LE MAGENTA

La frégate cuirassée Magenta fut construite de 1859 à 1861 à Brest sur les plans de Dupuy de Lôme. Le 31 octobre 1875, navire amiral de la flotte de Méditerranée, le bâtiment brûle puis explose dans le port de Toulon. Il avait embarqué à Tunis le produit des fouilles effectuées à Carthage par Pricot de Sainte-Marie, interprète du consulat de France à Tunis, pour le compte de l'Institut : plus de 2000 stèles puniques du IIe siècle avant J.C., provenant du Tophet, la nécropole punique de Carthage et une statue en marbre de l'impératrice Sabine.
En avril 1994, l'épave est localisée à l'aide d'un magnétomètre par 15 mètres de profondeur dans le port militaire. Un premier sondage permet de mettre au jour deux fragments de stèles.



En avril/mai 1995 une fouille est entreprise avec le parrainage de l'Institut, l'aide matérielle de la Marine nationale, le mécénat de l'Association Louis Roederer. La tête de la statue de l'impératrice Sabine épouse de l'empereur Hadrien qui régna de 117 à 138 après J.C. est mise au jour le 9 mai.

En mai-juin 1997, une seconde campagne de fouille a permis de mettre au jour une soixantaine de fragments de stèles puniques et trois nouveaux fragments de la statue de l'impératrice Sabine.

Ces stèles trouvées de 1874 à 1875 se trouvaient prises en remploi dans les murs de constructions romaines. Elles avaient été arrachées de la couche supérieure du Tophet de Carthage où était pratiqué le sacrifice melk.

Chaque stèle commémore un sacrifice offert à Tanit Péné (épouse de) Baal et à Baal Hammon. À l'origine, il s'agissait du sacrifice d'un enfant et à basse époque d'un mouton ou d'un bélier offert en substitution.

En septembre 1998, une troisième campagne de fouille a eu lieu avec le soutien du Conseil régional de Provence-Alpes Côte d'Azur, du Conseil général du Var et de la Fondation Singer Polignac et de l'aide matérielle de la Marine et de la Direction des constructions navales de Toulon. La fouille a dégagé l'emplanture du mât de misaine, près duquel étaient entreposés les antiquités, et a permis de mettre au jour 77 stèles ou fragments de stèles dont quarante porte des inscriptions et/ou des éléments de décor, et trois nouveaux fragments de la statue de l'impératrice Sabine.

Le seul décor d'une de ces stèles représente un visage barbu sculpté en très bas relief qui, selon le professeur Serge Lancel, chargé de l'étude des antiquités puniques, pourrait être une des rares représentations du dieu Baal Hamon.

Fouille dirigée par Max Guérout (Groupe de Recherche en Archéologie Navale).

Photos :
Musée de la Marine (n°1)
Louis Roederer/Guy Martin/GRAN (n°2 )
Guy Martin/GRAN (n° 3)