La langue joue un rôle fondamental, sur le plan individuel et collectif, dans l'existence et le renforcement du lien social dont elle est l'un des garants.
Ainsi, dans la vie humaine, dès le plus jeune âge et à toutes les étapes de la formation puis aux différents moments de la vie citoyenne, aussi bien au sein de la cellule familiale que des groupes sociaux et dans toutes les situations, qu’elles soient intimes, professionnelles, civiques ou culturelles, la langue, sous sa forme orale ou sous sa forme écrite, répond à de multiples fonctions de communication.
À l'aube du XXIème siècle, la place croissante prise par la connaissance dans la vie économique comme les nouveaux moyens d'accès à l'information sont de nature à créer de nouveaux risques d’exclusion s’ils ne s’accompagnent pas d’une maîtrise accrue des langages.
La maîtrise de la langue française sous toutes ses formes est un élément clef pour permettre à chacun de s’exprimer et au plus grand nombre d’accéder à la culture et à la citoyenneté. C’est pourquoi cette maîtrise est de plus en plus prise en compte dans les politiques publiques, en faveur de la formation générale et professionnelle, de la lutte contre l'illettrisme, de l'insertion des personnes en difficulté, de la bonne intégration des immigrants et de leurs familles, enfin de la démocratisation de la culture.
Le système scolaire, qui doit accueillir dans les classes une population plus nombreuse et diversifiée qu'autrefois, se trouve directement concerné. Les enjeux de la langue sont au coeur des instructions et des nouveaux programmes : les apprentissages fondamentaux, et notamment celui de la langue et des langages (oral et écrit en français mais aussi dans les autres langues et maîtrise de l'image) sont un objectif prioritaire de l'école. La formation initiale et continue des enseignants pour améliorer les méthodes de transmission des savoirs fait partie de ce dispositif et toutes les disciplines sont sollicitées pour l'atteindre.
Cette importance reconnue à la maîtrise du français conduit à l'inscrire, au-delà du système scolaire, dans les dispositifs d'insertion et dans le monde professionnel. Le fonds d’action social pour les travailleurs immigrés et leurs familles consacre une part importante de ses crédits destinés à la formation et l’insertion des immigrés au financement d’actions visant l’apprentissage de la langue française. Depuis l'automne 1998, dans le cadre de la loi réformant le service militaire, des tests sont effectués sur la maîtrise de la lecture par les jeunes lors de la journée d'appel de préparation à la défense. La loi du 9 juillet 1998 sur l'exclusion fait de la lutte contre l'illettrisme, en l'insérant dans le code du travail, un élément de l'éducation permanente à laquelle contribue l'ensemble des pouvoirs publics et des acteurs socio-économiques. Le programme TRACE (trajet d’accès à l’emploi) destiné à favoriser l’emploi des jeunes comme la politique de la ville prennent de plus en plus en compte la dimension socio-linguistique.
Dans le domaine culturel, de nombreuses actions visent à permettre l'appropriation personnelle du langage par des pratiques fondées sur la créativité artistique. C'est le cas par exemple des ateliers d'écriture, où chacun peut s'essayer à rendre compte de son histoire à sa manière, ou du théâtre qui met en jeu le corps en même temps que le langage, ou encore de la chanson.
La langue est vivante et soumise à des variations, à des enrichissements, à des contacts et à des échanges avec d’autres langues. Les accents, les régionalismes, les pratiques langagières ou linguistiques propres à tel groupe ou tel lieu constituent une réalité vivante que se propose d’étudier l’observatoire des pratiques linguistiques. Cet observatoire, mis en place en 1999 au sein de la délégation générale à la langue française, a pour objectif d’apporter des informations utiles à l’élaboration des politiques éducatives, sociales et culturelles et de permettre, en s’appuyant sur une meilleure connaissance des expériences linguistiques des individus et des groupes, de mieux prendre en compte le rapport aux langues et au langage. Ces observations pourront servir en particulier aux actions concernant la maîtrise du français qui supposent une approche complexe tenant compte des pratiques langagières différentes à l’intérieur du français et de leur relation avec la langue standard, ainsi que des contextes multilingues spécifiques. Enfin l’observatoire fournira les moyens de mieux connaître un patrimoine linguistique commun constitué de l’ensemble des langues de France.