme pour les pays, le rayonnement des langues ne se mesure pas qu'en termes de démographie. Le français est enseigné dans tous les pays, sur tous les continents. Il est depuis des siècles une grande langue de culture, utilisée dans les domaines les plus divers, artistique et littéraire, mais aussi sportif et scientifique. Il est la langue officielle et de travail, parfois seul avec l'anglais, de la plupart des organisations internationales. Il est une langue partagée par les cinquante-cinq Etats ou gouvernements qui ont participé au sommet de l'organisation internationale de la francophonie. Ce rayonnement a des conséquences politiques et économiques importantes : l'Etat intervient pour conserver et développer ces atouts.

Le français et le plurilinguisme au XXIème siècle : une politique et des outils

Le défi du prochain siècle est d'établir un équilibre entre l'intensification des échanges et le respect de la diversité culturelle et linguistique, garante de la qualité et de la sérénité des rapports humains et interétatiques.

L'Europe pose le problème des langues d'une façon nouvelle et originale : elle se construit résolument sur une monnaie unique, une harmonisation et un rapprochement des législations, mais aussi sur le respect et la valorisation de la diversité culturelle et linguistique. L'Union européenne compte plusieurs dizaines de langues, dont 11 langues officielles des Etats membres reconnues comme langues officielles de l'Union, et les futurs élargissements augmenteront ces chiffres. Ce contexte complexe appelle des politiques créatives, tant de la part des institutions communautaires que des Etats membres.

La construction communautaire comme la mondialisation rendent indispensable l'apprentissage par chacun d'au moins deux langues étrangères, pour répondre aux besoins économiques, aider la mobilité des jeunes et des professionnels, préserver le patrimoine et la vitalité culturelle. La France a adapté son système éducatif et soutient les initiatives communautaires favorisant l'acquisition des langues.

Au niveau national, le gouvernement a marqué sa volonté de valoriser les langues régionales, métropolitaines et d'outre-mer, qui font partie de notre patrimoine commun.

Enfin il est indispensable d'enrichir le français pour lui permettre de disposer des mots qui expriment toutes les notions du monde contemporain et de veiller à ce qu'il soit présent dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication.