Plus l'image se précise plus grand est le trouble.
Il s'accommode du paradoxe. Avant de voir l'on pressent la mise en doute des apparences. Quand le réel se confond avec son image, que l'esprit oscille de l'un à l'autre à la recherche de certitudes hors d'atteinte, la mise au point s'impose.
C'est dans l'espace du doute que la conscience erre en quête du net. Quand il échappe au regard, celui-ci se retourne vers l'entendement bien en mal de trancher. Le trouble devient un moment d'extase où l'on jouit de l'impuissance de l'esprit à définir le contour des choses. Il épuise notre capacité à dire, à mettre en mots le monde qui nous attire. L'objet de notre intérêt se confond avec celui du désir en une vibration qui confine à l'excitation. Le trouble se complaît dans l'ondulatoire quand l'esprit le voudrait corpusculaire.
L'image, née du nombre, et plus encore le virtuel, d'abord trop net, ont appris à le créer. Ce n'est plus simplement l'illusion complaisante mais le sentiment diffus d'être là et ailleurs, ici mais plus tard, quand il est trop tôt pour comprendre. C'est alors qu'on apprend, et que l'on appréhende, la pensée en action, la quête mouvante du sens, la mise en doute du réel qui s'explique à voix basse.
Maurice BENAYOUN est artiste plasticien et explorateur multimédia. Agrégé d'arts plastiques, il enseigne depuis 1984 la vidéo de création et les nouvelles images à l'Université de Paris I. Auteur et réalisateur de vidéos de création et de films sur l'art, il participe en 1987 à la fondation de " ZA Production " à Paris et depuis 1994, il se consacre à la réalisation d'installations en réalité virtuelle et de dispositifs interactifs sur internet.
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