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Les enjeux linguistiques dans l'Union européenne sont majeurs pour notre pays et notre vie de tous les jours, bien qu'ils soient le plus souvent ignorés du grand public. En effet, l'Union européenne est un cas à part, très original, d'unification démocratique d'un nombre important d'États dans le respect de leur diversité linguistique et culturelle. Les domaines dans lesquels cet effort de construction commune influence les langues que nous connaissons ou que nous utilisons sont très variés : les langues sont au coeur des échanges, surtout dans le monde moderne, où elles sont par exemple la matière première des industries de service, des industries culturelles. Avec la disparition progressive des frontières entre les États membres, et la circulation intensive des produits et des personnes, que deviennent les frontières linguistiques ? Comment organiser cette tour de Babel qui compte des dizaines de langues, dont le nombre de locuteurs et le statut varient considérablement ? Comment préserver et faire connaître la richesse culturelle qu'elles véhiculent ?
L'Union attache une grande importance à la connaissance des langues étrangères, indispensable à la connaissance mutuelle des Européens et à la construction de l'Europe des citoyens. L'idée, inscrite par exemple dans le Livre blanc " enseigner et apprendre : vers la société cognitive de 1996, est que chaque citoyen européen puisse acquérir la maîtrise de trois langues (la sienne et deux autres) pour faciliter les échanges, en particulier culturels, mais aussi pour développer la mobilité professionnelle des personnes. Il convient, bien sûr, de privilégier les langues de l'Union, mais l'Europe doit aussi rester ouverte sur le reste du monde. Plusieurs des langues européennes ont d'ailleurs un rayonnement mondial : l'anglais, l'espagnol, le français, le portugais. Dans certains États, comme le Luxembourg ou les Pays-Bas, la tradition historique, la position géographique au carrefour des échanges européens font que la connaissance de plusieurs langues est depuis longtemps reconnue comme indispensable, voire vitale pour l'économie. Dans d'autres pays, le système éducatif et la formation professionnelle doivent évoluer, pour que chacun puisse, dès l'enfance et tout au long de sa vie, apprendre plusieurs langues et perfectionner ses connaissances. Il est important, aussi, par exemple, que les jeunes Européens qui s'installent dans un autre État de l'Union pour y étudier ou y travailler puissent continuer à se former dans leur langue, tout en acquérant rapidement celle du pays où ils vivent. Plusieurs programmes européens sont consacrés à l'apprentissage des langues. On peut citer les programmes SOCRATES sur la mobilité des étudiants, LEONARDO pour la formation professionnelle. Pour sa part, la France a accompli un effort important. Depuis plusieurs années, elle généralise progressivement l'initiation à une langue vivante dans l'enseignement primaire, et l'obligation d'apprendre une seconde langue vivante en 4ème, toutes sections confondues, est effective depuis la rentrée 1998. Des formations et des pédagogies spécifiques sont, en outre, mises en place pour les établissements d'enseignement à caractère international (sections européennes par exemple). Des actions sont également menées par les universités pour que davantage d'étudiants bénéficient de formations à une ou deux langues étrangères.
L'Union contribue à la défense de l'exception culturelle, au niveau multilatéral comme en son sein, par des programmes de soutien à la production audiovisuelle et dans le secteur du multimédia : MEDIA II, INFO 2000 comportent des dispositions en faveur de l'élaboration de contenus ou d'outils multilingues. La directive sur la télévision sans frontières établit des quotas en faveur des oeuvres d'origine européenne, pour favoriser la création. ARIANE encourage les traductions d'oeuvres littéraires, en particulier dans les langues européennes les moins répandues. Le programme " Multilinguisme et société de l'information " (M.L.S.I.) encourage la création de ressources linguistiques et d'outils facilitant le plurilinguisme : dictionnaires en plusieurs langues, systèmes de traduction automatique, etc.
Depuis plusieurs décennies, la construction européenne se fonde sur l'abolition des entraves au commerce : réglementations, droits de douane, disparité des normes nationales, etc. Mais il faut que les informations qui accompagnent les produits et les machines, ou qui sont constitutives d'un service vendu au consommateur soient comprises par ceux à qui elles sont destinées. Qu'il s'agisse des étiquetages et des modes d'emploi des denrées alimentaires, des documents de maintenance des ascenseurs ou de la libre circulation des médicaments et des médecins, il est important que le client, le salarié, le patient soient informés dans leur langue. C'est pourquoi de nombreux textes adoptés au niveau communautaire pour harmoniser les législations des États membres prévoient que les informations destinées aux consommateurs sont rédigées dans une langue aisément compréhensible par ceux-ci ou que les États membres peuvent imposer leurs langues officielles parmi les langues utilisables pour présenter ces informations. La France est très attentive à ces dispositions car la préservation de la sécurité et de la santé de chacun d'entre nous en dépend dans de nombreux cas.
La pluralité des langues officielles (onze actuellement) est inscrite dans le règlement n° 1 du 15 avril 1958 de l'Union et toujours réaffirmée au fil des adhésions. Elle garantit l'égal accès des citoyens au droit et aux financements communautaires. C'est ce texte qui fait que le Journal officiel des Communautés européennes, où sont publiés tous les textes s'appliquant dans les États, a 11 versions linguistiques. L'article 8D du traité d'Amsterdam élargit ce principe : il prévoit que tout citoyen de l'Union peut écrire aux institutions communautaires dans l'une des douze langues du traité (les onze langues plus le gaëlique) et recevoir une réponse rédigée dans la même langue. Le plurilinguisme concerne également les langues de travail des institutions, même si, en pratique, le français, l'anglais et dans une moindre mesure l'allemand sont les langues les plus utilisées dans la communication de tous les jours. La situation du français demeure enviable au sein de l'Union européenne. On observe toutefois, depuis dix ans, une baisse de son emploi dans les institutions communautaires, aggravée par la récente adhésion des pays du Nord, qui privilégient l'anglais : le français et l'anglais sont désormais à égalité dans la communication interne de la commission européenne et l'anglais domine dans certains secteurs. Cette situation appelle beaucoup de vigilance de notre part. La France, au plus haut niveau, a effectué à plusieurs reprises des interventions officielles pour faire respecter le régime linguistique de l'Union européenne. Ces interventions sont nécessaires et permettent, dans certains cas, de redresser la situation, comme en témoigne l'amélioration de la place du français sur les serveurs de l'internet de la Commission européenne. Depuis début 1996, un groupe de travail interministériel sur le français dans l'Union européenne a lancé plusieurs actions. Le ministère des affaires étrangères intervient pour renforcer la formation linguistique des fonctionnaires étrangers travaillant avec les institutions européennes. Enfin, une plaquette sur Le français dans les institutions européennes, préfacée par le Premier ministre, a été très largement diffusée en 1998 afin d'informer nos concitoyens sur les droits que leur donne le régime linguistique communautaire. En effet, c'est l'action de l'ensemble des Français, fonctionnaires ou non, de plus en plus nombreux à avoir des relations avec l'Union, qui assurera une présence vivante de notre langue dans les institutions européennes. Le prochain élargissement de l'Union européenne aux pays d'Europe centrale et orientale constitue un enjeu majeur pour l'emploi de la langue française. D'ores et déjà, des actions de sensibilisation et de formation à la langue et à la civilisation françaises à destination des fonctionnaires issus de ces pays sont en place. Elles sont complétées notamment par des soutiens aux services de traduction des institutions communautaires. D'autres pistes seront explorées prochainement. Le maintien du plurilinguisme dans les institutions communautaires dépasse les seuls intérêts de la France : il est la garantie de la qualité de rédaction des textes, il assure un débat et des négociations plus démocratiques et il contribue à éviter de promouvoir un seul modèle de pensée et d'organisation. C'est au nom de ces principes que les Nations Unies ont régulièrement rappelé que le plurilinguisme est le fondement de la légitimité des organisations internationales. C'est pourquoi au sommet de Hanoï de novembre 1997, les chefs d'État et de gouvernement ayant le français en partage ont adopté un plan d'action sur le français dans les organisations internationales, et se sont engagés à faire respecter son statut.
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