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Les conditions environnementales et les modes d'entreposage ont une grande influence sur la conservation des documents. Le contrôle de l'environnement et la mise en place de bonnes conditions de stockage constituent la première des mesures préventives. |
| HA : humidité absolue (g d'eau / g d'air) | |
| S : humidité à saturation (g d'eau / g d'air) | |
| HR : humidité relative (%) |
Les relations établies entre la température et la quantité de vapeur d'eau d'un volume d'air donné indiquent qu'un volume d'air peut contenir une quantité de vapeur d'eau d'autant plus grande que la température est élevée. Le chauffage d'un volume d'air contenant une quantité d'eau donnée provoque un abaissement de l'humidité relative. C'est ce qui se passe en période de chauffage dans un bâtiment. Inversement, le refroidissement du même volume d'air provoque l'augmentation de l'humidité relative. Ceci peut se traduire dans certaines configurations par la condensation de l'eau sur les surfaces froides.
A cause de l'interdépendance de la température et de l'humidité relative, il est impératif de contrôler les deux paramètres simultanément.
| Température | 5° C | 10° C | 20° C | 30° C |
| Humidité à saturation | 7 g/m3 | 9 g/m3 | 17 g/m3 | 30 g/m3 |
L'hygroscopie différente des matériaux est un paramètre à prendre en compte dans la surveillance des conditions de stockage. De même, les microclimats doivent être repérés. Un local mal ventilé ne pourra pas éliminer de manière suffisamment rapide tout excès de vapeur d'eau apporté accidentellement. Cette vapeur d'eau est dans ce cas absorbée par les livres qui ne la libèrent que lentement. Ceci peut expliquer le développement de micro-organismes alors que les conditions thermo- hygrométriques régnant dans le magasin semblent correctes.
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Prévention des dégradations dues à l'hommeLes dégradations dues à l'homme peuvent être minimisées. La négligence est souvent liée à l'absence de formation aux pratiques de conservation préventive et à la méconnaissance des conséquences de mauvaises conditions de conservation et de manipulation. La formation initiale et continue du personnel doit être une priorité absolue, surtout dans le domaine de la préservation des documents audiovisuels dont l'importance relative aux autres collections est en constante augmentation. Les dégradations par vandalisme et vol doivent être diminuées par la mise en place de systèmes de protection et de surveillance appropriés. Prévention des désastresQuant aux désastres (feu, inondations, tremblement de terre...), l'objectif de toute politique de conservation préventive doit être de limiter autant que possible les risques potentiels et d'augmenter les chances de récupération des matériaux en cas de désastre. Il est fortement recommandé de préparer à l'avance un plan d'intervention en cas de désastre, afin de diminuer le temps d'intervention. Pour cela, il est essentiel de déterminer les procédures à appliquer, de les tester et de les inclure dans les exercices périodiques de sécurité impliquant tous les personnels de la bibliothèque. Il faut également tenir à jour une liste d'adresses pour savoir à qui on peut s'adresser en cas de désastre (pompiers, sociétés de transports frigorifiques, de congélation et de lyophilisation, par exemple). Prévention de la pollutionLorsque les magasins sont climatisés, le niveau de pollution peut être réduit grâce à l'utilisation d'une filtration d'air efficace. Les filtres électrostatiques sont cependant à éviter, car ils dégagent de l'ozone, un oxydant puissant. Dans tous les cas, une maintenance régulière des magasins et des collections par dépoussiérage minimisera les dégradations. Quant aux aspirateurs utilisés pour le dépoussiérage, ils doivent être obligatoirement munis de filtres absolus pour éviter la dispersion des spores de micro-organismes dans l'air. Prévention des altérations dues à la lumièreLa lumière naturelle, les lampes fluorescentes et les lampes tungstène-halogènes, contiennent toutes une partie non négligeable de rayons ultraviolets désastreux pour les matériaux organiques qui entrent dans la composition de la grande majorité de nos documents. Pour cette raison, ils doivent être impérativement éliminés pour éviter des dégradations irréversibles. Ils le sont aisément par l'intermédiaire de films autocollants pour les vitrages et de filtres organiques (pour les lampes fluorescentes) ou minérales (pour les lampes halogènes ou aux halogénures métalliques). A noter que le verre feuilleté utilisé dans le bâtiment élimine 95 % du rayonnement UV et qu'il existe des lampes tungstène-halogènes et aux halogénures métalliques dont l'enveloppe est traitée anti-UV. De la même manière, on réduira au maximum le rayonnement infrarouge. En lumière naturelle, cela est possible aussi bien au niveau architectural qu'avec des équipements complémentaires comme les volets et les stores extérieurs, l'usage de films ou mieux de vitrages de protection solaire. Pour les sources artificielles, l'éloignement des sources de la proximité des documents est la meilleure des solutions. La technique de la fibre optique, à condition de placer le générateur de lumière (et de chaleur) dans un endroit extérieur à celui des documents exposés, est une excellente solution. Pour les magasins et les dépôts, la technique du guide de lumière (à ne pas confondre avec la fibre optique, puisqu'il s'agit d'une technologie différente) est une solution à envisager. Naturellement, le rayonnement visible doit lui aussi être contrôlé. Il faut l'éliminer dans tous les cas en dehors d'une activité humaine. Dans le cadre d'une exposition, on respectera une exposition lumineuse, c'est-à-dire le produit d'un niveau d'éclairement par le nombre d'heures d'exposition, inférieur à 84 Klux.heures/an, voire pour certains documents en papier extrêmement sensibles (à base de pâte de bois) on réduira cette valeur à 12,5 Klux.heures/an. Ces valeurs s'expliquent par le fait que l'action photochimique des rayonnements électromagnétiques est cumulative et, par exemple, que les dégradations causées à un document par un éclairement de 50 lux pendant 10 000 heures (3 ans à raison de 8 heures par jour) seront identiques à celles provoquées par un éclairement de 1 000 lux durant 500 heures (2 mois environ). Là aussi, vitrages, stores, films et autres systèmes permettent de maîtriser l'action de la lumière. Les documents graphiques et photographiques sont à considérer comme faisant partie, dans leur grande majorité, des objets patrimoniaux les plus sensibles à la lumière. En fonction des matériaux les constituant ainsi que de leur état de conservation, il est convenu de les répartir en trois catégories suivant leur sensibilité à la lumière, soit :
En fonction de leur classe de sensibilité, il ne faudra pas dépasser les valeurs ci-dessous d'exposition lumineuse appelée Dose Totale d'Exposition (DTE) qui correspond au produit de l'éclairement par la durée totale d'exposition. La DTE s'exprime en lux.heure (lx.h).
Nota 1 : en grisé les catégories
relatives aux documents graphiques et photographiques. Prévention des altérations dues aux champs magnétiques Pour la sauvegarde des enregistrements audio-analogiques, il convient
de ne pas dépasser en ce qui concerne les champs magnétiques
parasites les maximums
On remarquera que normalement une distance de 10 à 15 cm suffit pour ramener l'intensité de champs magnétiques même forts à des valeurs acceptables. Prévention des altérations dues à la température et l'humidité relativeSi la plupart des facteurs de dégradation peuvent être minimisés ou même exclus, il est souvent difficile de maîtriser correctement les facteurs "température" et "humidité relative". En effet, il s'agit là de deux paramètres interdépendants dont les effets sur les uvres sont plus variés et plus complexes que ceux des autres paramètres. influence de la températureLes matériaux qui sont en général sensibles aux fluctuations de température sont les objets composites dont les matériaux constituants possèdent des caractéristiques de dilatation différente en fonction de la température (émaux par exemple). Des températures trop basses, peuvent fragiliser des matériaux plastiques qui deviennent en général vitreux et de plus en plus friables. Des températures trop élevées accélèrent la dégradation des matériaux instables (papiers acides, films de nitrate et d'acétate de cellulose, films en couleur). Pour l'archivage des films, on a souvent recours à un stockage à - 18° C. Il est devenu courant de faire la distinction entre un stockage de conservation et un stockage permettant un accès aux documents dans des conditions climatiques ambiantes pour la consultation. Théoriquement, chaque baisse de température de 10° C va doubler la durée de vie de ces matériaux. Il n'est cependant pas très économique de maintenir constamment des matériaux bien en dessous de la température ambiante. Dans le cas d'une panne du système de refroidissement, les dégâts dus à la condensation de la vapeur d'eau à la surface froide des matériaux peuvent également être préjudiciables. influence de l'humidité relativeDans le cas des matériaux organiques, constituants majoritaires des documents de bibliothèques ou d'archives, les niveaux et fluctuations de l'humidité relative ont beaucoup plus d'incidence sur la conservation des collections que les niveaux et les fluctuations de la température (proportion 95 % contre 5 %). Quels sont alors les niveaux et variations acceptables de l'humidité relative ? Il n'existe pas de normes en matière d'humidité relative, mais seulement des recommandations. La plupart des musées, archives et bibliothèques aux États-Unis et en Europe ont adopté le niveau de 50 % ± 5 % d'humidité relative. Des musées dans des pays à climat froid en hiver (Scandinavie et Canada) préconisent des niveaux de 40 % ± 5 %, car des valeurs plus élevées risquent de provoquer des phénomènes de condensation sur les surfaces froides des bâtiments (vitres, murs). En fait, ces valeurs ont été adoptées en se basant sur la faisabilité technique plus que sur la connaissance de l'impact de ces niveaux d'humidité sur la conservation des collections. Les conditions d'humidité contre-indiquées peuvent être classées en trois catégories : humidité relative trop élevée, trop basse, fluctuante. 1) humidité relative trop élevée L'humidité excessive (supérieure à 65 %) entraîne une prolifération de moisissures et une corrosion rapide des métaux. Le risque croît rapidement avec chaque hausse au-delà de ce seuil. Par exemple, à température ambiante, le temps de développement de moisissures sera de quelques semaines à 75 % d'humidité relative, alors qu'à 90 % d'humidité relative il sera de quelques jours. 2) humidité relative trop basse L'humidité joue un rôle important dans les processus d'altération chimique des matériaux. En théorie ces processus ne sont stoppés qu'à 0 % d'humidité relative. En revanche, une humidité relative trop basse entraîne la déshydratation des matériaux organiques et leur fragilisation. Une humidité relative excessivement basse peut favoriser l'apparition d'électricité statique, ce qui dégrade la qualité de la restitution des documents sonores et audiovisuels. 3) humidité relative fluctuante Les fluctuations d'humidité relative sont contre-indiquées pour la majorité des collections, car elles induisent des contraintes mécaniques plus ou moins fortes (dilatation, rétrécissement). Un cycle unique d'une variation brutale de l'humidité relative peut se traduire par des fissurations visibles sur des objets (ivoires par exemple). Certains objets qui ont subi une restauration récente sont particulièrement sensibles aux variations de l'humidité relative. Des cycles répétés de variations d'humidité relative se traduisent par une fatigue mécanique qui va fragiliser graduellement l'objet en question. Actuellement, les recommandations sont de plus en plus différenciées en fonction des types de matériaux organiques et minéraux et de la composition des objets homogène ou composite. Dans le cas d'une collection constituée, comme cela est le cas en général d'une multitude de matériaux, il faut soit trouver un compromis, soit isoler les documents les plus fragiles pour les entreposer dans des magasins à climatisation spéciale ou pour leur confectionner des "microclimats" (vitrines conditionnées, boîtes ou cadres contenant des substances "tampon" régulant l'humidité relative). En général, on constate que la consigne du niveau de l'humidité
relative Dans les régions tempérées, les niveaux optimaux de température et d'humidité relative pour des collections traditionnelles se situent autour de 18° C et 55 % d'humidité relative. Des fluctuations sont généralement admises dans la gamme comprise entre 16 et 21° C et 40 et 60 % d'humidité relative. En revanche, pour les collections de photographies, de microfilms, de supports mécaniques, magnétiques et optiques, on préconise des valeurs plus basses de température et d'humidité relative : pas plus de 16° C et 40 % d'humidité relative dans les magasins de stockage. la conservation dans des régions climatiques difficiles : le cas des bibliothèque des zones tropicalesLa conservation de collections patrimoniales dans les régions géographiques où les conditions climatiques sont éloignées des conditions générales d'une partie de l'hémisphère Nord est un problème difficile à résoudre, on l'imagine bien à la lecture des recommandations ci-dessus. Pour respecter les données idéales de température et d'humidité relative, il faudrait imposer une climatisation performante qui serait elle-même à la source de deux problèmes aux conséquences non négligeables : les coûts de fonctionnement et de maintenance, et les risques de chocs thermiques. Plus la température et l'humidité relative extérieures s'éloignent des conditions idéales, plus il est difficile de maintenir à l'intérieur une température et une humidité relatives proches des recommandations. Pour y parvenir, il faut dépenser beaucoup d'énergie, dont il résulte un coût élevé de fonctionnement ; ce qui suppose également une installation particulièrement efficace et à l'abri des pannes éventuelles, ce qui impose une maintenance régulière et coûteuse. Par ailleurs, et pour des raisons de confort, la différence de température entre l'extérieur et l'intérieur ne peut être trop grande (au-delà de 10° C la différence est ressentie comme perturbante par l'organisme humain) : en adoptant des conditions de conservation "idéales", soit on contraint les documents à subir des chocs thermiques importants lors du passage des magasins aux salles de lecture (avec un redoutable phénomène de condensation sur les surfaces froides comme les films et les bandes magnétiques), soit on contraint les usagers à subir eux-mêmes des chocs thermiques en les obligeant à supporter des différences importantes de température lors de leur entrée dans la bibliothèque ou dans les salles de consultation, ce qui n'est guère admissible. Les solutions recommandées sont de deux ordres : solution techniquement performante avec recours à la climatisation quasi généralisée dans des bâtiments qui doivent être impérativement adaptés pour éviter toute déperdition d'énergie, avec les conséquences financières qui ont été soulignées ; solution de compromis par le recours à des méthodes qui utilisent le plus possible les qualités de certains matériaux (briques, terre, etc., en usage dans de nombreux pays de la zone tropicale par exemple), utilisation de techniques architecturales qui permettent une circulation permanente et un renouvellement constant de l'air dans les zones de stockage pour éviter la stagnation propice au développement de moisissures, utilisation de zones de mise à température et à humidité progressives (sas de conditionnement). Les collections ne "bénéficient" certes pas des conditions idéales comme en métropole mais elles ne sont pas soumises aux variations brutales d'humidité et de température qui constituent un des risques majeurs de dégradation des matériaux. En complément, on instaurera une politique rigoureuse de surveillance des locaux : surveillance des variations climatiques (avec des thermohygromètres enregistreurs), surveillance des développements de moisissures et prolifération d'insectes. On recommandera enfin de considérer avec soin la fin recherchée et les moyens dont on peut disposer afin de trouver la solution la plus acceptable à défaut d'être la plus satisfaisante pour la conservation des collections ; dans cette démarche, on procédera de manière prudente, en évitant de généraliser hâtivement et en tenant compte de tous les facteurs qui font de chaque cas un cas particulier. |