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Pour l’époque romane, encore plus que
pour la peinture romaine, on note, comme cela a été dit dans
l’introduction, un relatif manque d’analyses systématiques des peintures,
bien que depuis une quinzaine d’années un certain nombre d’études
aient été menées, bien que pas toujours publiées
[11].
A l’époque romane, l’évolution de simplification (enduit
plus mince, couche de finition parfois inexistante, disparition du lissage)
observée après l’empire romain se poursuit. Néanmoins,
on peut noter, d’une façon générale, malgré
toutes les variantes, une certaine persistance de la technique de la fresque
comme étant le mode de référence, le principe de base.
On retrouve souvent des pontate, indiquant un souci d’exécution
a
fresco. Cette fresque est néanmoins souvent achevée à
la chaux, voire à la détrempe. Les rehauts, ainsi appliqués
à sec, ou sur un enduit remouillé après avoir séché
(c’est-à-dire déjà carbonaté), sont souvent
de moins bonne solidité que le reste de la peinture, et souvent
s’en sont détachés, comme on le voit par exemple à
St Savin. Toujours dans l’esprit de ce principe de base, le dessin préparatoire
subsiste presque partout, toujours exécuté, semble-t-il,
sur enduit frais.
On peut donc dire, pour schématiser [1], que la peinture romane
dérive, malgré tout, de la peinture romaine, mais avec une
technique
très simplifiée. Par ailleurs, l’évolution
stylistique va vers une plus grande liberté de la composition, et
donc d’une plus grande importance du dessin préparatoire : mise
en place des axes de symétrie, disposition des registres, schémas
géométriques, etc. On en verra des exemples typiques à
la voûte de Saint-Savin.
Exemples : |
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Ci-dessus : St Savin (86),
vue générale ; peinures de la nef
(tour de Babel, Arche de Noé) |
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St Savin : nef ;
vue d'ensemble ;
dégagement d'une sinopia |
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Eglise abbatiale de Saint Savin
(86)
Cette église représente l’ensemble le plus remarquable,
le plus complet et le mieux conservé de cette époque (11e
- 12e s.). Les peintures couvrent la quasi totalité de l’édifice
: crypte, porche, tribune, et bien sûr nef (ensemble le plus connu).
La technique utilisée y est variable, et semble avoir évolué
au fur et à mesure de l’avancement des travaux, car on observe des
différences d’une travée à l’autre quand on se déplace
de l’Ouest à l’Est de la voûte. L’analyse des liants s’y est
toujours révélée difficile, car les études
ont commencé après que diverses campagnes de restauration
aient eu lieu, et la présence d’ajouts superficiels divers rend
difficile, on l’a vu, la mise en évidence de matériaux au
demeurant aléatoires et fragiles. Néanmoins, on observe un
certain nombre de caractéristiques propres à l’héritage
romain, comme les giornate, certaines stratigraphies, ou le dessin
préparatoire [19].
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ci-dessus : St Savin coupes stratigraphiques (peintures
de la nef) |
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Vendôme, (41), peintures du cloître de la Trinité
[12]
Ces remarquables peintures, représentant une pêche miraculeuse,
dont on connaissait l’existence, derrière un mur, depuis les années
50, ont été mises au jour en 1972, présentant une
qualité de peinture et de fraîcheur des couleurs remarquables.
Leur situation, derrière un mur ancien, les avait préservées
des agressions diverses, et notamment de restaurations ou interventions
intempestives. Si le style général a été comparé
à celui de St Savin, certains éléments ne sont pas
sans rappeler la fresque romaine, par la qualité de l’exécution
ou les techniques de rehaut, comme on peut le voir sur le filet des pêcheurs.
Les études faites par le LRMH à l’époque n’ont pas
révélé de liant organique (il n’y avait pas ici d’obstacle
dû à de quelconques ajouts), et montrent pour certains prélèvements
une stratigraphie pouvant être celle d’une technique de vraie fresque,
avec rehauts à la chaux. La faible surface des peintures (quelques
m² ) n’a pas permis de mettre en évidence de giornate, mais
sans l’affirmer avec certitude, on peut penser raisonnablement à
une technique proche. |
Vendôme, vue des peintures
(pêche miraculeuse)
Vendôme : coupe stratigraphique
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| En ce qui concerne les pigments, on peut faire ici une
remarque intéressante : on a trouvé, sur un des prélèvements,
des traces de pigment bleu, en l’occurrence du lapis lazuli, matériau
rare et précieux. Cette observation va à l’encontre de l’idée
généralement répandue dans de nombreux ouvrages, que
le bleu n’était pas utilisé dans les peintures du centre
et de l’Ouest de la France, peintures à dominante ocre, à
fond clair, par opposition aux peintures de Bourgogne, à dominante
sombre. Pour le reste, les pigments trouvés à Vendôme
sont ceux habituellement présents dans la peinture romane de ces
régions, c’est-à-dire essentiellement des terres.
On observe des techniques analogues, bien que diversifiées, sur
les peintures de la vallée du Loir (Montoire, Lavardin, etc.). |
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Bourgogne : Berzé la Ville (71),
chapelle des moines de Cluny*
Exemple type des peintures bourguignonnes mentionnées ci-dessus,
les peintures de Berzé-la-Ville comportent du lapis lazuli pour
les bleus, et du vermillon pour les rouges ; on voit donc immédiatement
qu’on a affaire à une technique caractéristique, bien que
cela ne donne pas d’indication sur la manière dont elle fut exécutée
(avec ou sans liant). Toutefois, différentes observations (principalement
sur la stratigraphie) laissent à penser que la technique - comme
cela a été dit plus haut - n’était pas nécessairement
la même dans toutes les parties peintes, selon les pigments employés
et leur mise en œuvre. |
coupe stratigraphique
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