(des estampes à l'ordinateur)
religion et médias
 
 
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les "trois religions" : confucianisme, bouddhisme et taoïsme
les chrétiens
une secte : le caodaïsme
 
O n entend souvent dire qu'au Vietnam, ce sont trois religions qui sont pratiquées. L'usage courant de l'expression tam gi¸o, les trois religions, c'est à dire le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme, Nho, PhËt, La²o, consacre l'importance que les Vietnamiens ont toujours entendu donner à ces grands courants de la pensée chinoise.

En effet, l'adoption et la pratique intime de l'écriture et de la langue littéraire chinoises comme forme d'expression ont eu pour effet de faire passer doctrines, croyances, religions d'origine chinoise, principalement le confucianisme et le taoïsme, dans une culture vietnamienne préexistante.
Pour le bouddhisme, même s'il est venu par l'Inde, c'est malgré tout l'école du "grand véhicule", dai thua, ou mahayana, qui a transmis dans leur version chinoise les textes du canon sanscrit. La vie intellectuelle, les comportements sociaux et les attitudes mentales ont donc été marqués par la culture chinoise plus que par aucune autre. En réalité, en grande majorité, les Vietnamiens ont adopté une sorte de "religion" très souple, qui emprunte, mêlées à des croyances, à des attitudes mentales originaires du sol vietnamien, des pratiques rattachées les unes au confucianisme, d'autres au bouddhisme ou au taoïsme. Ces croyances et ces pratiques font partie de la culture telle qu'elle est encore vêcue aujourd'hui, avec, au centre, le culte des ancêtres ainsi que celui des génies tutélaires aux temples des villages.

insérer un série d'images de pagodes et de temples


les "trois religions" : confucianisme, bouddhisme et taoïsme

L a doctrine bouddhique, PhËt häc, est exprimée dans une masse considérable de textes. Selon l'école à laquelle ils se rattachent, ces textes ont été rédigés soit en han soit en pali.
Quant aux premiers livres classiques bouddhiques qui furent introduits au Vietnam ils ne vinrent probablement pas de Chine, comme on l'a longtemps pensé, mais de l'Inde méridionale. Des hypothèses récentes permettent en effet d'imaginer que le Centre bouddhique de Luy Lau au Giao Châu a sans doute servi de relais de diffusion -dès le 2ème siècle- de certains textes du bouddhisme vers la Chine puis de centre de traduction de ces textes.
Aujourd'hui, pour les textes en chinois, qui relèvent du "grand véhicule" ou mahayana -on dit désormais bac tông plutôt que dai thua- comme pour les textes en pali du theravada, l'école dite "du sud", nam tông, on dispose d'éditions traduites et publiées en quôc ngu. La diffusion de ces traductions a connu un essor considérable, mais tardif. Celles des textes chinois ne semblent apparaître que vers la fin des années 1930. Pour le canon pali, il faut attendre 1950.

insérer images de couvertures d'ouvrages bouddhiques

Il faut constater pourtant le décalage important entre ce que représentait ce projet éditorial c'est à dire la volonté de fixer et faire mieux connaître la vraie tradition, avec ce qui se passait vraiment dans le quotidien. Dans la pratique de la vie religieuse, les prescriptions des livres religieux et surtout des livres bouddhiques étaient et sont demeurées purement théoriques. Elles ne sont jamais appliquées ou suivies à la lettre, pas plus par le peuple que par les classe aisées ou même lettrées. L'examen du mobilier d'une pagode, la lecture des prières ou l'observation d'une cérémonie, suffisent pour être convaincu que les diverses religions importées au Vietnam.se sont mutuellement emprunté leurs divinités respectives, des parties importantes de leurs rituels, jusqu'à des formules de prières. On voit par exemple les divinités stellaires du taoïsme à côté de l'image du bouddha. A l'inverse, dans les prières des taoïstes, sont invoqués les esprits protecteurs du bouddhisme. On y ajoutera les cérémonies et les rituels du culte des Immortels. Les sorciers, c'est à dire les dông, les zoochiromanciens, les géomanciens, les évocateurs du tigre, etc. récitent des formules sanscrites empruntées aux livres bouddhiques concuremment avec les citations de Lao Tseu.

 

les chrétiens

L 'écriture chinoise, avec ses aspects magiques, a été utilisée pendant des siècles à traduire la pensée vietnamienne.
Au 20ème siècle, l'adoption de l'écriture latine alphabétique, en lieu et place des idéogrammes traditionnels, ne semble pas avoir posé de problèmes insolubles. Pourtant cette écriture latine a été mise au point et introduite à partir du 17ème siècle par des chrétiens, c'est à dire des représentants d'une religion qui a presque toujours été combattue non seulement par le pouvoir central mais encore par les lettrés, donc l'élite intellectuelle du pays. Or c'est cette élite lettrée mais contestataire qui, au début du 20ème siècle, et à la suite d'un processus de maturation relativement court, a compris que l'adoption du quôc ngu et la généralisation de l'écriture latine allait opérer une véritable refondation de la langue nationale afin d'en faire une langue adaptée aux exigences de la modernité. De nombreux ouvrages en vietnamien ont été publiés par les presses missionnaires à Tan Dinh, près de Saigon, à Ke so ou à Hanoi. L'oeuvre d'enseignement fut également importante.

une secte : le caodaïsme

D e nos jours, les touristes, en arrivant à la province de T©y Ninh, à une centaine de kilomètres au nord de Ho Chi Minh-ville, s'étonnent de voir une église majestueuse, d'une architecture mi-orientale, mi-occidentale.

 

 

A l'entrée, en haut du portail, on voit un grand tableau de trois saints caodaïstes qui assumèrent la charge de signer avec Dieu un contrat pour la Troisième Amnistie.
Ces trois Saints sont trois personnages renommés originaires de trois pays différents. Il s'agit de NguyÔn BØnh Khiªm, poète et astrologue vietnamien, Sun Yat Sen, révolutionnaire chinois et Victor Hugo, l'écrivain français.

La religion dont on célèbre ici le culte est née en 1926. Selon ses fondateurs, à cause de la multiplicité des religions existantes, les hommes n'ont pas toujours vêcu en harmonie. Dieu a donc accordé à l'humanité une Troisième -et sans doute dernière- chance de salut.
Il a choisi le Vietnam comme premier lieu afin d'y envoyer ses instructions. "Grande voie du salut de la troisième époque du jeûne qui délivre les âmes restées captives aux enfers" , §¹i §¹o Tam Kú Phæ §é, tel est le nom que s'est donnée cette nouvelle foi. Les caodaïstes nomment aussi cette délivrance "Amnistie".

Les murs et la coupole sont décorés de fresques dont les motifs renvoient au syncrétisme des pratiques caodaïstes : culte des ancêtres, bouddhisme, taoïsme, confucianisme ou christianisme. Sur les autels, il en est de même.

L'oeil est partout, central. Il représente la divinité, Cao §µi, l'Être Suprême, le Seigneur de la lumière et des ténèbres.

C'est probablement le même oeil symbolisant la Franc-maçonnerie française qui, par des liens étroits avec les fondateurs du caodaïsme, représente ici aussi les principes de "fraternité universelle".

La période au cours de laquelle le Caodaïsme est apparu au Vietnam est marquée par l'affaiblissement de la culture chinoise au profit de l'éducation à l'occidentale. Les fondateurs, devenus ensuite les dignitaires de cette nouvelle religion, se sont révélés dès le début plus familiers des alphabets latins que des idéogrammes chinois. Cependant, tout en portant leur choix sur le quèc ng÷ comme moyen de communication, ils ont voulu maintenir le h¸n, utilisé, en réalité, à titre plutôt "décoratif".

Quant aux sentences parallèles, elles sont, le plus souvent, présentées en quèc ng÷.

(insérer image 4 et 4bis.)

Le rôle de l'écriture, dans cette religion basée sur le spiritisme, apparaît fondamental. C'est véritablement l'écriture, la parole notée selon un technique bien particulière, qui sert d'intermédiaire entre l'homme et les esprits.
En effet, l'Etre suprême, Cao §µi, se manifeste de manière directe dans les séances de médiums. L'outil de communication avec les esprits, c'est à dire l'outil de lecture et d'écriture était au début la table frappante, inspirée du spiritisme européen. Ensuite on préféra la "corbeille à bec", un instrument utilisé autrefois par les anciens lettrés lorsque les "esprits" leur dictaient des vers contenant des allusions prophétiques.

(insérer image 5. Légende: la corbeille à bec, ngäc c¬, est un instrument en bambou recouvert de papier jaune, ayant la forme d'une corbeille renversée. D'un diamètre de vingt centimètres environ, munie d'un manche en rotin long de qurante centimètres, elle a une tête artistiquement sculptée en forme de phénix femelle. Le bec de l'oiseau est utilisé comme stylet pour tracer des signes sur un plateau recouvert de sable fin, sur une table si le stylet est au préalable trempé dans de la craie diluée avec de l'eau ou enfin sur une table d'alphabet.)

La table d'alphabet, inspirée sans doute des syllabaires latins que l'imprimerie en quèc ng÷ à ses débuts diffusait avec complaisance, est une véritable innovation des fondateurs du Caodaïsme. Sa conception devait permettre d'accélérer la vitesse des communications avec les esprits.

(insérer image 6 . Légende : médiums en train de capter des messages spirites à l'aide de la corbeille à bec et la table d'alphabet. Cette photo a été prise en 1956. Les deux médiums transmettent le mouvement qui agite la corbeille à bec indiquant lettre par lettre .les révélations spirites. Les mains ne peuvent agir autrement, indiquent pendant toute la durée de la délivrance du message. Elles sont considérées comme mortes.A côté, un autre dignitaire reproduit et transcrit le message obtenu.)

L'emploi de l'alphabet pour la transcription des mots des messages reçus des esprits a consacré l'usage du quèc ng÷ -et du français- dans les textes canoniques. Ceux-ci, le catéchisme, les livres de prière, les cantiques, captés directement en quèc ng÷ sous forme de messages spirites grâce à la table d'alphabet, ont pour origine des écrivains du monde des vivants devenus Saints dans le Caodaïsme comme Li Tai Po, NguyÔn BØnh Khiªm, §oµn ThÞ §iÓm, Victor Hugo, Chateaubriand, La Fontaine, Shakespeare ...

(insérer image 7. Légende : Trois messages de Victor Hugo. Le premier est en vietnamien, le second en français et le troisième est biblingue.)

L'écriture, moyen unique de communication et de transmission des messages divins devient ainsi sacrée. Les outils qui servent à capter ces messages sont, eux aussi, considérés comme sacrés.

C'est le quèc ng÷ qui sera le grand bénéficiaire de la diffusion de la doctrine. Néanmoins, l'usage des idéogrammes est maintenu, pour la forme. Il s'avère plus que restreint. Vêtements ou chapeaux des grands dignitaires en sont parfois agrémentés.

(insérer image 13 et S. 14.4 image 7

Ainsi on leur préfére souvent d'autres motifs. Sur le vêtement du Pape, Gi¸o T«ng, figurent les huit trigrammes de Phôc Hy.

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L'oeil qui est le symbole de la Divinité suprême et signifie "omniprésence", "omniscience" ou "conscience" se trouve sur les vêtements des grands dignitaires.

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Des dragons qui s'envolent vers le ciel sont sculptés autour des colonnes dans les églises caodaïques pour désigner une relation intime et mystique entretenue dans ces lieux entre la terre et le ciel.

Ce motif de dragon décore aussi les habits de Håc Ph¸p Ph¹m C«ng T¾c, l'un des fondateurs et pendant de nombreuses années le plus important dignitaire du caodaïsme.

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Dans le revues bilingues -français et vietnamien- de l'Institut caodaïque, l'organisme chargé de la propagation de cette religion, le français est souvent présent, mais le quèc ng÷ prime nettement. D'ailleurs, les caractères en quèc ng÷ sont présentés dans un corps plus gros et sont toujours mis en relief d'une façon ou d'une autre.

(insérer images 14 et 15)

Sur les cachets, c'est un autre biblinguisme qui est pratiqué. Les lettres sont gravées en général en caractères chinois et en quèc ng÷. Une exception à cette habitude, le cachet du Håc Ph¸p Ph¹m C«ng T¾c où seuls des caractères chinois sont gravés.

(insérer image 16. Légende: Cachets de dignitaires caodaïstes. Certains sont en trois langues, français, vietnamien, chinois. Les lettres en quèc ng÷ sont gravées en caractères nettement plus grands que les autres. Au centre, entièrement en caractères chinois, le cachet de Håc Ph¸p Ph¹m C«ng T¾c)

Le caodaïsme rêvait d'un monde où se rejoindraient l'Orient et l'Occident. Cet espoir d'un symbiose des deux cultures exprime à la fois la soif de modernisme et le maintien d'un certain traditionalisme qu'on retrouve alors chez la plupart des intellectuels vietnamiens des années 1920.
Cette nouvelle religion, si rapidement populaire, a su utiliser avec réalisme les capacités de diffusion de sa doctrine grâce au quèc ng÷, dans un nouveau marché du livre où les possibilités offertes par la typographie sont un facteur ressenti comme positif. En 1945, il y avait presque trois millions d'adeptes. De nombreuses sectes ont vu le jour durant la première moitié du vingtième siècle dans le sud du Vietnam en particulier. Parmi elles, c'est le caodaïsme qui a obtenu le plus grand rayonnement, réussissant à s'implanter au delà du Vietnam, jusqu'au Cambodge où, il est vrai, résidaient de nombreux vietnamiens.

Pourtant, à la suite de luttes internes, de l'émergence de sectes concurrentes, de prises de position politiques ou de changements de régime, le caodaïsme a perdu peu à peu beaucoup de ses adeptes. Actuellement, il s'est scindé en plusieurs sous-sectes mais c'est encore le Saint-siège de T©y Ninh qui reste le symbole vivant du caodaïsme au Vietnam.

Deux thèses importantes dont l'une est fort récente : Pierre Bernardini. Le Caodaïsme au Cambodge.(Univ.Paris VII, 1974) TrÇn Thu Dung. Le Caodaïsme et Victor Hugo (Univ. Paris VII, 1996).

$S14.4 image 7 : coiffures de cérémonie d'évêques caodaïstes. A gauche, le Thiªn Nguyªn Ma²o, à droite le HiÖp Ch­ëng Ma²o (Collection du Musée de l'Homme)

 
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