Il faut aller de plus en plus vite et abréger
ce temps flottant du voyage, qu'aimait tant Valery Larbaud, mais
que l'on ne sait plus savourer tranquillement.
On a commencé par raccourcir les longues marches dans les
couloirs interminables en y installant des trottoirs mécaniques.
Comme les trains, il faut les accélérer et l'on installe
à présent des trottoirs rapides
où le piéton ordinaire peut se griser de vitesse à
condition qu'il s'accroche à la rampe et se tienne bien assuré
sur ses jambes. Bientôt des trottoirs express, voire à
grande vitesse ?
On entreprend aussi de supprimer les correspondances entre réseaux,
en invitant les wagons de toutes conditions à partager démocratiquement
leurs rails : l'avenir est au tram-train,
qui abolit les façons entre transports urbains et interurbains.
Les métros vont désormais pouvoir sortir de terre
et s'aventurer dans des gares exotiques qu'ils ne connaissaient
pas. Peut-être même verra-t-on un jour des TGV, qui
pointent déjà leurs nez de belette sous les aéroports,
se mêler au peuple et croiser les placides métros dans
leurs vieux tunnels parisiens.
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