Conclusion

Les contraintes propres à la langue sont objectives. Il convient de les apprécier avec rigueur pour les surmonter. La féminisation n'est pas interdite par la langue. Elle implique simplement de s'accorder sur les formes féminisées puisque l'absence d'un marquage automatique du féminin constitue un obstacle linguistique majeur. Il faut s'en remettre ensuite à l'autorité de l'usage. La force de l'habitude ne doit certes pas tenir lieu de devise, mais il convient en dernière instance de laisser aux pratiques qui assurent la vitalité de la langue le soin de trancher. Elles seules peuvent conférer à des appellations nouvelles la légitimité dont elles manquaient à l'origine.


Ces appellations ont été trop souvent ignorées par l'usage, tout simplement parce qu'à l'époque la question de la féminisation ne s'était pas posée, faute d'un accès des femmes aux métiers, fonctions, grades ou titres concernés. Que l'usage n'ait pas encore intégré les évolutions intervenues depuis révèle incontestablement, mais seulement, une solution de continuité entre la langue et les moeurs. La langue n'est pas un complot ourdi dans les coulisses du pouvoir contre les femmes. Il faut se départir, dans ce débat, de toute interprétation idéologique et dogmatique. Il ne faut pas voir derrière chaque mot une arrière-pensée et derrière chaque règle de grammaire un piège.

La valeur générique du masculin a ses raisons linguistiques. Le principe de neutralité des fonctions, titres et grades a ses raisons juridiques et politiques. Contester la première, c'est irrémédiablement faire vaciller le second. Il est probable qu'à trop vouloir marquer la différence des sexes par la féminisation, on risque d'être infidèle au principe républicain de l'indifférence des sexes dans l'exercice des fonctions. Il ne faudrait pas que, de cette infidélité, les femmes payent le plus lourd tribut.

 

Retour au sommaire



page précédente