amertume / farfadet / bouline / ombellifère / tactile / brousse / tataouiner / espérance / lumière / déambuler
 

 

/ Farfadet /

 

« Il sentit quelqu’un qui lui tapait l’épaule, et se retournant il vit la petite fille de la mère Fadet, qu’on appelait dans le pays la petite Fadette, autant pour ce que c’était son nom de famille que pour ce qu’on voulait qu’elle fût un peu sorcière aussi. Vous savez tous que le fadet ou le farfadet, qu’en d’autres endroits on appelle aussi le follet, est un lutin fort gentil, mais un peu malicieux. On appelle aussi fades les fées auxquelles, du côté de chez nous, on ne croit plus guère. Mais que cela voulût dire une petite fée, ou la femelle du lutin, chacun en la voyant s’imaginait voir le follet, tant elle était petite, maigre, ébouriffée et hardie. C’était un enfant très causeur et très moqueur, vif comme un papillon, curieux comme un rouge-gorge et noir comme un grelet.

Et quand je mets la petite Fadette en comparaison avec un grelet, c’est vous dire qu’elle n’était pas belle, car ce pauvre petit cricri des champs est encore plus laid que celui des cheminées. Pourtant, si vous vous souvenez d’avoir été enfant et d’avoir joué avec lui en le faisant enrager et crier dans votre sabot, vous devez savoir qu’il a une petite figure qui n’est pas sotte et qu’il donne plus envie de rire que de se fâcher : aussi les enfants de la Cosse, qui ne sont pas plus bêtes que d’autres, et qui, aussi bien que les autres, observent les ressemblances et trouvent les comparaisons, appelaient-ils la petite Fadette le grelet, quand ils voulaient la faire enrager, mêmement quelquefois par manière d’amitié, car en la craignant un peu pour sa malice, ils ne la détestaient point, à cause qu’elle leur faisait toutes sortes de contes et leur apprenait toujours des jeux nouveaux qu’elle avait l’esprit d’inventer.

Mais tous ses noms et surnoms me feraient bien oublier celui qu’elle avait reçu au baptême et que vous auriez peut-être plus tard envie de savoir. Elle s’appelait Françoise; c’est pourquoi sa grand’mère, qui n’aimait point à changer les noms, l’appelait toujours Fanchon. »



George Sand, La Petite Fadette

Française.
(1804-1876) Née Aurore Dupin d’une double ascendance, elle était plébéienne par sa mère, aristocratique par son père. A la mort de celui-ci, elle a 4 ans, sa grand-mère paternelle se charge de son éducation, d’abord à Nohant (Berry) puis au couvent des Anglaises à Paris. Cette période de formation est marquée par les courses dans la campagne, de nombreuses lectures dont celle de Jean-Jacques Rousseau et un certain mysticisme. Après la mort de sa grand-mère, elle se marie avec Casimir Dudevant, rencontré chez des amis de la famille. En 1831, mère de deux enfants, elle reprend sa liberté et s’installe à Paris une partie de l’année. Elle adopte le costume masculin, sort avec ses copains berrichons et gagne sa vie comme journaliste au Figaro. A 27 ans, elle écrit son premier roman, Indiana, sous le nom de George Sand et devient immédiatement célèbre. Elle nous a laissé une œuvre grandiose, constamment engagée dans les combats pour la République, le socialisme et l’égalité entre les hommes et les femmes : une œuvre autobiographique, Histoire de ma Vie (1854), une immense Correspondance, des Agendas, des récits de voyage ; une œuvre romanesque au sommet de laquelle se placent Consuelo et La Comtesse de Rudolstadt (1842-1844) ; une œuvre théâtrale ; des écrits politiques et sur l’art parus dans des journaux et rassemblés dans différents ouvrages.

L’opération 2004, Année George Sand, initiée et coordonnée par le ministère de la culture et de la communication, marquera le bicentenaire de sa naissance, tandis que la 9ème semaine de la langue française et de la francophonie adopte George Sand comme marraine des langues de France.