Thermoluminescence
et datation

Le phénomène
physique
Qu'est-ce que la
thermoluminescence ?
La thermoluminescence (TL) est un phénomène
physique qui se traduit par la propriété qu'ont certains cristaux
d'émettre de la lumière (Figure 1
: a) lorsqu'on les chauffe, à
condition qu'ils aient été au préalable soumis à une
irradiation naturelle ou artificielle. Cette luminescence ne se produit
que si le chauffage a été précédé d'une
irradiation due à des rayonnements ionisants, par exemple l'exposition à
la radioactivité naturelle pendant des milliers d'années.
Depuis sa cuisson, une céramique
accumule une dose archéologique due à l'irradiation naturelle. La
recuisson en laboratoire d'un prélèvement en poudre permet de
mesurer la durée d'irradiation à partir de la quantité de
lumière émise. Si l'échantillon est chauffé une
deuxième fois (Figure 1 : b), il n'émettra
plus de lumière à moins d'avoir reçu une nouvelle dose
d'irradiation entre temps (Figure 1 : c).

- Figure 1.
Courbes présentant le principe général de la
thermoluminescence.
- (a)
TL naturelle
(b)
émission thermique (c)
TL artificielle
L'équation fondamentale
de la datation par thermoluminescence est donnée par :
- AGE TL (années)
= Dose archéologique (ou géologique) / Dose annuelle
- dose archéologique (ou géologique)
: c'est la quantité d'énergie par unité de masse stockée
depuis sa dernière chauffe par le cristal. Elle provient de la désintégration
des éléments radioactifs contenus dans le cristal et dans son
environnement
- dose annuelle : c'est la
quantité d'énergie par unité de masse accumulée en
une année par le cristal
La dose archéologique est déterminée
en comparant la thermoluminescence naturelle des cristaux à celle induite
au laboratoire par une dose connue (emploi d'une source radioactive calibrée).
La dose annuelle est généralement déduite des
concentrations en radioéléments de l'échantillon et du
milieu d'enfouissement.
Modèle des bandes
La TL s'explique par la structure
imparfaite des cristaux qui contiennent toujours en nombre élevé
des défauts, qu'il s'agisse de défauts de construction,
tels que des lacunes ou des dislocations, ou de la présence
d'atomes étrangers à la composition chimique de base (impuretés).
L'énergie reçue par les électrons au cours de l'irradiation
provient de la désintégration des éléments
radioactifs (uranium 238, thorium 232 et potassium 40) contenus dans le matériau
(ex. la terre cuite) et dans son environnement (ex. milieu d'enfouissement ou
musée) ce qui modifie leurs niveaux énergétiques. En
augmentant ensuite la température du cristal, les électrons sont
libérés et ont la possibilité de revenir dans leur position
initiale en perdant de l'énergie sous forme de photons (luminescence).
Le phénomène est
souvent décrit par un schéma de bandes (Figure 2).

Figure 2. Représentation
schématique du modèle des bandes.
- l'ionisation par rayonnement libère
un trou et un électron qui est projeté dans le continuum énergétique
de la bande de conduction
- l'électron et le trou sont
capturés par des impuretés (pièges) du minéral
- le minéral chauffé
libère l'électron ; ce dernier se recombine au trou en A, ce qui
entraîne l'émission d'un photon
Utilisation de la TL comme méthode
de datation

Figure 3. Evolution de
la TL en fonction du temps.
- TL géologique:
doses reçues par les matières premières qui composent
l'objet
- Chauffe à haute température:
fabrication et cuisson de l'objet, remise des "compteurs TL" à
zéro
- Irradiation naturelle: dose
reçue par l'objet dans son environnement (ex. milieu d'enfouissement ou
musées)
Limitations de la méthode
et remarques
- La thermoluminescence mesure la période
écoulée depuis la dernière chauffe qui ne correspond pas
forcément à l'événement à dater (fabrication
pour les terres cuites, dernière utilisation pour un four, etc.).
Incendies, restauration à l'aide d'une source chauffante peuvent fausser
l'interprétation des résultats expérimentaux.
- Le matériau doit contenir
des minéraux thermoluminescents et les cristaux doivent être
suffisamment sensibles à l'irradiation (ex. : quartz, feldspaths,
zircons).
- Les cristaux ne doivent pas être
saturés en énergie, leur « capacité d'emmagasinage »
limitant l'utilisation de la technique. Les plus anciens âges obtenus
jusqu'à présent sont de l'ordre de 700 000 ans.
- Les objets ne doivent pas avoir
subi une quelconque irradiation artificielle (X,
, neutrons,...) avant
l'analyse par thermoluminescence.
 
|