La photographie au laboratoire de recherche des musées de France


Quelques rappels théoriques et techniques à propos de la photographie


La lumière, l'invisible

Les ondes électromagnétiques auxquelles l'œil humain est sensible et que nous appelons la lumière, ne s'étendent que dans une zone limitée du spectre. Sa composition est habituellement présentée ainsi :



Figure 3. Le spectre visible.

On voit bien ici, qu'en deçà de 400 nanomètres, et au-delà de 700, on ne peut pas parler de "lumière", mais de "radiations invisibles". Au LRMF, le domaine de la photographie s'étend donc de l'ultraviolet dit proche, à l'infrarouge jusqu'à 900 nanomètres, limite de sensibilité des films photographiques. En dessous des UV, c'est la radiographie, au dessus de l'infrarouge proche, c'est la réflectographie.


L'éclairage, la température de couleur

On distingue deux qualités de "lumière" caractérisées par la température de couleur qui s'exprime en degrés Kelvin. Ce sont la "lumière du jour" de 5400 K et la "lumière artificielle" de 3200 K. Cette distinction est primordiale en photographie couleur.

De même il existe aussi deux types d'éclairages : la lampe à incandescence, dont la température de couleur est de 3200 K, et le flash électronique de 5400 K. On utilisera l'un ou l'autre, sachant que la température de couleur du flash est plus stable que celle de la lampe à incandescence. Dans ce dernier cas, si l'on veut travailler avec précision, il faudra fréquemment user d'un thermocolorimètre et changer les sources aussi souvent que nécessaire. Précisons en outre que l'éclair du flash électronique dégage moins de chaleur.

Une caractéristique notable de l'éclair électronique est un meilleur rendu du contraste dû à la brièveté du temps de pose. Ceci représente un avantage évident losrqu'il s'agit de photographier une œuvre d'art et qu'il faut reproduire, avec la plus grande fidélité, ses couleurs et ses contrastes (Figure 4).



Figure 4. Courbes de noircissement, film panchromatique.
- éclairement lampe à incandescence, développement 7 minutes
... éclairement lampe-éclair, développement 10 minutes


Les films, leur choix, leur traitement

De même qu'il y a deux qualités de lumière et deux types d'éclairage, il existe aussi deux types de films couleur, chacun équilibré, lors de sa fabrication, selon ces deux mêmes catégories. Il s'agit d'harmoniser systématiquement lumière, éclairage et film, sous peine d'obtenir des images dont les couleurs seraient totalement fausses. En noir et blanc, le choix du film s'effectue en fonction, essentiellement, de deux critères qui sont sa sensibilité, ou rapidité, exprimée en ISO, et son rendu de contraste. Pour les travaux courants, nous utilisons un film panchromatique de 100 à 125 ISO, présentant une bonne définition, une bonne souplesse d'emploi, et un contraste moyen.

En fonction du contraste présenté par le sujet - écart entre les zones claires et les zones sombres - nous avons à choisir entre différents bains de développement. Si l'on désire obtenir un négatif à partir duquel on pourra effectuer un tirage positif sur papier dans des conditions raisonnables, il faut que ses différentes valeurs d'opacités soient correctement équilibrées. Dans le cas d'un sujet très contrasté, dont le rapport entre les "ombres" et les "hautes lumières" est très élevé, on pourra réduire ce contraste en augmentant la durée d'exposition et en diminuant le temps de développement. Si au contraire il est nécessaire d'augmenter ce contraste, on opérera à l'inverse, le tout dans les limites de tolérance du film.


Choix d'un objectif

Pour photographier un sujet, on utilise, dans des conditions ordinaires, un objectif de focale dite "normale" parce que son angle de champ est proche de celui de l'œil humain, et qu'il correspond en outre à la diagonale du format du film utilisé. Cependant, si le sujet présente de forts reflets, ou s'il est de grandes dimensions, on préférera un objectif de focale plus longue qui nous permettra de nous en éloigner, évitant ainsi les réflections parasites et les déformations. Dans le cas d'un objet aux volumes très prononcés, c'est-à-dire dont le premier et l'arrière plan sont sensiblement distants l'un de l'autre, on emploiera de même une plus longue focale pour obtenir une image nette de ces deux plans sans avoir à trop fermer le diaphragme de l'objectif, ce qui augmenterait en outre fortement le temps de pose et pourrait ainsi nuire à la qualité de définition de l'image.


La photographie rapprochée, la macrophotographie

Pour obtenir la reproduction d'un détail, sur un objet ou une peinture, il existe au moins deux moyens. Le premier, que l'on rencontre encore parfois dans l'édition, consiste à agrandir la partie voulue, à partir du cliché d'ensemble du sujet. Le résultat ne peut être que médiocre, puisque, ce faisant, on dépasse souvent les possibilités de définition de l'original. Le second moyen est d'isoler, directement sur le sujet, le détail désiré, si petit soit-il, au moyen d'un objectif macrophotographique, en y ajoutant le cas échéant un soufflet ou une bague allonge. Ce dispositif autorise des grossissements allant jusqu'à 15 fois, dans des conditions opératoires confortables. Au delà de ce rapport, il est possible de se servir d'une loupe binoculaire, au détriment toutefois de la netteté à cause de l'absence de diaphragme et donc de profondeur de champ et aussi, souvent, du manque de stabilité de ce genre d'appareillage. Pour de très forts grossissements on utilisera un appareil monté sur microscope (au LRMF, les photos de ce type sont effectuées directement par les chercheurs au cours de leurs manipulations).

L'objectif, en macrophotographie, est choisi en fonction du rapport de grossissement recherché : plus le rapport voulu est élevé, plus la focale doit être courte. Exemple : pour un rapport 1 (image égale au sujet), 50 mm, pour un rapport 10, 20 mm. Ceci nous permet de réduire la distance du sujet au plan du film, et donc le temps d'exposition.


Le tirage sur papier et le contrôle qualité

Nous disposons pour cela de divers appareillages, allant de la tireuse contact, avec laquelle nous effectuons des épreuves positives de la même dimension que le cliché, à différents agrandisseurs (petit et moyen format : du 24 x 36 mm au 6 x 7 cm), aux planfilms (9 x 12 cm à 20 x 25 cm).

Pour aboutir à des résultats réguliers lors du traitement des surfaces sensibles, films et papiers, tant en noir et blanc qu'en couleurs, et surtout dans ce dernier cas, il est nécessaire de vérifier constamment la qualité du traitement. C'est ce qu'on appelle le "contrôle qualité" effectué à l'aide de films de contrôle et de bandes papier de contrôle, tous appelés "sensitogrammes". On procède à leur lecture au moyen d'un appareil appelé "densitomètre", après avoir enregistré sur celui-ci les valeurs d'un sensitogramme de référence. Cette opération permet de maîtriser quatre données essentielles : la densité maximale, la balance couleur, la rapidité de traitement et la densité minimale, et de déterminer si les écarts de densité possibles, pour une même couleur et des couleurs entre elles, se situent, pour un traitement donné, à l'intérieur des limites de tolérance indiquées par le sensitogramme de référence. La possibilité d'effectuer cette opération sur place, apporte au laboratoire une garantie supplémentaire de qualité, et permet d'appréciables économies.