Plusieurs indicateurs montrent que le français, même s'il bénéficie dans la quasi totalité des organisations onusiennes, du statut de langue officielle et de langue de travail, a de plus en plus de difficultés à s'imposer comme langue de travail courante. A l'Assemblée générale, le nombre de délégations s'exprimant en anglais est passé de 74 en 1992 à 97 en 2000, celles s'exprimant en français passant dans le même temps de 31 à 21. La prédominance de l'anglais se confirme dans la langue de correspondance de l'Organisation des Nations Unies (ONU) avec les missions permanentes: 37 d'entre elles, dont 2 n'appartiennent pas à la Francophonie institutionnelle, ont demandé à recevoir la correspondance de l'ONU en français, ce qui est inférieur au nombre de pays appartenant au groupe francophone de New York et au nombre de membres de l'Organisation internationale de la Francophonie appartenant à l'ONU (51). La rédaction des documents originaux en anglais est quasi systématique, aussi bien dans les organisations implantées à New York qu'à Genève.
Les difficultés du secteur de la traduction ont souvent pour conséquence un recours accru à des traducteurs indépendants et des retards dans la disponibilité des documents en français.
La proportion d'ouvrages en français dans les centres de documentation et les bibliothèques des organisations est généralement très modeste.
Le français recule également dans le domaine juridique, où il tend à devenir une langue de traduction dans les documents comme dans les discussions, ce qui contribue à renforcer la place du droit d'origine anglo-saxonne.
Enfin, la présence des délégations des pays membres de la communauté francophone ne joue pas suffisamment en faveur du français. Cette situation a plusieurs explications: les pays francophones participent peu aux travaux de certaines organisations, des délégués francophones choisissent de s'exprimer dans leur langue nationale quand celle-ci est langue officielle ou parfois recourent à l'anglais quand ils maîtrisent mal le français.
Les représentations permanentes font preuve de beaucoup de vigilance en ce qui concerne le respect du statut du français. L'utilisation du français comme langue de communication écrite et orale, les exigences linguistiques liées au recrutement des fonctionnaires internationaux et la place de notre langue sur les sites de l'internet constituent trois domaines privilégiés d'intervention de nos représentations diplomatiques.
Le ministère des affaires étrangères propose différents modules de formation linguistique et administrative, que complètent les stages de perfectionnement linguistique mis en place par de nombreuses institutions. Il conduit, aux côtés notamment du ministère de la fonction publique et de la réforme de l'Etat ainsi que du ministère de la culture et de la communication, une réflexion sur les moyens humains, financiers et logistiques, d'améliorer la place du français dans les institutions internationales.
Plusieurs institutions ont également pris des mesures pour que la diversité culturelle et linguistique soit préservée et encouragée. Au Secrétariat général des Nations Unies, un coordonnateur pour les questions ayant trait au multilinguisme a été désigné en décembre 2000 par le Secrétaire général. Des contacts réguliers entre le coordonnateur et le groupe des ambassadeurs francophones ont permis d'améliorer certaines situations préjudiciables au français, par exemple pour les avis de vacances de postes.
D'autres institutions se montrent actives. A l'Organisation de l'aviation civile, les services linguistiques arabe et chinois sont renforcés. A l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, les francophones sont encouragés par le directeur général à travailler dans leur langue. L'assemblée générale de cette organisation a, par ailleurs, pris plusieurs décisions visant à favoriser l'utilisation du portugais.