2. L’étude scientifique des techniques de la peinture murale : principe et difficultés [1]  
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Les scientifiques qui se sont lancés dans ce sujet se sont rapidement trouvés confrontés à un certain nombre de difficultés, inhérentes pour la plupart à la nature même de l’art mural ; les principales sont les suivantes :

2.1 Dispersion des œuvres et difficulté d’accès

Les peintures murales sont dispersées, situées parfois dans des lieux difficiles d’accès, ou dans des parties inaccessibles de l’édifice (la voûte de l'église de St Savin est située à plus de 20 m de haut) ; contrairement aux peinture de chevalet, rassemblées dans les musées, le spécialiste ne peut pas avoir sous la main une série de tableaux de tel ou tel peintre pour procéder à un échantillonnage caractéristique ; il lui faut se rendre en divers endroits, souvent dans différents pays, s’il veut avoir une hauteur de vue suffisante sur la question. Ce problème est en partie résolu de nos jours par la facilité des déplacements, mais pas entièrement si l’on songe à la variété des œuvres à étudier et à leur dispersion géographique.

2.2 Intérêt limité pour le sujet

A la différence, ici encore, de la peinture de chevalet, la peinture murale a été beaucoup moins étudiée : pour les raisons qui précèdent et pour quelques autres. Notamment, quand on a commencé à se préoccuper de l’approche scientifique des œuvres d’art, c’est-à-dire vers la fin du 19e siècle, on s’intéressait beaucoup plus aux tableaux des musées qu’aux peintures murales, même si Mérimée avait été précurseur dans ce domaine. Et cela devait durer encore assez longtemps. Les œuvres de Rembrandt, Vermeer, ou autres peintres peuplant les grands musées étaient infiniment plus célèbres que les peintures anonymes du Moyen Age que l’on pouvait trouver dans des églises isolées et méconnues. Les historiens d’art ont commencé à s’intéresser vraiment à l’art mural après Mérimée, alors que la peinture de chevalet représentait, pour beaucoup, le sommet de l’expression artistique ; ce décalage se retrouve, logiquement, dans l’approche scientifique.

2.3 Insuffisance de la documentation

Une autre difficulté attendait les chimistes : le nombre limité d’écrits ou de traités techniques concernant la peinture murale, sur lesquels s’appuyer pour orienter les recherches. La tradition des peintres de chevalet est relativement bien connue depuis longtemps, et les techniques des grands ateliers étaient relatées, plus ou moins, dans des écrits ou dans une tradition orale suffisamment répandue, comme par exemple la technique de la peinture à l’huile mise au point vers 1430 par les frères Van Eyck. En revanche, si l’on peut se référer à Vitruve pour les fresques romaines, et supposer que l’artiste s’est relativement conformé aux principes exposés dans ses traités, on n’a que très peu d’indications sur ceux suivis un artiste ou une équipe d’artistes anonymes au Moyen Age quand ils décoraient les églises de Bourgogne ou du val de Loire. Le sujet a donc reposé longtemps sur des hypothèses. Celles-ci ont évolué en même temps que les connaissances sur le sujet, mais aujourd’hui encore il est bon de rester relativement prudent, et il paraît sage de ne pas énoncer péremptoirement une théorie précise et globale sur la technique des peintures murales

 

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