| NARCISSE : Network
of Art Research Computer Image SystemS in Europe
Cette action résulte de l'expression
d'une volonté commune de rationaliser l'interprétation des
documents iconographiques et du besoin de compatibilité dans la
comparaison des données, en vue d'une meilleure gestion des méthodes
de recherche. La création d'une base documentaire commune permettra de
simplifier l'accès à l'information "source", trop
souvent dispersée et inaccessible aux historiens de l'art. Une nouvelle méthode
d'interprétation des documents iconographiques La création d'un vocabulaire spécialisé
par les experts en conservation/restauration d'institutions européennes
devra permettre d'aider le chercheur à consigner toutes les informations
relatives à l'étude d'une oeuvre d'art, qu'il s'agisse des éléments
d'origine, d'altérations ou de restaurations. L'effort de traduction en
15 langues du vocabulaire et de ses définitions devra assurer une
reconnaissance collective et l'usage de ces termes indispensables à
l'exactitude dans l'expression des déductions des observations.
Une gestion simplifiée
des photothèques L'image numérique en haute définition
va transformer radicalement un certain nombre d'opérations de classement,
et de stockage des grandes photothèques. Son emploi va réduire
progressivement le support papier des documents graphiques et photographiques.
Les documents "sources" seront, peu à peu, "gelés"
dans des lieux propres à en assurer la conservation. Les documents
photographiques devraient, à l'avenir, être numérisés
à la demande et ne plus sortir de la photothèque.
Un nouveau mode de
consultation La numérisation en haute définition
va ouvrir à la consultation, et en accès direct, le contenu des
documents primaires et répondre instantanément, en toute
autonomie, aux besoins de sélection et de reproduction du chercheur. La
consultation aujourd'hui sur site, s'étendra progressivement à
tous les musées, bibliothèques, centre de recherche nationaux ou
extra-nationaux à travers des réseaux larges bandes qui se mettent
en place en Europe. Avec des débits de l'ordre du méga-octets à
la seconde, - voire plus - le temps de transfert d'une image en haute définition
et compressée sera de l'ordre de la seconde. La conservation à
long terme des documents Les fonds photographiques et radiographiques
des grands musées augmentent considérablement. Certains documents
uniques, témoins de l'histoire matérielle de l'oeuvre, ont plus
d'un demi-siècle et leur qualité s'atténue - en particulier
les ektachromes dont la durée de vie est estimée à cinq
ans. Leur utilisation, lors d'études ou de restaurations, altère
la partie sensible du film (apparition d'usures, rayures, taches etc.). Leur numérisation
supprimera leur usage et permettra d'assurer la pérennité de
l'image à long terme 10 ans, voire 30 ans, sur support optique. La
recopie sans perte de ces fichiers numériques sur d'autres supports
permettra de prolonger à très long terme leur contenu. L'imprimerie et l'édition
électronique
Les reproductions d'art présentent aujourd'hui un intérêt croissant auprès des grands éditeurs. L'idée de la création d'une banque patrimoniale, sous forme numérique, des documents iconographiques conservés par les institutions nationales se met en place. Le volume des documents est considérable puisqu'on peut l'estimer à plusieurs dizaines de millions. Sur ce point, le projet NARCISSE a été un précurseur par son objectif principal : la création d'une banque d'images en très haute définition. Les conclusions du séminaire organisé à Luxembourg en avril 1990 à la demande de la CEE, correspondent aujourd'hui aux exigences du marché de l'édition. La résolution adoptée - 10 points par millimètre de l'oeuvre originale - , convient parfaitement aux exigences des imprimeurs. Le format de compression retenu JPEG est aujourd'hui un standard international. De même, nous avons devancé en
1992 un secteur aujourd'hui en cours de développement rapide : l'édition
électronique. La performance des solutions techniques mises au point pour
la réalisation des cédéroms "NARCISSE" et "Nicolas
Poussin" et le domaine propre à nos activités "la
Science et l'Art" va permettre d'assurer une large diffusion des synthèses
réalisées à partir de nos travaux de recherche. Le monde de
l'informatique apporte des outils de plus en plus performants, et à des
prix de plus en plus accessibles. Il est certain que cette ouverture est
favorable au secteur des musées dont la richesse des images est une
source inépuisable de contemplation et de connaissance. Ces "musées
virtuels" ne peuvent qu'accroître l'intérêt du public et
l'attirer à visiter leurs collections. L'analyse d'image L'image numérisée peut être
transformée par calcul sur ordinateur. Ces transformations, appelées
"analyse d'image", permettent d'améliorer la lisibilité
des films ou d'identifier leurs contenus par leur forme ou leur couleur au moyen
de logiciels appropriés.
Jusqu'ici les films photographiques (UV et IR)
et radiographiques ont permis de révéler dans l'invisible une
nouvelle dimension de la peinture, en particulier certains éléments
de la couche picturale non détectables à l'oeil nu. Le traitement
de l'image y ajoute une quatrième dimension, celle de lire, sur ces
documents techniques, des informations difficilement perceptibles. Les thèmes
de recherche peuvent être nombreux et les applications devraient être
associées aux principales activités muséales du
laboratoire, lors de l'acquisition, la restauration ou l'exposition des oeuvres.
C'est au cours de ces activités principales que des recherches
approfondies devraient avoir lieu, en collaboration avec d'autres services du
musée. Ces nouvelles images pourraient être intégrées
à un catalogue, à des présentations culturelles multimédias,
ou même à des produits d'édition afin de les porter à
la connaissance du public. De nombreuses applications ont été développées pour la médecine, la biologie, les images satellites, etc.. Le logiciel le plus proche de nos applications et portable sur nos équipements est certainement SIAM1. Il a été développé par la société Thomson Broadband dans le cadre du projet européen VASARI dont nous étions partenaire. Ce produit comporte près de 300
fonctions dont par exemple, le détourage électronique, la réduction,
la rotation, l'inversion, l'inversion de contraste, la modification de
contraste, l'égalisation d'histogramme, le recalage, la superposition,
l'incrustation, la fausse couleur, etc.. D'autres applications se révéleront
vite utiles telles que : le dévernissage artificiel (soustraction colorimétrique
de l'effet coloré du vernis), le chromatogramme (distribution pigmentaire
dans le triangle des couleurs), la simulation d'une réintégration
(retouche à tratteggio), la détection et la caractérisation
du réseau de craquelures, l'atténuation des éléments
de texture (support, parquetage, craquelures sur un document radiographique), la
détection des repentirs par superposition de clichés (lumière
directe-radio, lumière directe-IR etc.).
L'analyseur très haute définition comporte une platine mobile d'ouverture supérieure à 350x430mm, qui supporte le film pris entre deux plaques de verre. La tête d'analyse, qui maintient la barrette CCD de 6.000 éléments de 10 microns, est fixée par un berceau mobile dans le plan vertical, permettant de faire varier la dimension de la plage numérisée qui se trouve comprise entre 103 et 350mm. L'éclairage froid est obtenu par une lampe à xénon de 250W ayant une température de couleur de 2800°K; il permet d'obtenir un signal jusqu'à une densité de 3,6. Le déplacement de haute précision
de la platine mobile s'effectue en 9 secondes, par pas de 7,5 microns. La
dynamique du signal est de 12 bits. La résolution varie de 60points/mm
sur une surface de 104x130mm à 17points/mm sur une surface de 350x430mm.
Une image comporte donc 6.000 points sur 8.000 lignes soit 48 millions de
pixels de forme carrée qui sont transférés "à
la volée" (15MØ/s) à la station de travail par
l'intermédiaire d'un bus VME sur une mémoire de 256 MØ pour
supporter une image couleur comportant 3 fois 72MØ. La station de travail Cette station permet de piloter le numériseur. Le logiciel CELOSIE sous UNIX permet également d'effectuer des corrections de gain et du noir. Les valeurs des corrections sont conservées lors de l'archivage mais aucune modification n'intervient sur le fichier numérique. Elle comporte un développement spécifique pour le recollement électronique des radiographies. Après assemblage sur négatoscope des films radiographiques du tableau, une marque apposée sur chaque film permet d'orienter les films parallèlement sur la platine. Le fichier numérique du premier film est stocké sur deux disques magnétiques de 2GØ. Une bande verticale de quelques centimètres, située à droite de la radiographie, est conservée en mémoire. Après numérisation du second film, l'identification électronique sur écran d'ordinateur d'un point commun (au pixel près) situé sur les zones de recouvrement de deux films contigus, permet de recoller les fichiers des deux films numérisés. Une correction radiométrique est ensuite effectuée sur le second film par comparaison des valeurs radiométriques des zones de recouvrement des deux films. Le processus se poursuit jusqu'à la numérisation du dernier film radiographique. L'archivage s'effectue de nuit sur disque
optique numérique ATG de 10GØ. L'archivage comporte les fonctions
suivantes: création d'une vignette 1024x1024 de l'ensemble de l'oeuvre;
puis découpage de la radiographie recollée en blocs 1024x1024,
compression avec perte et/ou sans perte de chaque bloc au format JPEG et
inscription sur DON. Cette opération est réalisée par
l'intermédiaire d'une carte accélératrice à quatre
voies parallèles (quadri-processeurs RISC). Nous avons vérifié
que des taux de compression de l'ordre de 16 ne perturbaient pas l'image à
la visualisation. L'approche terminologique et linguistique est
cependant indispensable au progrès de la Science, réflexion déjà
exprimée par Thomas Hobbes dès le XVIIe siècle
"In the right Definition of Names lyes the first use of speech;
which is the Acquisition of Science: And in wrong or no Definitions, lyes the
first abuse." 2
La création d'une banque d'images doit
impérativement être associée à un système
d'indexation. L'originalité de la base de données textuellesNARCISSE,
outre son multilinguisme propre à la "communication
inter-institutions et transfrontière " et son mode de recherche
multifichiers, tient à la mise au point d'un thesaurus, vocabulaire
scientifique unifié, permettant d'exploiter l'interprétation des
films photographiques et radiographiques réalisés en laboratoire
sur les peintures et les enluminures. Ce système résulte d'un
travail de deux années de collaboration avec de nombreux experts des
institutions de restauration en Europe.
Le système
documentaire Il faut distinguer l'outil informatique
- le logiciel de gestion documentaire qui comporte des fichiers de données,
des index ou fichiers inversés - de
l'outil documentaire qui regroupe les grilles d'analyse de
l'information textuelle, la structuration des données et les thesaurus.
Le vocabulaire NARCISSE est réparti dans une quarantaine de thesaurus.
L'outil documentaire L'outil documentaire est composé de trois bases principales ayant trait à "l'oeuvre", au "film" et à "l'état de l'oeuvre". Les rubriques de la première base concernent l'indexation de "l'oeuvre" (auteur, titre, date, lieu de conservation, technique etc.). La base "film" comporte les éléments essentiels caractérisant sa nature, sa taille, les conditions d'exposition et de développement, ainsi que des observations générales. La base "état de l'oeuvre" est subdivisée en trois fichiers:
Les informations de ces trois fichiers sont réparties
en deux groupes: les éléments appartenant au support et ceux
faisant partie de la couche picturale et du vernis. C'est une approche plus complète de
l'oeuvre d'art qui est ainsi proposée. Aux informations de caractère
"historique", le système documentaire NARCISSE prévoit
de joindre toute connaissance ayant trait à la "vie" de
l'oeuvre d'art; à condition, bien sûr, que cette connaissance
repose sur une interprétation de documents scientifiques3. l'outil informatique Le logiciel de gestion documentaire comporte
trois fonctions développées sous UNIX, à partir d'INFLUX
architecturé autour du SGBDR EMPRESS
: multilinguisme Les bases sont saisies en allemand et français
par la BDBCS, en français par le LRMF, et en portugais par les ANTT. Grâce
au thesaurus multilingue, les utilisateurs accèdent ensuite dans leur
langue à l'intégralité des bases de recherche des trois
sites. Les messages, les écrans, libellés, sont également
traduits dans les trois langues. recherche multifichier L'accès multi-bases (oeuvre, film et état
de l'oeuvre) permet de conserver le contexte d'une question multi-critères
et de visualiser le résultat pour chacune des bases. interface avec la base image Lors de l'archivage des images numérisées,
des données concernant l'oeuvre sont stockées simultanément
sur le DON afin de pouvoir contrôler toute erreur d'enregistrement4.
"Les laboratoires en liaison avec les musées et les archives accumulent en effet sur les peintures et les enluminures, des observations et des témoignages photographiques en toutes lumières, radiographiques, physico-chimiques qui représentent les aspects intimes le plus souvent cachés des oeuvres. Comment donner un sens à cette recherche de fond sans une coordination des informations dans le laboratoire même et surtout entre laboratoires? L'évidence de la question explique en partie votre succès". 5 Permettez-moi de renforcer cette observation
par la nécessité actuelle et urgente d'une prise de conscience de
la perte considérable d'informations scientifiques et techniques lors du
départ d'un chercheur. Il nous faut conserver le savoir autant que préserver
les oeuvres et ceci passe par la prise en compte d'une action collective, la
conservation de la "mémoire" par la constitution d'une base
informatique commune. ..."du cédérom numérique consacré à Poussin à l'occasion de la grande exposition du quatrième centenaire qui s'est ouverte à Paris: voici les premiers produits fondés sur le numérique qui soient susceptibles de modifier les conditions de l'information et de la recherche. ...Nous applaudissons à des réussites comme le Cédérom Poussin; mais nous sommes en droit d'attendre de l'informatique des réalisations de toute autre envergure: de grandes banques de données susceptibles de modifier entièrement le travail de l'historien et du conservateur".6 Les historiens de l'art ont senti et exprimé
le voeu de voir une grande transformation s'établir au sein des musées
par la création d'un pôle actif qui recense le savoir et mette à
la disposition des chercheurs la documentation iconographique qu'ils détiennent
pour le progrès de la recherche. La diffusion transfrontière:
le réseau "Il est permis de dire que ce phénomène , qui voit à présent les techniques de saisie, de numérisation, de compression, de stockage optique haute densité, etc. faire leur entrée dans les laboratoires des musées avec, de surcroît, l'échange de fichiers numériques entre les musées sur réseaux en tout genre, s'inscrit dans une suite logique à l'étude scientifique des oeuvres d'art."7 Grâce aux nouvelles technologie de
l'information et des télécommunications, ce pôle n'est plus
fermé mais ouvert sur le monde. Il n'est plus besoin de venir à
lui. L'image numérisée associée à des données
normalisées classées selon un format adopté par les
institutions acceptant de collaborer à distance par l'intermédiaire
de réseaux numériques de télécommunication
correspond à cette nouvelle approche qui va vraisemblablement révolutionner
la recherche artistique. (La) démarche
(du projet NARCISSE) est d'autant plus intéressante qu'elle
apporte un début de réponse à l'interrogation sur le "musée
à distance" qui pourrait être l'une des formules du futur. Il
s'agirait grâce aux sciences de l'information, de construire à
partir de la forme de l'objet, les différentes explorations internes ou
externes qu'il suscite. La distance introduit des espaces multiples temporel,
technique, visuel, et même géographique".8 Les efforts déployés dans le cadre de ce projet européen devraient répondre à l'attente et aux exigences des membres de la profession. Les techniques sont aujourd'hui opérationnelles. Mais la constitution d'une banque d'images consistante sur les peintures et les enluminures demande, à court terme, encore plus de moyens humains.
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