L'ARCHÉOLOGIE NAVALE

L'Antiquité et notamment la période romaine allant des derniers siècles de la République à la fin de l'Empire, reste la période la plus étudiée en raison essentiellement de la fréquence des découvertes. Ces recherches qui s'inscrivent aujourd'hui dans une problématique bien définie, permettent d'affiner notre connaissance des navires de commerce romains et en particulier de l'évolution des techniques de construction vers la fin de l'Antiquité. Cependant les études portent essentiellement sur des fonds de carène, les parties hautes étant rarement conservées (une exception majeure, l'épave de Laurons 2) et exclusivement sur des navires de commerce.


L'arche de Noé
Abbaye de Saint-Savin

Dessin de l'épave de la Lomellina

En revanche, les navires de la haute Antiquité, du haut Moyen Âge ou du Moyen Âge restent toujours aussi mal connus (quelques rares découvertes). La situation est au contraire plus favorable pour les recherches intéressant la Renaissance qui, après un long silence, ont donné lieu à trois opérations dont deux d'un intérêt exceptionnel (épave de La Lomellina dans la rade Villefranche-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes).

Les recherches s'orientent vers les secteurs les moins favorisés. Du point de vue chronologique, on retient comme prioritaire l'étude des navires de la haute Antiquité, du haut Moyen Âge et du Moyen Âge, et pour la période moderne, des XVIe et XVIIe siècles. Des initiatives sont prises (recherches sur les épaves du Xe siècle Batéguier à Cannes et Agay dans le Var) pour permettre que soit reconnue une période qui comprend pourtant près d'un millier d'années d'histoire maritime. En revanche, pour les XVIIIe et XIXe siècles, seule l'étude des navires de commerce, pour lesquels on possède très peu de documentation est privilégiée. Pour les autres périodes, et notamment l'époque romaine, on favorise d'une part les recherches portant sur les navires de transport ou de type particulier (transport de matériaux, dolia...) en vue d'étudier les caractéristiques de forme, de structure ou d'aménagement répondant à leur fonction, et d'autre part les recherches portant sur les épaves présentant des ensembles homogènes et notamment des vestiges de leurs superstructures et de leurs équipements.


L'étude de la coque de l'épave
de la Madrague de Giens a permis le rapprochement
avec le bateau de cette mosaïque de Tunisie

Dans tous les cas, les études prennent en compte la totalité des données archéologiques. Les fouilles de navires ne se limitent pas à de simple relevés de forme et des structures apparentes mais donnent lieu à une recherche structurale minutieuse et à une étude des principes et méthodes de construction. Elles prennent en considération toutes les données sur la cargaison, et notamment sa distribution, le matériel, les équipements et les aménagements de bord.

Par ailleurs, en ce qui concerne surtout l'Antiquité et dans une moindre mesure le Moyen Âge, l'une des difficultés majeures concerne l'origine et la date de construction des navires. C'est pourquoi, en 1991 a commencé une opération de prélèvement dans le cadre d'une recherche sur la "dendrochronologie des épaves de Méditerranée" visant à établir une table de référence chronologique des bois méditerranéens. Parallèlement est menée une étude dendromorphologique essentielle pour comprendre les modes d'utilisation des bois dans l'architecture navale antique et sur le plan du paléoenvironnement. De même, il convient de souligner l'importance du problème de conservation des épaves. Un effort prioritaire, assorti des moyens correspondants est fait pour sauvegarder et présenter les vestiges d'intérêt exceptionnel. Le rôle joué par le laboratoire Archéolyse International est particulièrement fondamental.

Enfin, deux directions de recherche sont fortement encouragées. D'une part, les études de charpenterie de marine qui se révèlent extrêmement prometteuses et d'autre part, les études d'archéologie expérimentale (des maquettes d'étude aux répliques) qui seules permettent d'appréhender les mécanismes réels de fonctionnement du navire et de ses équipements.

Photos : Sous-direction de l'Inventaire et P. Pomey (CNRS/CCJ)
Dessin : Noël Blotti, avec l'aimable autorisation de la revue Géo.