Equilibre climatique dans les grottes

Jacques Brunet
Laboratoire de recherche des monuments historiques
29, rue de Paris - 77420 CHAMPS/MARNE



Les œuvres rupestres peintes, gravées et sculptées sont l'un des éléments du patrimoine culturel posant aux spécialistes scientifiques des problèmes nombreux et complexes pour assurer leur conservation dans le temps et leur maintien en bon état pour les générations futures.

Actuellement, il est difficile de porter un jugement sur l'état de conservation des œuvres pariétales. En effet de nombreuses œuvres paraissent intactes, mais elles possèdent cependant des traces d'altération acquises au cours des millénaires. Depuis la découverte de l'art pariétal et sa reconnaissance officielle, un grand nombre de cavités a subi des modifications : mise en communication avec l'extérieur, travaux d'aménagement (accès dans les effondrements de l'entrée, percement de tunnel, abaissement des sols...), ... sans que cela corresponde vraiment à un renforcement des mesures de conservation.

Le présent document a pour thème l'équilibre climatique des cavités et sera illustré par la réflexion menée sur l'état des recherches dans la grotte de Lascaux. Cette recherche et cette réflexion sont menées en collaboration avec MM J. Vouvé et Ph. Malaurent du CDGA de l'Université Bordeaux 1 et avec le concours du SRA (Service Régional Archéologique), de la CRMH (Conservation Régionale des Monuments Historiques) et de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) d'Aquitaine.



Lascaux et son contexte morphologique
L'art à Lascaux
Spécificité du support
A la recherche du climat idéal
Priorité à la conservation
L'originalité du cas de Lascaux
Conclusions






Lascaux et son contexte morphologique

La grotte de Lascaux est une cavité descendante qui constitue la partie supérieure d'un réseau karstique fossile comblé de remplissages sableux et argileux. Comparée aux autres cavités connues, Lascaux peut être considérée comme modeste ; quelques chiffres donneront un aperçu des dimensions : 140 m de l'entrée à l'extrémité du diverticule de droite, 80 m de l'entrée au diverticule axiale et 3300m3+ou - 500m3 en volume pour le réseau accessible.

Sur le plan morphologique (figure 1 : plan de la grotte) on peut différencier la partie axiale composée de la salle des taureaux et du diverticule axial et la partie latérale comprenant le diverticule de droite, la nef, la galerie à mond-milch prolongée par le cabinet des félins d'une part et le puits d'autre part. A cela, il faut ajouter la salle des machines créée en dessous du sas 1 (cet espace sert de local technique), à la suite du déblaiement de l'éboulis d'entrée. Les parties ornées sont à différentes profondeurs ; ainsi dans la Salle des Taureaux, les peintures sont à 10 et 12 m en dessous du sol extérieur, entre 13 et 15 m dans le Diverticule de droite, entre 10 et 15 m dans le diverticule axial, et enfin entre 16 et 18 m dans le Puits. La section verticale des galeries évolue entre 1 m2 au cabinet des Félins et 80 m2 dans la salle des Taureaux ; la hauteur de cette dernière salle atteint 6 m au maximum.

Plan de la grotte de Lascaux

Plan de la grotte de Lascaux




L'art à Lascaux

La grotte de Lascaux possède une iconographie riche de plus de 1500 figures peintes ou gravées. Les thèmes classiques du bestiaire préhistorique : équidés (cheval), bovidés (aurochs, bouquetin...), cervidés (renne et cerf...) ... associés à de nombreux signes quadrangulaires, barbelés, en crochet, en croix, en bâtonnet, isolés ou groupés..., se retrouvent sur les parois.

Les surfaces peintes sont de l'ordre de 54 m2 pour la salle des taureaux, 100 m2 pour le diverticule axial ; celles des tracés peints et gravés sont de l'ordre de 120 m2 pour le passage, la nef et l'abside, 10 m2 pour le cabinet des félins et enfin quelques m2 pour le puits du sorcier.




Spécificité du support

Dans la salle des taureaux et le diverticule axial les représentations sont dans un remarquable état de conservation. La plupart des panneaux décorés ont été peints sur un dépôt rugueux de calcite blanche, d'épaisseur millimétrique, recouvrant le calcaire du Crétacé supérieur de teinte ocre. Cette calcite donne aux couleurs un éclat et une vivacité unique. Ce dépôt a pu à son tour être recouvert d'une couche de calcite transparente formée par exsudation d'eau de la roche à travers le pigment, ou par faible ruissellement d'eau riche en bicarbonate de calcium. Il a ainsi pu jouer un rôle protecteur des surfaces picturales.

Dans la partie latérale, la roche très tendre est pratiquement à nu ; elle a pourtant été peinte et gravée comme en témoignent les multiples traces de pigments conservées au fond des fissures qui accidentent la surface. ll apparaît qu'ici, les éléments détritiques sont mal cimentés entre eux et dans des conditions de dessiccation et de ventilation poussées liées aux rythmes paléoclimatiques, la surface est devenue pulvérulente et s'est altérée. Les peintures et les gravures qui la recouvraient ont disparu avec le support qui se désagrégeait.