délégation générale à la langue française
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La création audiovisuelle et cinématographique à l’ère du numérique :
Modèle dominant, modèles émergeants.

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Pour la création audiovisuelle et cinématographique, la crise actuelle se caractérise par une forte diminution des ressources des diffuseurs publics et commerciaux et par une baisse des investissements dans les contenus nouveaux et innovants. Elle se singularise en outre par une croissance spectaculaire des services bénéficiant à plein de la force du numérique (Internet, VOD, TNT, ADSL, Catch-up, et toujours piraterie !). Ces services, tout comme les nouveaux modes de consommation des spectateurs et téléspectateurs, déstabilisent ou concurrencent fortement les médias historiques.

Mais cette crise qui serait semblable à tant d’autres dans l’histoire des médias, accélère le changement du modèle économique traditionnel du secteur audiovisuel et amène de nombreux professionnels du cinéma et de l’audiovisuel à penser et à travailler autrement. Si la réglementation et les politiques de soutien restent une solution immédiate, les professionnels doivent d’abord trouver en eux-mêmes et collectivement les meilleures façons d’aborder le XXIème siècle audiovisuel. Il s’agit désormais pour eux de chercher des relais de croissance susceptibles de renforcer leurs activités, de trouver de nouveaux marchés et surtout de se projeter dans un monde nouveau dans lequel l’écriture, les financements, la promotion et la distribution ne seraient plus vraiment les mêmes.

Ces questions ne sont plus aujourd’hui totalement sans réponse : à travers le monde, des créateurs, des producteurs et des distributeurs ont commencé à explorer de nouvelles pistes, ont tenté des modèles économiques originaux qui, dans les domaines du financement et la distribution, tranchent radicalement avec les modèles traditionnels. Ces nouveaux modèles économiques mettent en effet le producteur directement en lien avec le marché, c'est-à-dire le consommateur, qu’il soit final (B2C) ou qu’il participe d’une manière ou d’une autre au préfinancement des contenus qu’il désire (crowd-funding) et auxquels il peut contribuer (crowd-sourcing). Cette situation radicalement nouvelle ne saurait s’improviser.

Le modèle actuel se caractérise par l’exclusivité, les territoires, les fenêtres, les gatekeepers qui d’un oui ou d’un non ont droit de vie ou de mort sur un projet, une faible transparence, une exploitation souvent brève, une seule chance pour les projets... Le nouveau (et furtur) modèle proposerait quant à lui un monde largement différent, sans exclusivité, sans fenêtres, plus global que territorialisé, plus transparent, sans gatekeepers et enfin dans lequel la longévité d’une œuvre redeviendrait possible.

Il y a toujours aujourd’hui des modèles actuels sur lesquels fonctionnent le cinéma et la production audiovisuelle. Mais il y a aussi des modèles émergeants, non encore stabilisés, non reproductibles, et pour certains très exploratoires, mais qu’il est important de comprendre et d’analyser. Quelques vérités s’imposent à tous et elles peuvent éclairer les passages de l’un à l’autre de ces modèles. Celles et ceux qui se présentent devant vous aujourd’hui ont exploré ces voies. Ils nous démontrent que les bénéfices du monde numérique sont accessibles à tous ceux qui savent suivre les voies innovantes sans perdre de vue les réalités qui font la solidité des entreprises :

  1. Les modèles économiques actuels ne sont pas déjà dépassés et les modèles économiques émergeants ne sont ni généralisés ni nécessairement généralisables, tant la diversité des situations et des projets est grande.

  2. Les modèles d’organisation actuels des secteurs créatifs avec leurs codes, leurs règles, et leurs lois ainsi que la variété des fonds existants soutiennent encore largement l’activité créatrice du cinéma et de la télévision.

  3. Les nouveaux modèles n’ont pas encore de règles établies et définitives (Hadopi, AVMS peut-être) ni fonds (ou si faibles), ni manne magique qui viendrait soutenir et financer toute la création d’un simple click de souris.

  4. Ceux qui ont innové, tenté, et pour certains réussi dans ces expériences, sont ceux qui ont d’abord créé des œuvres capables de séduire les publics grâce à leurs contenus.

  5. Ainsi les modèles émergeants ressemblent-ils encore beaucoup aux modèles dominants : il faut toujours écrire, financer et vendre de bonnes et belles histoires que la magie du numérique ne remplace pas.

  6. Les nouveaux modèles ne sont pas ceux de l’improvisation et de la spontanéité. Etre sur Internet ne signifie pas que des milliers ou des millions d’internautes vont trouver votre œuvre, la consulter, la télécharger ou la cofinancer.

  7. Tout émergeants qu’ils soient, les nouveaux modèles ont leurs propres codes, leurs propres réseaux, leurs propres logiques pour lesquels la réussite passe aussi par l’intervention de nouveaux spécialistes.

Au travers des cas étudiés durant cette journée Pixel, il ne s’agit donc pas d’affirmer que le Word of Mouth serait déjà remplacé par le Word of Mouse et qu’un monde nouveau aurait supplanté l’ancien. Mais cette conférence nous permet d’envisager collectivement des voies d’inspiration innovantes, pragmatiques et rationnelles, loin des discours des faux gourous numériques et des docteurs Folamour de l’Internet.