Résumé

des observations et des recommandations

de la commission



Les compétences du pouvoir politique sont limitées par le statut juridique de la langue, expression de la souveraineté nationale et de la liberté individuelle, et par l'autorité de l'usage qui restreint la portée de toute terminologie officielle obligatoire.

Une politique linguistique qui fait de la féminisation une priorité semble se donner pour objectif de remédier à un décalage entre les mots et les moeurs afin que la langue transcrive fidèlement l'accès des femmes à des métiers, fonctions, grades ou titres qui leur a été longtemps refusé. Cette initiative a, en France et dans les pays francophones, des précédents dont la vertu essentielle est de nous révéler les impasses à éviter.

La commission relative au vocabulaire concernant les activités des femmes, instituée en 1984, s'est heurtée à l'absence de consensus sur la légitimité et la nécessité d'une telle entreprise, mais aussi aux résistances du corps social à toute tentative autoritaire de diriger l'usage de la langue. Les pays francophones, qui sont allés jusqu'à proposer des lexiques officiels et à reformuler leurs textes juridiques, ont entrepris des réformes dont les limites apparaissent désormais clairement. La féminisation a procédé d'une dénonciation de l'usage du masculin, entendu comme effacement du féminin. Elle a empêché ainsi toute désignation claire du sujet juridique et a induit paradoxalement la création de formules linguistiques neutralisant la différence des sexes.

Les contraintes internes à la langue ne sauraient donc être sous-évaluées. La féminisation est rendue difficile car le français ne dispose pas d'un suffixe unique permettant de féminiser automatiquement les substantifs. Héritier du neutre latin, le masculin se voit conférer une valeur générique, notamment en raison des règles du pluriel qui lui attribuent la capacité de désigner les individus des deux sexes et donc de neutraliser les genres. Pour nommer le sujet de droit, indifférent par nature au sexe de l'individu qu'il désigne, il faut donc se résoudre à utiliser le masculin, le français ne disposant pas du neutre.

Si cette neutralité est exigée pour la désignation des fonctions, des titres et des grades, elle ne l'est pas pour les métiers, où l'identification entre l'individu et son activité est complète. L'usage ne s'y est pas trompé qui féminise aisément les métiers, comme en témoigne l'analyse des pratiques concernant les appellations professionnelles. Il résiste cependant à étendre cette féminisation aux fonctions qui sont des mandats publics ou des rôles sociaux distincts de leurs titulaires et accessibles aux hommes et aux femmes à égalité, sans considération de leur spécificité.

Cette indifférence juridique et politique au sexe des individus doit être préservée dans la réglementation, dans les statuts et pour la désignation des fonctions. Elle peut s'incliner, toutefois, devant le désir légitime des individus de mettre en accord, pour les communications qui leur sont personnellement destinées, leur appellation avec leur identité propre. Cette souplesse de l'appellation est sans incidence sur le statut du sujet juridique et devrait permettre de concilier l'aspiration à la reconnaissance de la différence avec l'impersonnalité exigée par l'égalité juridique.

 

En conséquence :


La commission constate qu'il n'y a pas d'obstacle de principe à une féminisation des noms de métier et de profession. Cette féminisation s'effectue d'elle-même tant dans le secteur privé que dans le secteur public où l'usage l'a déjà consacrée dans la quasi-totalité des cas même si les travaux concernant la recherche de solutions pour les quelques termes posant un problème peuvent être encouragés.

Elle exprime, en revanche, son désaccord avec toute féminisation des désignations des statuts de la fonction publique et des professions réglementées. Elle le fait pour des raisons fondamentales de cohérence et de sécurité juridique, sans négliger les considérations pratiques liées à une éventuelle réécriture des statuts. Cela implique concrètement qu'une féminisation des appellations ne doit pas se traduire juridiquement par une modification des statuts régissant les différents corps des fonctions publiques et les différentes professions réglementées, voire par une réécriture du statut général de la fonction publique et des textes plus généraux dont ces statuts procèdent.

Elle affirme son opposition à la féminisation des noms de fonction dans les textes juridiques en général, pour lesquels seule la dénomination statutaire de la personne doit être utilisée. S'agissant des actes individuels de promotion et de nomination, il est possible de concilier la neutralité du statut avec un élément d'identité personnelle, à condition que cette pratique ne complique pas la rédaction des textes et ne nuise pas à la clarté des règles à mettre en oeuvre.

La commission considère également que, s'agissant des appellations utilisées dans la vie courante (entretiens, correspondances, relations personnelles) concernant les fonctions et les grades, rien ne s'oppose, à la demande expresse des individus, à ce qu'elles soient mises en accord avec le sexe de ceux qui les portent et soient féminisées ou maintenues au masculin générique selon les cas.

La commission estime que les textes réglementaires doivent respecter strictement la règle de neutralité des fonctions. L'usage générique du masculin est une règle simple à laquelle il ne doit pas être dérogé dans les instructions, les arrêtés et les avis de concours. Elle doit être appliquée, s'agissant des décrets, dans le titre, dans la mention du rapport, dans le corps du texte et dans l'article d'exécution.

La commission a pensé, enfin, qu'il était plus utile de se concentrer sur la problématique que de s'employer à compléter le lexique des appellations au féminin. Elle a, en effet, estimé qu'il lui revient plutôt que de proposer des solutions aux quelques rares cas difficiles de choix des termes féminisés, qui sont étudiés par ailleurs et qui seront en définitive tranchés par l'usage, de mener une réflexion qui jusqu'à présent n'avait pas été conduite sur l'emploi des appellations féminisées dans les différentes situations où il se présente et de faire, à ce propos, des recommandations conformes au génie de la langue et à la spécificité de notre droit.


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