PLUMES

Brève histoire du français

par Henriette WALTER, Professeur à l'Université de Rennes II, Ecole pratique des hautes études.

On sait que le français est une langue qui vient du latin et on peut fort bien imaginer comment elle est née, mais on ne peut pas savoir quand elle est née.
Lorsque Jules César et ses légions romaines se sont installés en Gaule, le latin a été parlé par des populations gauloises non seulement avec leur “accent”, mais aussi en y mêlant des mots appartenant à leur propre langue, comme par exemple ceux qui ont donné les mots français char, alouette ou chêne. Le latin a connu ainsi une première étape de modifications à cette époque, mais il n'était pas encore devenu le français.

Quelques siècles plus tard, les invasions germaniques auront un gros impact sur la façon de parler le latin en Gaule et les Francs qui donneront finalement leur nom à la langue française, vont à leur tour imprimer une marque durable sur ce latin déjà évolué.

L'influence germanique sera dès lors très importante pour la physionomie de cette langue en devenir, car elle portera sur la prononciation et sur la grammaire aussi bien que sur le lexique de tous les jours. Un seul exemple : en français, la plupart des noms de couleur ne sont pas d'origine latine, mais germanique. En voici quatre, parmi les plus usuels : blanc, bleu, gris, brun.

Mais on ne peut pas encore parler de langue française à cette époque car ce sont plusieurs langues, un peu différentes les unes des autres, qui vont prendre naissance dans chacune des régions dès le haut Moyen Age, des langues qu'on a appelées dialectes ou patois. Un de ces patois a eu plus de chance que les autres : celui qui s'était développé dans le petit royaume de France et qui était d'abord restreint à quelques dizaines de lieues autour de Paris, mais qui s'est ensuite répandu dans l'ensemble du royaume, puis de la République, le français.

Pendant ce temps, en parallèle, dans chacune des régions continuaient de vivre, non seulement les différents patois issus du latin, mais également des langues d'origines différentes, comme le basque, le breton, le flamand, l'alsacien, le francisque lorrain encore bien vivants jusqu'au début du XXème siècle.

C'est la raison pour laquelle certains des enfants qui ont participé au concours “Les mots en fête” ont parfois fait ressurgir dans leurs textes certains mots venus des langues régionales, qu'ils avaient déjà entendus dans la bouche de leurs parents ou de leurs grands-parents et qu'ils avaient enregistrés plus ou moins consciemment dans leur mémoire.

La langue française d'aujourd'hui apparaît donc comme le résultat d'un amalgame heureux entre la langue qui a été diffusée à partir de l'Ile-de-France et toutes celles qui s'étaient développées dans les autres provinces. Cette diversité d'origine, plus tard uniformisée de façon plus ou moins autoritaire, explique pourquoi chaque mot de la langue française a une histoire, comme par exemple le mot chandail, que les enfants n'emploient plus aujourd'hui et qu'ils considèrent comme un mot des parents. Ce mot chandail est en fait une abréviation de marchand d'ail : aux halles de Paris, les marchands d'ail, à la fin du XIXème siècle, portaient un tricot qui a connu une certaine vogue, grâce à un fabricant de confection qui l'a reproduit et diffusé, donnant en même temps au mot chandail une gloire dont on sait aujourd'hui qu'elle était éphémère. Mais ce mot n'a peut-être pas dit son dernier mot.

Ainsi vont les langues, avec des mots qui naissent, prospèrent ou s'effacent selon l'air du temps. Mais tous laissent des traces, qui s'accumulent au cours des siècles pour former un trésor commun, chaque nouvelle génération apportant sa contribution personnelle à la langue de demain.

Henriette Walter



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