Bretagne d'or et d'argent

Les grands trésors

Certains lieux de pèlerinage anciens, comme Saint-Jean-du-Doigt en Trégor, ont préservé une grande partie de leur trésor d'orfèvrerie. Dans le Léon, dispersées dans les multiples paroisses, les pièces conservées reflètent, à l'image des enclos qui les contiennent, la fierté d'une paysannerie rendue prospère par la fabrication toilière, entre le xve et le xviie siècle. Plus à l'écart, la Cornouaille a su veiller à son intégrité et les pièces prestigieuses comme le calice de Saint-Tugen à Primelin n'y sont pas rares. Dans le Vannetais enfin, l'ancienne présence ducale est encore sensible à travers des oeuvres médiévales fortes comme celles conservées dans le trésor de l'abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys.

Jambe-reliquaire, première moitié xve siècle

Ame de chêne, feuilles d'argent cloutées, dorure, cristal de roche ; décor estampé, repercé.
H. 39,5 cm ; cl. M.H. 1908.
Saint-Gildas-de-Rhuys (Morbihan).

La face antérieure de cette jambe s'ouvre à l'aide d'une plaque d'argent doré maintenue par six charnières à goupilles. Son décor, conçu comme deux fenestrages gothiques superposés, est finement ajouré dans deux feuilles de métal plaquées l'une sur l'autre et repercées différemment selon la technique de l'orbe-voie. Le décor rayonnant dans lequel apparaissent, discrètement, quelques formes du flamboyant, permet de situer cette oeuvre dans la première moitié du xve siècle.

Calice, deuxième quart xvie siècle (vers 1540)

Argent repoussé et doré, fondu ; décor ciselé, repercé, gravé, nielle, émail translucide (patène).
H. 34,5 cm ; cl. M.H. 1893.
Saint-Jean-du-Doigt (Finistère).

Oeuvre majeure de l'orfèvrerie Renaissance française, ce calice est attribuable par le poinçon porté sur la patène qui l'accompagne, à l'orfèvre morlaisien Guillaume Floch. Tout dans cet objet est exceptionnel : sa taille, son pied au dessus fortement renflé, ses collerettes ajourées, son noeud architecturé au décor refouillé et sa fausse-coupe fondue et repercée d'une exécution très habile. L'ensemble de son décor, véritable manifeste Renaissance à base de grotesques et de putti, incorpore de multiples dauphins qui peuvent constituer une allusion à un commanditaire de sang royal (François Ier ou Henri II ?), faisant référence à la dévotion marquée de sa parente ou de son aïeule, Anne de Bretagne, à Saint-Jean-du-Doigt.

Croix-reliquaire, fin xve - début xvie siècle

Argent repoussé, en partie fondu ; décor ciselé, repercé, fondu et gravé.
H. 32,5 cm.
Plouénan (Finistère).

Cette exceptionnelle croix-reliquaire fixée sur un lanternon que porte un triple emmarchement, présente toutes les caractéristiques du gothique finissant. Son socle hexagonal aux niveaux posés en alternance, les feuillages repoussés, en partie dorés, qui s'enroulent sur le fût, illustrent le goût de la fin du xve siècle pour les formes complexes, associant les prismes imbriqués et l'ornement végétal traité au naturel.

Calice, vers 1620

Argent repoussé et doré ; décor ciselé, fondu.
H. 29,5 cm ; cl. M.H. 1947.
Primelin (Finistère).

La composition de ce calice à large pied à ressaut, et un noeud architecturé, à deux étages, très inspirée du célèbre exemple de Saint-Jean-du-Doigt, atteste, en 1620 du succès encore vif des modèles Renaissance dans les oeuvres riches. Sur cette forme connue depuis plus d'un demi-siècle et comportant encore quelques réminiscences gothiques comme les lobes en accolades du pied, le décor bellifontain à base de draperies, de rosaces feuillagées et de chutes de fruits est relativement nouveau. On y reconnaît la maîtrise de ciselure de l'orfèvre morlaisien François Lapous dont la coupe porte le poinçon.


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Date de création : 1994-11-08

M. B.