
| Les temples de "millions d'années" édifiés
au Nouvel Empire ont un point commun qui permet de les définir.
Construits pour rendre hommage à Pharaon et concrétiser
son union avec le divin, ils sont, avant tout, destinés
au culte royal et à l'exaltation du pouvoir monarchique.
On a longtemps dit que ce culte était célébré à titre posthume et que ces monuments, ceux de la rive occidentale de Thèbes en particulier, étaient des "temples funéraires". En fait, si le culte funéraire prenait effet à la mort physique du roi, il est établi que, de son vivant, le temple de "millions d'années" fonctionnait déjà pour glorifier les actions du souverain constructeur tout autant que celles de son géniteur divin. |
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Un autre facteur important doit être considéré. On a, en effet, trop souvent voulu limiter leur aire géographique d'implantation à Thèbes-Ouest, ce qui pouvait, naturellement, renforcer l'hypothèse que leur destination était exclusivement "funéraire". Or, de tels mémoriaux existent également sur la rive orientale (dans l'enceinte même du grand temple d'Amon de Karnak), en Abydos (temples de Séthi Ier et de Ramsès II), dans le Delta (temples de Ramsès II et de Taousert à Qantir), et même en Nubie ou au Soudan (temples d'Amada et de Soleb). Alors que les temples divins traduisent un microcosme de la création originelle, les châteaux de "millions d'années" semblent, en revanche, tout en perpétuant ce concept initial, insister sur un autre aspect fondamental : mettre à l'honneur la fonction royale, laquelle y est sinon exaltée du moins glorifiée. |
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Si on a pu reconnaître déjà que, dans ces complexes religieux, se régénéraient ou se revitalisaient le pouvoir royal et le caractère divin du pharaon, l'étude comme l'analyse de l'architecture, des reliefs et de la statuaire, viennent aujourd'hui compléter et même développer cette interprétation. Image figée du paysage traditionnel des premiers instants de l'Univers, le temple et notamment les éléments de son architecture aident à comprendre ce message. Par exemple, la grande salle hypostyle du Ramesseum, par son ensemble de colonnes végétales, constitue, dans ce contexte sacré, l'une des étapes de la création initiale. |
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Dans la seconde cour, les piliers "osiriaques" représentant Ramsès en gaine momiforme, illustrent une autre séquence aussi importante. Incarnant la promesse du renouvellement perpétuel de l'existence, ces évocations particulières du souverain dans sa chrysalide, comparables à celle de l'embryon humain à peine dégagé de l'enveloppe placentaire, évoquent le cycle de la vie à son début : c'est Osiris qui se renouvelle sous l'apparence de son fils, Horus. |
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Dans la première cour du temple, se place l'apothéose de la revitalisation progressive du roi. Sa puissance retrouvée, Pharaon peut dorénavant apparaître, tel le dieu Rê, comme le garant de l'ordre cosmique rétabli. Dépouillés du suaire osirien, les colosses, qui jadis le représentaient en costume d'apparat, venaient matérialiser cette nouvelle vie active. Si l'architecture, par son programme, permet ainsi de décrypter peu à peu cette vision du monde telle que l'avait conçue l'idéologie royale, le décor qui prend place sur les pylônes et les parois y contribue lui-même d'une manière magistrale. Les thèmes iconographiques qui constituent le support décoratif de ces temples - et du Ramesseum en particulier - ne se limitent pas à glorifier les actions historiques de Ramsès II et à magnifier l'institution monarchique. Les scènes qui en recouvrent les parois en disent long sur la double lecture qu'il convient de faire de l'"imagerie" pharaonique. Tableaux politiques, séquences militaires, actes liturgiques ou cultuels, tableaux familiaux, assoient assurément l'autorité du roi et, d'une façon plus générale encore, celle de la royauté. Ils témoignent également de la gloire d'un pharaon qui a su guider son peuple, qui a su juguler les invasions étrangères, qui a honoré le monde divin par le service du culte, et enfin qui a assuré, par son action procréatrice, la continuité de la vie. Mais, ce que l'on ne doit pas perdre de vue, c'est que tous ces thèmes donnent avant tout la plus belle illustration de l'intime symbiose qui existe entre le roi et la Maât. |
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A l'instar des temples divins consacrés au dieu, les temples de "millions d'années" fonctionnent donc pour assurer un culte au roi. Confirmé désormais dans son pouvoir non seulement royal mais aussi divin, Pharaon apparaît déjà sur terre, tel un dieu, à qui, par l'intermédiaire de ses statues ou hypostases, on peut assurer un office quotidien, à l'égal de celui de son géniteur céleste. |