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Des contributions reçues en réponse au Livre Blanc,
des entretiens et des travaux du groupe de travail, il ressort que la
numérisation de la diffusion terrestre de la télévision
est regardée comme une évolution inéluctable,
mais aussi porteuse de progrès (1), notamment en rendant
possible un élargissement de l'offre de programmes pour le plus
grand nombre de téléspectateurs (2). Il appartient aux
pouvoirs publics d'adapter en conséquence le cadre juridique
existant, tant pour les règles d'attribution des ressources de
diffusion (3) que pour ses autres dispo-sitions (4), et de proposer un
environnement technique et économique adéquat pour le
lancement de la télévision numérique de terre
(5).
1. La numérisation de la
diffusion terrestre de la télévision : le contexte
d'ensemble
Le moment est venu pour notre pays de s'engager dans la numérisation
de la diffusion terrestre de la télévision. Qu'on ne se
méprenne pas sur la portée de cette orientation. Le numérique
ne va pas révolutionner à court terme le paysage
audiovisuel, ne serait-ce que parce que cette numérisation
s'effectuera sur plus d'une décennie. Mais pour les 80 % de téléspectateurs
qui continuent de recevoir les chaînes hertziennes analogiques
par l'intermédiaire de l'antenne " râteau ", il
peut apporter un changement pro-fond du paysage audiovisuel. Ainsi,
tout un ensemble de raisons, qui dépassent les seules considérations
technologiques, milite pour que l'on ne sursoie plus à la décision.
1.1. La diffusion analogique terrestre de la télévision
est, à terme, condamnée
La numérisation concerne aujourd'hui l'ensemble des moyens de
communication, quels qu'en soient les supports et les services. La
diffusion audiovisuelle a déjà bénéficié
des progrès technologiques apportés par la numérisation
sur le satellite et le câble, notamment en termes de
multiplication des programmes et d'amélioration de la qualité
de réception. Ces bénéfices, ainsi que la forte
consommation de ressources radioélectriques qu'implique
aujourd'hui la diffusion hertzienne terrestre analogique, avec les
contraintes technologiques et économi-ques qui en résultent,
poussent inéluctablement à la numérisation, dans
laquelle s'engagent, pour les mêmes raisons, nos voisins européens
ainsi que les autres pays industrialisés.
1.2. La numérisation de la diffusion terrestre de la télévision
est porteuse de nouveaux progrès
Les progrès générés par la diffusion
numérique intéressent à la fois les télé-spectateurs,
les opérateurs audiovisuels et, au-delà, l'ensemble de
la collectivité.
Pour les téléspectateurs, la numérisation
de la diffusion terrestre permettra d'apporter à tous ceux qui
ne sont ou ne seront pas raccordés au câble et au
satellite, donc à la majorité d'entre eux, une offre
élargie de programmes et de services de qualité,
accessibles facilement, en principe, sans modification des antennes de
réception, à la seule condition de s'équiper en récepteurs
ou décodeurs per-mettant la réception de signaux numériques.
Encore faut-il prendre une juste mesure du processus qui serait
ainsi engagé. Le numérique de terre, en permettant de
diffuser un peu plus d'une trentaine de programmes (contre six en
analogique) ne saurait rivaliser, quant au nombre de programmes, avec
l'offre numérique du câble ou du satellite. Toutefois,
l'offre du numérique de terre pourra comporter des programmes
et services nationaux, tant généralistes que thématiques,
mais aussi des programmes régionaux et locaux, pour la
diffusion desquels la télévision numérique de
terre est particulièrement adaptée, ainsi que certains
des services nouveaux de la société de l'information
(consultation de services interactifs, diffusion de données,
voire courrier électronique). La numérisation devrait en
outre apporter au téléspectateur une meilleure qualité
de l'image (par une diffusion progressive des programmes en 16/9) et
du son.
Dans certaines configurations, une réception en mode
portable, c'est-à-dire sans nécessité d'être
raccordé par un fil à une antenne extérieure et,
plus tard, mobile, c'est-à-dire en déplacement pourrait être
rendue possible par la diffusion numérique.
On mesure l'importance que peut représenter, pour la diversité
et la qualité de l'offre de programmes, un tel élargissement
des marges de choix offertes aux téléspectateurs. La
télévision numérique terrestre apparaît
ainsi comme faisant partie intégrante d'une politique globale
d'accès du plus grand nombre à la société
de l'information.
Pour les entreprises de l'audiovisuel, la numérisation
devrait entraîner, surtout après la fin de la diffusion
analogique, une forte réduction des coûts de la
diffusion (dans un rapport d'au moins un à six). De même,
pour les industriels de l'électronique grand public, le
lancement de la télévision numérique terrestre
peut offrir de nouveaux marchés pour la production d'équipements
de réception des signaux numériques (téléviseurs
numériques ou décodeurs externes s'adaptant aux téléviseurs
actuels) : il s'agit là d'enjeux de première importance
pour notre filière électronique, notamment en vue de la
conquête des marchés étrangers. Quant aux
producteurs de programmes audiovisuels et cinématographiques,
ils devraient, à certaines conditions, trouver dans la
multiplication de l'offre de programmes de nouvelles perspectives de développement,
propres à favoriser la préservation de notre identité
culturelle. La diffusion terrestre est et demeurera le principal
instrument, et le plus efficace, d'une politique de soutien à
la production audiovisuelle.
Pour l'ensemble de la collectivité, enfin, le passage
au numérique rend possible une gestion plus économe
du spectre de fréquences et permettra, après l'arrêt
de la diffusion analogique, l'utilisation des fréquences
disponibles pour de nouveaux usages, soit dans le domaine de
l'audiovisuel, soit dans celui des télécommunications.
1.3. La télévision numérique de terre
s'inscrit en complément plutôt qu'en concurrence du câble
et du satellite
Le développement de la télévision numérique
de terre intervient d'abord dans une période où les
principaux acteurs de l'audiovisuel français doivent encore
confirmer le succès de leur diversification numérique
sur le satellite. Même si le nombre d'abonnés cumulés
de TPS et de CanalSatellite atteint déjà 2,3 millions au
bout de trois ans de commercialisation, les lourds investissements
effectués par l'ensemble des opérateurs pour le développement
de nouveaux programmes, pour leur promotion ou pour leur diffusion,
sont encore loin d'être amortis.
Pour répondre au développement des bouquets numériques
sur le satellite, les principaux câblo-opérateurs ont, de
leur côté, entamé le même mouvement de numérisation
en consentant, eux aussi, à de lourds investissements.
Dans un tel contexte, l'arrivée d'une offre numérique
supplémentaire représente, si on n'y prend garde, un
risque potentiel de déstabilisation des économies et des
marchés du satellite et du câble. Entre ces différents
vecteurs de diffusion, une certaine complémentarité est
donc nécessaire : elle comporte d'ailleurs de nombreux
aspects.
Ainsi, une offre terrestre hertzienne majoritairement en clair,
gratuite et facile d'accès grâce à la compatibilité
avec les antennes existantes pourrait compléter avantageusement
les offres actuelles du satellite et du câble, dont le prix
moyen d'accès reste de l'ordre de 150 FF d'abonnement par mois,
hors investissement pour la parabole ou la prise de raccordement.
En termes de couverture, le satellite et le câble ne sont pas
disponibles partout, soit parce que les réseaux n'ont pas été
développés et ne pourront pas l'être à
moyenne échéance pour des raisons de coûts, soit
parce que l'habitation du téléspectateur, dans une zone
non câblée ne dispose pas de la bonne orientation pour le
satellite et que, pour les immeubles collectifs, la remise à
niveau de l'installation collective n'est pas envisageable pour des
raisons techniques ou financières. La télévision
numérique de terre constitue un moyen approprié de
diffusion pour ces foyers.
En sens inverse, contrairement à la situation actuelle des réseaux
terrestres où les grandes chaînes nationales comme TF1,
France 2, France 3 ont des couvertures qui atteignent quasiment 100 %
de la population, il peut être envisagé en numérique
de limiter cette couverture aux émetteurs les plus efficaces
(population maximale dans la zone couverte) et utiliser la complémentarité
du satellite et du câble dans les zones non couvertes par ces émetteurs.
Il serait indispensable que l'offre disponible sur le terrestre soit également
accessible sur le satellite et le câble, en particulier celle
constituée des chaînes en clair.
Pour les zones de couverture où la portabilité est
possible, le hertzien terrestre numérique peut s'affranchir de
tout raccordement à une antenne extérieure individuelle
ou collective, et en conséquence, apporter une solution dans
les habitats collectifs dont les installations nécessiteraient
de coûteuses remises à niveau pour pouvoir assurer la réception
des offres de bouquets numériques.
Enfin, les investissements dans les programmes déjà
consentis par les éditeurs pour le satellite et le câble
pourraient être également valorisés par une
diffusion complémentaire en mode terrestre. On peut rappeler
qu'en quelques années les acteurs nationaux ont développé
pour le marché national une centaine de nouvelles chaînes,
le plus souvent thématiques, pouvant ainsi mieux cibler
l'attente des téléspectateurs.
1.4. La numérisation de la diffusion terrestre de la télévision
comporte toutefois des éléments d'incertitudes
Le succès de la télévision numérique de
terre se mesurera à l'équipement des foyers en récepteurs
numériques, et à la disparition des équipements
analogiques correspondants. Il est difficile d'envisager une durée
inférieure à 10 ou 15 ans pour cette migration des équipements
de réception, qui doit être complète - ou presque
- pour permettre l'arrêt de la diffusion analogique. La création
d'une offre attractive de nouveaux programmes gratuits ou payants accélérera,
bien évidemment, le renouvellement des équipements.
Cet équipement des foyers en matériels de réception
numérique suppose, en premier lieu, que des récepteurs
intégrés soient disponibles à un prix peu différent
de celui des équipements analogiques, y compris pour les matériels
dits d'entrée de gamme, ce qui prendra encore un peu de
temps. Il faut aussi rappeler que la normalisation des terminaux de réception
n'est pas achevée en matière de services interactifs. En
outre, les récepteurs devraient bénéficier dans
les prochaines années de nouvelles évolutions
techniques, en particulier dans le domaine des écrans (écrans
plats par exemple).
En second lieu, des incertitudes subsistent sur l'attractivité
des nouveaux programmes. L'économie des programmes en clair,
(en dehors des programmes de service public bénéficiant
de la redevance), reposera sur leur capacité à attirer
des annonceurs. Plusieurs éléments semblent indiquer
que le marché de la publicité télévisée
dispose encore d'une certaine élasticité. L'expérience
malheureuse de La Cinq a malgré tout montré que le marché
publicitaire français était extensible. Diverses études
indiquent que des ressources publicitaires de l'ordre de 4 milliards
pourraient être dégagées, en raison d'une demande
d'espaces publicitaires qui excède l'offre disponible. La
multiplication des chaînes, et donc des espaces publicitaires,
devrait favoriser la baisse des prix d'accès à la
publicité télévisée et attirer par conséquent
de nouveaux annonceurs. Actuellement, dix grands annonceurs se
partagent 40 % des dépenses publicitaires télévisées.
De nouvelles formes de publicité peuvent apparaître ou être
développées, telles que le parrainage, l'auto-promotion,
le téléachat, mais aussi la publicité
interactive. Enfin, si les pouvoirs publics le décident, l'accès
à la publicité télévisée de
certains secteurs économiques (grande distribution, livres, cinéma,
etc.) pourrait, le moment venu, être autorisé au profit
des chaînes locales. En revanche, cette ouverture pourrait ne
pas être sans conséquence sur l'économie d'autres
médias, comme la radio et la presse écrite, ou le hors média.
Toutefois, le problème essentiel auquel seront confrontées
les nouvelles chaînes en clair sera celui de bénéficier
aussi rapidement que possible d'une audience suffisamment importante
pour attirer les annonceurs, cette audience étant liée
à l'équipement des foyers en terminaux de réception
numérique (décodeurs ou téléviseurs). Les
opérateurs, tant actuels que les nouveaux entrants, devront se
préparer à un retour sur leurs investissements qui dépendra
du rythme d'équipement des foyers en récepteurs numériques.
Il est vraisemblable, dès lors, que l'état du marché
ne permettra pas de ne proposer, sur l'ensemble des capacités
disponibles, que des programmes en clair financés par la
publicité et la redevance. En conséquence, la télévision
numérique de terre doit pouvoir proposer, en complément
de l'offre en clair, des programmes et des services à péage,
pour les foyers qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas s'abonner aux
offres plus complètes proposées par le câble et le
satellite, en veillant toutefois à ne pas déstabiliser
l'économie de chacun des supports câble, satellite et
terrestre. Participent à l'attractivité de ces
programmes, non seulement la nature des contenus, mais également
leur qualité, leur prix et les modalités de leur
distribution.
Enfin, le succès des services interactifs, dont les caractéristiques
techniques ne sont pas encore totalement arrêtées, fait
l'objet d'estimations contradictoires de la part des professionnels.
C'est pourquoi le lancement de ces nouveaux programmes et services
représentera pour les futurs opérateurs des paris
commerciaux, y compris pour ceux qui éditent des services
existants actuellement sur le câble et le satellite, les
recettes publicitaires ou d'abonnement supplémentaires devant
couvrir l'accroissement des dépenses, notamment celles liées
à la diffusion ou aux coûts d'acquisition des programmes
pour des audiences élargies.
En troisième lieu, il convient de rappeler que les travaux de
planification des fréquences ne seront pas achevés avant
une période de un à trois ans, et donc que des
incertitudes subsistent sur l'exacte couverture des réseaux de
diffusion qui seront définis.
En dernier lieu, sur une période de migration aussi
longue, bien des évolutions techniques peuvent intervenir,
entraînant des conséquences importantes sur la nature et
l'économie des services de la télévision. La
numérisation concernera, non seulement les récepteurs,
mais également les magnétoscopes, générateurs
de nouveaux modes de consommation de la télévision,
l'ergonomie d'enregistrement des émissions devenant encore plus
aisée. L'accès à l'Internet sur le récepteur
de télévision pourrait également se généraliser,
ce qui permettra aux éditeurs d'établir des synergies
entre leurs programmes de télévision et leurs sites
internet. Des programmes audiovisuels sonores, d'images animées
et multimédia pourraient sans doute, aussi, être distribués
sur les réseaux téléphoniques mobiles de troisième
génération (UMTS), il est vrai à des coûts
relativement élevés pour les abonnés, ou sur les
lignes téléphoniques classiques (ADSL). La diffusion des
programmes de télévision sur les réseaux internet
devrait parallèlement se développer au fur et à
mesure de l'accroissement des débits disponibles.
En conséquence, il n'est pas possible, ni même
souhaitable, de déterminer aujourd'hui toutes les conditions précises
de la migration vers le numérique, compte tenu des évolutions
techniques et économiques susceptibles d'intervenir sur une période
de dix à quinze ans.
Les pouvoirs publics doivent donc offrir à ce nouveau
mode de diffusion un cadre juridique minimal suffisamment souple pour
lui donner toutes ses chances de développement. Le Conseil
Supérieur de l'Audiovisuel devra disposer du pouvoir de définir
les modalités des appels aux candidatures des réalités
économiques et techniques, dans le respect des objectifs que
lui assignera le législateur. Compte tenu de la durée nécessaire
pour permettre à ces nouveaux programmes et services, surtout
ceux financés par la publicité, de trouver leur équilibre
financier, le cadre législatif et réglementaire devra
permettre une montée en charge des obligations pesant sur les éditeurs
en fonction de leurs résultats. Des ajustements à la
loi audiovisuelle ne sont en outre pas à exclure à
mi-parcours de la migration, pour prendre en compte les évolutions
intervenues.
2. Les perspectives de l'offre de programmes de
la télévision numérique de terre
La consultation lancée à travers le Livre blanc n'a
donné, on l'a vu, que des indications encore générales
sur la nature des services et programmes qui pourraient être
proposés sur le numérique terrestre. Plusieurs
orientations semblent toutefois se dessiner :
- la diffusion simultanée en numérique des chaînes
hertziennes existantes est admise et souhaitée par la
quasi-totalité des acteurs ;
- les chaînes existantes, tant publiques que privées,
souhaitent profiter du numérique pour renforcer leurs
positions sur le marché. Elles proposent, en conséquence,
d'enrichir leur offre actuelle par l'introduction de services associés
aux programmes actuels, sous la forme, selon les cas, de déclinaisons
du programme principal, de chaînes nouvelles en clair ou de
chaînes thématiques, parfois en clair mais surtout à
péage, qu'elles ont déjà développées
pour le satellite et le câble ;
- s'agissant des programmes que pourraient proposer des éditeurs
autres que ceux qui sont déjà présents sur
l'analogique terrestre, les prévisions sont certes
difficiles. Ces éditeurs, qui souhaitent être présents
sur le numérique de terre avec des programmes généralistes
et/ou thématiques, seront, de l'avis général,
relativement peu nombreux, compte tenu de la polarisation du paysage
audiovisuel français autour d'un petit nombre de groupes ;
- le marché de la télévision d'expression régionale
et locale reste à développer. De nombreux candidats
postulent en ce sens, mais demandent souvent, au préalable,
des fréquences analogiques ;
- les programmes cryptés payants pourraient être
proposés et commercialisés par des opérateurs déjà
impliqués dans la télévision à péage.
Deux d'entre eux se sont d'ailleurs déjà déclarés
candidats. Mais plusieurs éditeurs semblent prêts, par
ailleurs, à proposer de tels programmes.
C'est dans ce contexte que l'on peut tenter d'aller un peu plus
avant dans la définition des programmes et services
susceptibles de créer les conditions d'un départ
prometteur pour le numérique de terre.
2.1. La diffusion en numérique des chaînes
analogiques existantes
La diffusion intégrale et simultanée en numérique
des chaînes actuellement diffusées en terrestre - ce
qu'on appelle le "simulcast" - apparaît indispensable
pour permettre aux téléspectateurs ayant acquis des équipements
de réception numérique d'avoir accès à
leurs programmes actuels avec les avantages liés à la
diffusion numérique. Ce point fait l'objet d'un large
consensus, comme l'ont montré les réponses à la
consultation publique.
Dans l'optique de l'abandon à terme de la diffusion
analogique, il importe en effet d'inciter les téléspectateurs
à acquérir les équipements adéquats. Or,
cette double diffusion, qui constitue, il est vrai, une charge pour
les éditeurs de chaînes, n'est pas sans avantages tant
pour les éditeurs, qui peuvent ainsi occuper un canal numérique,
que pour les téléspectateurs, à qui elle peut
apporter, au-delà de la simple reproduction des programmes
analogiques, une amélioration de la qualité de l'image
(notamment le format large 16/9) et du son (digital stéréo
au minimum), mais aussi l'adjonction aux programmes de services associés
comme le guide des programmes, des informations complémentaires
- en temps réel ou différé -, sur ces programmes
disponibles, le choix entre la version française et la version
originale d'une uvre cinématographique, ainsi que la
possibilité de sous-titrages pour les malentendants.
Deux approches sont concevables pour mettre en place le simulcast.
a)Un simple droit d'accès aux ressources de diffusion
pourrait, en théorie, être envisagé au bénéfice
des chaînes de simulcast. Celles-ci ont d'ores et déjà
indiqué qu'elles entendaient exercer ce droit, à
l'exception des candidats aux chaînes locales analogiques qui
souhaitent disposer d'un délai. Dans cette perspective, la loi
pourrait accorder aux chaînes analogiques, en clair ou en crypté,
un droit, sans appel à candidature, à une diffusion numérique
de leur programme diffusé en mode analogique.
b)Mais s'agissant du droit de tous les téléspectateurs
à accéder à ces chaînes, dans la continuité
du service offert par l'analogique, il serait préférable
d'éliminer toute ambiguïté et d'imposer aux chaînes
analogiques actuelles, en clair ou en crypté, l'obligation de
la diffusion numérique, sans abandon tant qu'elle existe de la
diffusion analogique. Cette obligation s'imposerait également
aux nouvelles chaînes analogiques autorisées en
terrestre.
Dans les deux hypothèses, les chaînes de simulcast
devront logiquement bénéficier de la meilleure
couverture de diffusion, ce qui les conduit à être présentes
sur l'un des quatre multiplexes couvrant 80 % de la population.
Le CSA, pour sa part, a suggéré d'attribuer à
ces éditeurs, en priorité, un deuxième canal pour
la rediffusion à horaires réaménagés, des
programmes de la chaîne de base.
2.2. L'importance des programmes en clair
Un large consensus existe sur le rôle essentiel des
programmes en clair dans la migration vers le numérique. Même
si, comme cela a été le cas en Grande-Bretagne, avec le
préfinancement des décodeurs -, l'offre payante pourrait
participer activement à l'équipement des foyers durant
les premières années, seuls des programmes
disponibles gratuitement sont susceptibles de rassembler à
terme une part substantielle de l'ensemble des téléspectateurs.
Parmi les programmes en clair pouvant ainsi trouver leur place dans
les services numériques de terre, on peut notamment mentionner
:
- les chaînes dites de déclinaison des programmes
de base.
Ces déclinaisons des chaînes "premium" ont
vocation à offrir aux téléspectateurs les
programmes qui les intéressent à des horaires différents
de ceux qui leur sont assignés sur la chaîne historique généraliste
de base. France Télévision, notamment, envisage de faire
usage de cet indéniable élément de souplesse.
D'autres opérateurs généralistes, redoutant un éclatement
des audiences, préfèrent s'en tenir à ce qui est
l'enjeu majeur des chaînes en clair, à savoir rassembler
le maximum de téléspectateurs autour d'un programme fédérateur,
pour attirer les annonceurs.
- de nouveaux projets de chaînes en clair.
Cette offre nouvelle et gratuite de programmes sera un facteur déterminant
d'attractivité du numérique de terre. Il faut toutefois
admettre qu'en raison du temps nécessaire à l'équipement
progressif des foyers en récepteurs numériques, des
projets de ce type n'atteindront qu'au bout de 5 ou 10 ans l'audience
susceptible de leur attirer les ressources publicitaires nécessaires
à leur équilibre économique. En conséquence,
seuls de grands groupes français mais sans doute aussi étrangers
pourraient avoir les moyens de s'engager dans de tels projets, à
moins que ces chaînes numériques ne soient adossées
à des programmes déjà existants en analogique. Il
n'en reste pas moins que l'avènement du numérique
terrestre offre à l'ensemble des éditeurs une occasion
exceptionnelle de lancer de nouveaux projets.
- des chaînes thématiques.
Le développement du câble et du satellite a permis, ces
dernières années, la création de nombreuses chaînes
thématiques consacrées à l'information, au sport,
au cinéma, aux documentaires, à la jeunesse, mais aussi
se sont constituées des chaînes très spécialisées
réservées à des publics ciblés .
Trois catégories peuvent être distinguées à
l'intérieur de cet ensemble : celles dont le budget n'est que
de quelques dizaines de millions de francs, celles qui atteignent déjà
un budget de 100 à 200 millions de francs (il s'agit de la
majorité des thématiques) et celles qui, comme LCI et
Eurosport, bénéficient d'un budget encore supérieur.
L'économie de ces chaînes, après un démarrage
qui fut long pour beaucoup d'entre elles, est, le plus souvent, tout
juste équilibrée. Elles pourraient, dès lors, hésiter
à être diffusées en clair au démarrage de
la télévision numérique de terre, ce qui les
contraindrait à abandonner les redevances qu'elles perçoivent
du câble et du satellite. Le coût de la diffusion, estimé
entre 30 et 50 millions de francs pour une diffusion sur 80 % de la
population, représente en effet une charge non négligeable
eu égard au montant de leur budget. A cela, s'ajouterait, pour
beaucoup d'entre elles, l'augmentation, par un effet mécanique,
du coût d'acquisition des programmes, même si celui-ci
pourrait être, lors de la phase de démarrage,
proportionnel à la pénétration réelle des équipements.
La perte des redevances, ainsi que ces surcoûts, devraient donc être
compensés par les recettes publicitaires. Or l'ensemble des chaînes
thématiques ne représente à ce jour, que 2,5 % du
total du marché publicitaire (500 millions de francs en données
SECODIP sur un total de 18 milliards de francs, en fait environ 300
millions pour 1998) avec, pour certaines d'entre elles, des revenus
publicitaires annuels compris entre 10 et 50 millions de francs. L'économie
de ces chaînes, si elles devraient être diffusées
en clair, risque donc d'être passablement tendue, surtout les
premières années. Certaines d'entre elles pourraient
toutefois s'orienter dès le démarrage ou après
une première phase vers une diffusion en clair qui, lorsque la
pénétration du numérique sera suffisante,
pourrait leur permettre de compenser ces nouvelles charges par les
effets d'une audience élargie. Un tel engagement devrait
pouvoir être pris en compte lors des appels à
candidature.
Compte tenu de l'importance, pour le succès de la migration
vers le numérique, d'une offre attractive de programmes en
clair, il appartiendra au législateur de demander au CSA de
privilégier les programmes en clair dans la limite des capacités
de développement du marché publicitaire, tout en réservant
une place à des programmes cryptés qui familiariseront
le public de la télévision numérique avec le
concept de la télévision payante.
2.3. La place spécifique du service public
L'existence d'un service public fort est une composante essentielle
d'un système audiovisuel pluraliste et équilibré.
La télévision numérique terrestre constitue donc
pour la télévision publique un enjeu majeur - celui
d'une confirmation, mais aussi d'une adaptation de ses missions de
service public et une opportunité de première
importance. En retour, le numérique terrestre bénéficiera
de la présence d'une offre élargie et attractive de
programmes en clair.
La présence du service public audiovisuel sur le numérique
terrestre ne peut donc être contestée. D'abord, comme les
chaînes privées analogiques terrestres, sous la forme
d'une diffusion intégrale et simultanée de ses
programmes actuels. Mais aussi, sous la forme de programmes supplémentaires
répondant aux attentes de publics dont les modes de vie et les
attentes se diversifient.
En effet, la télévision publique, qui sera confrontée
à une offre élargie de programmes concurrents, voire à
la présence de nouveaux types de services, comme les services
interactifs, doit pouvoir continuer à s'adresser à des
publics diversifiés. Il lui faut aussi assurer, dans cet
environnement qui évolue, ses missions de service public,
notamment dans les domaines éducatifs, culturels et sociaux, de
pluralisme de l'information, de services de proximité et de
promotion de la création audiovisuelle.
La nature de ces programmes fait l'objet de projets au sein du
secteur public audiovisuel. Les chaînes Arte et La Cinquième
souhaitent bénéficier chacune d'une diffusion distincte
sur l'ensemble de la journée. Des déclinaisons des chaînes
existantes sont envisagées par France Télévision,
afin de permettre une meilleure exposition des programmes actuellement
diffusés et de prendre en compte la diversité des modes
de vie et des horaires d'écoute du public. De nouvelles chaînes
spécialisées pourraient être proposées,
dans les domaines de la culture, des sciences et techniques, de la vie
associative et de la jeunesse. La programmation régionale
pourrait être renforcée. Ces chaînes, en clair,
pourraient être complétées par des services
interactifs.
A cette fin, France Télévision revendique
l'attribution prioritaire, pour l'ensemble de ses programmes, de
capacités de diffusion, évaluées à deux
multiplexes nationaux, ainsi que les financements appropriés,
par la redevance et une dotation en capital. En revanche, le CSA, dans
sa contribution, ne mentionne une telle priorité que pour le
simulcast des chaînes analogiques actuelles du secteur public
et, le cas échéant, pour des chaînes supplémentaires
de rediffusion à horaires aménagés des programmes
existants.
En tout état de cause, une attribution prioritaire de la
ressource et un financement public de ces programmes impliquent que
cette diffusion s'inscrive étroitement dans le cadre des
missions de service public assignées aux sociétés
nationales de programmes. Il importe donc que le législateur précise
les missions de service public qu'il entend assigner au secteur public
pour sa diffusion numérique terrestre et prévoie en conséquence
un financement de ces missions, à la fois de manière
annuelle par la redevance et, lors du lancement de la télévision
numérique terrestre, par une dotation spéciale en
capital. Pour préserver la souplesse de gestion de la télévision
publique, le législateur pourrait déléguer au
Gouvernement, dans le cadre des missions de service public qu'il a déterminées,
l'approbation de la création de nouvelles chaînes et la
fixation de leur cahier des charges. De même, la Chaîne
parlementaire pourrait bénéficier, si le législateur
le souhaite, d'une priorité d'accès au numérique
terrestre.
Il faudra sans doute étudier la possibilité pour
France Télévision et pas seulement les sociétés
de programmes France 2 et France 3 de créer des filiales
nouvelles pour la diffusion de ces programmes.
A l'inverse, le secteur public audiovisuel peut souhaiter lancer,
dans le cadre de sa diversification, des programmes financés
par l'abonnement. Les activités de diversification ne répondant
pas à des missions de service public n'impliquent, bien évidemment,
ni attribution prioritaire de la ressource, ni financement par la
redevance.
Cette logique permettrait de veiller à la compatibilité
de l'affectation des financements publics avec les règles de
concurrence, tant nationales que communautaires. Le respect de ces règles
devra être assuré de manière d'autant plus
attentive que plusieurs plaintes ont déjà été
déposées auprès de la Commission européenne
par des concurrents privés qui contestaient le lancement de
nouvelles chaînes publiques allemandes et britanniques.
2.4. Le développement des télévisions
locales
La télévision terrestre est particulièrement
adaptée à la diffusion de programmes locaux sur des
zones choisies. La numérisation de cette diffusion doit
donc permettre le développement d'un secteur nouveau de télévision
locale, propre non seulement à répondre aux attentes de
communautés géographiques et culturelles, mais aussi à
favoriser des formes nouvelles d'expression des citoyens. La
demande de programmes locaux et de proximité s'est déjà
exprimée par de nombreuses candidatures pour l'obtention de fréquences
locales analogiques. Le CSA a d'ores et déjà délivré
des autorisations et d'autres appels aux candidatures sont en cours.
Les décisions que prendront les pouvoirs publics quant au déploiement
de ces télévisions, qu'il s'agisse des conditions de
leur développement, de leur financement ou de leur accès
à la ressource, auront un impact important, tant technique qu'économique,
sur la télévision numérique de terre.
Parmi les projets de télévision locale ou de proximité
qui pourraient se développer aujourd'hui, deux catégories
principales semblent se dessiner : d'une part, les télévisions
locales commerciales, dont l'économie sera assurée
par la publicité et pour lesquelles de nombreux projets
existent, associant notamment des organes de la presse quotidienne régionale
; d'autre part, les télévisions associatives
dont les ressources venues de la publicité seront limitées.
L'existence de ces dernières implique que la loi autorise des
associations à se porter candidates à des télévisions
hertziennes locales. Les appels aux candidatures lancés par
le CSA devraient permettre à ces deux catégories de chaînes
de trouver leur place sur le numérique de terre.
Il serait, en premier lieu, opportun de pouvoir retrouver en
diffusion numérique les programmes déjà
disponibles localement en analogique. En conséquence, le
simulcast, envisagé pour les chaînes nationales, devrait,
être aussi envisagé pour les chaînes locales. De même,
certains des canaux locaux du câble pourraient accéder au
numérique hertzien, tandis que, réciproquement, les chaînes
locales du numérique hertzien pourraient être reprises
sur les réseaux câblés de la zone.
Il sera, par ailleurs, nécessaire au développement
des télévisions locales que, pendant la période
de lancement des projets numériques, le CSA procède à
des appels aux candidatures pour l'exploitation de fréquences
analogiques locales, dès lors que l'octroi de ces fréquences
ne compromettrait pas la mise en place du réseau numérique
terrestre.
Quant au financement de ces chaînes, qui soulèvera sans
doute des difficultés, un certain nombre de mesures peuvent
utilement contribuer à alléger ou compenser les coûts,
relativement élevés, de la production et de la diffusion
des programmes. Au nombre de celles-ci, on peut mentionner le
regroupement de programmes locaux sur des canaux partagés,
l'accès des télévisions locales à des
secteurs de publicité aujourd'hui interdits, l'accès des
seules télévisions locales à la publicité
locale, l'adhésion possible des chaînes locales à
des régies de syndication de la publicité, le
financement partiel des chaînes associatives par des ressources
provenant d'un fonds de soutien à l'expression télévisuelle,
à l'image du fonds institué dans le secteur
radiophonique, ou encore la possibilité de création de
chaînes locales thématiques financées par
abonnement.
2.5. L'entrée de nouveaux éditeurs de chaînes
Ce sera là un des aspects majeurs de l'introduction de la télévision
numérique de terre.
La diffusion analogique ne permettait jusqu'ici, pour des raisons de
disponibilité réduite de fréquences, qu'une offre
limitée de programmes. La numérisation de la
diffusion terrestre de la télévision constitue donc une
occasion historique de diversifier le paysage audiovisuel français,
en permettant l'entrée de nouveaux éditeurs de
programmes. Cette évolution contribue à la réalisation
de l'objectif de pluralisme, qui rappelons-le, à une valeur
constitutionnelle réaffirmée solennellement par le
Conseil constitutionnel.
Certes, ainsi que cela a été indiqué précédemment,
les radiodiffuseurs existants, en particulier ceux du réseau
analogique terrestre, seront bien placés économiquement
pour proposer des programmes, en clair ou à péage, sur
le numérique terrestre. Cependant, il est acquis que de
nouveaux entrants proposeront également des programmes en clair
ou à péage, qui doivent trouver leur place dans le
nouveau paysage audiovisuel résultant de la numérisation.
2.6. Le guide électronique de programmes
L'élargissement de l'offre rend nécessaire, très
logiquement, une meilleure information des téléspectateurs
sur cette offre, afin de leur permettre d'exercer leur faculté
de choix. La diffusion numérique rend possible la constitution
d'un guide électronique de programmes, comportant une
information en ligne et interactive, réajustée en temps
réel, que le téléspectateur peut consulter sur
son téléviseur et qui peut tenir compte des particularités
régionales ou locales. Ce guide devrait être, au minimum,
de type infographique mais pourrait aussi, de façon un peu plus
coûteuse en ressources numériques, permettre une prévisualisation
des programmes à diffuser.
La loi devra mentionner cette fonction d'éditeur de guide
de programmes, commune à l'ensemble du bouquet et financée
par une contribution obligatoire les éditeurs présents
sur le numérique terrestre. Cet éditeur disposerait
d'une priorité d'attribution de ressources de diffusion. Le CSA
pourrait définir les fonctionnalités minimales requises
pour ce guide, préciser les mesures garantissant sa neutralité
ainsi que les modalités de la contribution des services du
hertzien numérique à son financement.
La constitution d'un tel guide électronique ne doit pas
interdire cependant aux éditeurs de chaînes qui le
souhaitent de produire des services interactifs associés complémentaires
aux programmes diffusés.
2.7. Les services interactifs
Outre les programmes de télévision, la diffusion numérique
permettra de proposer des services interactifs, qui contribueront à
démocratiser l'accès aux nouvelles technologies de
l'information, notamment pour les publics qui ne sont pas équipés
en informatique. Il s'agirait, pour l'essentiel, de services se
situant dans la logique de ceux qui sont proposés par le télétexte,
mais qui feraient usage de formats multimédias. L'accès
au courrier électronique ou le téléchargement de
séquences vidéo (par exemple, des séquences de
buts lors des matches de football) sont également envisagés.
Toutefois, les réflexions des éditeurs n'en sont qu'à
leur début et il serait souhaitable de leur laisser la
possibilité de faire évoluer assez librement ces
services, sous la seule réserve que ceux-ci conservent un lien
avec les programmes. Il apparaît en revanche souhaitable
d'écarter, à ce stade, les services interactifs non
liés aux programmes, (par exemple, le commerce électronique)
en raison, d'une part, du caractère limité des capacités
de diffusion , et d'autre part, de l'existence d'autres supports sans
doute plus adaptés (UMTS et réseaux filaires).
Un régime juridique propre à ces services devra être
élaboré, en distinguant notamment les services associés
liés à un programme principal des autres services.
3. Les modalités d'attribution de la
ressource
3.1. L'analyse des positions en présence
Depuis 1982, l'autorisation d'usage, à des fins privatives,
des fréquences hertziennes terrestres est confiée à
une instance de régulation indépendante.
Ce mode particulier de gestion du domaine public de l'État
trouvait sa justification dans la volonté de garantir l'indépendance
du secteur audiovisuel à l'égard de tout pouvoir, qu'il
soit politique ou économique. Cette volonté s'est
traduite, à partir de 1986, par la mise en uvre d'une
procédure d'autorisation et de conventionnement, après
appel aux candidatures, à partir de critères
d'attribution définis par le législateur. La rareté
de la ressource hertzienne justifiait en effet la mise en place d'un
dispositif spécifique chargé notamment de garantir la
sauvegarde du pluralisme, principe de valeur constitutionnelle.
Ces principes ne sont pas remis en cause par la numérisation
de la diffusion terrestre de la radio et de la télévision.
Contrairement au cas d'autres supports comme le câble et le
satellite2 , la ressource hertzienne
terrestre, même partagée entre un plus grand nombre de
programmes dans un environnement numérique, demeure une
ressource rare. Il est donc normal que le même organisme de régulation,
à savoir le CSA, conserve son rôle de régulation à
la fois sur le contenu diffusé, au moyen des dispositifs de
conventionnement, et sur le support, par le biais des dispositifs
d'assignation des ressources hertziennes. L'autorité de régulation
devrait donc attribuer, suivant en cela le mécanisme de droit
commun, les ressources de diffusion aux candidats qu'il aurait
retenus, après appels aux candidatures, en fonction des critères
et des priorités fixés par le législateur.
Des adaptations sont toutefois nécessaires, à
un double titre.
En premier lieu, la loi de 1986 doit désormais permettre d'autoriser
la diffusion de plusieurs services sur la même fréquence.
L'innovation principale de la numérisation consiste en effet à
diffuser, au sein d'un même signal et sur la même bande de
fréquences, plusieurs programmes autorisés aujourd'hui
distinctement.
En second lieu, la diffusion de plusieurs chaînes sur la même
fréquence implique la création d'une nouvelle fonction
technique, le multiplexage, dont le rôle est de constituer à
partir des signaux des différents programmes un signal unique
comprenant ces programmes (les chaînes). Cette tâche, qui
est remplie àpartir des signaux des régies finales, est
complexe car plusieurs services à débit variable
partagent une bande de fréquence fixe. Le nouveau signal est
ensuite diffusé par un diffuseur technique, désormais nécessairement
commun aux différentes chaînes diffusées sur la même
fréquence. Ce diffuseur peut être différent de
l'organe chargé du multiplexage.
Outre ces fonctions techniques, existe également une fonction
de commercialisation de ces programmes, en particulier lorsqu'ils
sont à péage. Elle comprend la politique de marketing et
de promotion, la gestion des abonnés par le biais du "système
d'accès conditionnel" et la mise en place d'un réseau
de distributeurs. Cette gestion d'un portefeuille d'abonnés
représente des investissements lourds en moyens informatiques,
en logistique d'initialisation et de fidélisation des abonnés.
C'est une des raisons généralement invoquées pour
justifier le regroupement des chaînes sous une marque
commerciale unique. Cette fonction de commercialisation est associée
sur le câble et le satellite à la fonction de composition
de l'offre commerciale, c'est-à-dire de sélection des
chaînes proposées.
Lors de la consultation publique, deux thèses,
chacune ayant sa logique, sont, dès lors apparues sur les
modalités d'attribution de la ressource radioélectrique
et, par voie de conséquence, sur le rôle qui sera attribué
au représentant des services partageant la même fréquence
:
- selon la première, le CSA procède à des
appels aux candidatures pour l'attribution d'un multiplexe et délivre
l'autorisation au représentant de l'offre groupée de
services ;
- selon la seconde, le CSA procède à des appels
aux candidatures pour chaque service et compose l'offre de
programmes au sein de chaque multiplexe, l'attribution des
ressources de diffusion s'effectuant service par service à
chaque éditeur. Dans ce cas, le représentant des
services partageant la même fréquence n'a alors qu'un
simple rôle d'interlocuteur des sous-traitants techniques.
a) La première approche est défendue par les
radiodiffuseurs du terrestre. Pour eux, l'attribution par
multiplexe permettrait d'abord de gérer techniquement de manière
optimale l'offre groupée de services. En effet, la qualité
technique de l'offre, les conditions de compression, la gestion
optimisée de la ressource de diffusion ou " multiplexage
statistique ", (qui permet de tenir compte des besoins instantanés
des chaînes ; à titre d'exemple, une émission de débats
demande moins de ressources de diffusion qu'une émission
sportive ou une uvre cinématographique), les données
du guide électronique de programmes, l'identification de chaque
service
sont autant d'opérations qui devront être réalisées
par un opérateur mandaté par l'ensemble des éditeurs
de services présents sur le multiplexe. Ainsi, pour optimiser
cette gestion technique et pour donner une réelle capacité
d'action au multiplexeur, l'attribution par multiplexe se révèlerait
nécessaire.
En second lieu, cette approche garantirait la cohérence
commerciale des offres de services, tant dans la composition des
offres et leur adaptation aux demandes des téléspectateurs
que dans leur promotion commerciale. Les radiodiffuseurs estiment
qu'ils sont les seuls en mesure de constituer une offre de services présentant
une efficacité commerciale : complémentarité
entre les programmes, politique commerciale et tarifaire, définition
des zones de diffusion, rapidité de déploiement
.
A contrario, ces mêmes opérateurs voient dans le "
morcellement " de la ressource hertzienne numérique un
handicap ne leur permettant pas de déployer leurs offres dans
les meilleurs conditions à la fois techniques, commerciales et
financières, eu égard à la lourdeur des
investissements en cause et à la longueur du délai nécessaire
pour atteindre l'équilibre financier.
b) La seconde approche, l'attribution service par service, est défendue
par le Conseil supérieur de l'audiovisuel ainsi que par
certains éditeurs de chaînes, indépendants des
groupes actuellement présents sur le terrestre.
Il apparaît en effet fondamental à l'autorité de
régulation de veiller à la diversité de l'offre
et au respect du pluralisme. Seule une attribution de la ressource
service par service est à même, aux yeux du CSA, de
satisfaire ces principes rappelés par le Conseil
Constitutionnel dans sa décision n° 86-217 du 18 septembre
1986. Le pluralisme étant une des pierres angulaires de notre
droit de la communication, le CSA souligne qu'il convient d'exercer
une vigilance particulière à son respect sous peine
d'encourir une non-conformité à la Constitution. C'est
dans cette perspective que le CSA se propose de " dessiner "
le plan de service de la nouvelle télévision hertzienne
numérique. L'attribution service par service permettrait
d'assurer au mieux la diversité des genres de programmes proposés
aux téléspectateurs et par là même la
pluralité des offres. Par ailleurs, cette modalité
d'attribution permettrait au CSA de veiller à la présence
d'éditeurs indépendants au sein des offres de services.
Cette procédure devrait s'appliquer, selon le CSA, tant pour
les chaînes privées que pour celles relevant du secteur
public.
Quant à l'opérateur de multiplexe, qui n'a pas d'équivalent
en diffusion analogique, le CSA estime qu'il doit faire l'objet d'un
encadrement juridique spécifique. Ces opérateurs, qui
devront au moins être deux pour éviter toute situation
monopolistique, devront respecter un cahier des charges précis
et être autorisés, après appel aux candidatures,
ou agréés par le CSA sur proposition des éditeurs
auquel ils seront liés par des relations contractuelles.
3.2. Orientations pour une solution de synthèse
Ces deux modalités d'attribution de la ressource radioélectrique
ont chacune leur cohérence et leur conciliation est, dès
lors, malaisée. Il convient pourtant d'essayer de prendre en
compte les préoccupations qui les inspirent.
Il est indéniable que la composition de l'offre, notamment en
matière d'offres cryptées, sera déterminante pour
le succès de sa commercialisation. En effet, l'économie
de chacun des services est dans un premier temps mutualisée au
sein de l'ensemble de l'offre. La contrainte est sans doute moins
forte pour des chaînes en clair dont les économies
peuvent être indépendantes, mais la dimension
commerciale jouera un rôle décisif dans le succès
de la télévision numérique terrestre.
En sens inverse, il est indispensable que les autorités
publiques de régulation puissent assurer, dans le respect du
pluralisme, une réelle ouverture aux nouveaux entrants et
garantir que le "plan de services" de la télévision
numérique de terre sera principalement composé en
fonction des objectifs fixés par le législateur.
Pour prendre en compte ces différents objectifs, deux
solutions peuvent notamment être explorées :
- Une première formule mettrait l'accent sur l'opérateur
de multiplexe.
Dans ce cas, l'autorisation serait attribuée par le
CSA à cet opérateur, sur la base des services proposés
et des contrats passés avec leurs éditeurs, par
ailleurs conventionnés individuellement par le CSA.
L'obligation de diffuser des éditeurs indépendants
pourrait également lui être imposée. Toute
modification substantielle dans la composition de l'offre
remettrait en cause l'autorisation accordée. En revanche,
certains changements mineurs pourraient être acceptés,
le CSA appréciant s'il peut accepter certaines
modifications sans relancer un appel aux candidatures sur l'offre
groupée. Cette formule, qui présente l'avantage de
favoriser à la fois une gestion dynamique des ressources en
fréquences et une gestion commerciale volontariste, limite
toutefois la latitude du CSA de dessiner l'offre numérique,
en particulier en conduisant à l'attribution de multiplexes
entiers. Cette formule est en outre moins favorable à l'accès
de nouveaux entrants dont il limite l'autonomie d'initiative.
Enfin, en l'état actuel de la ressource, il n'est pas évident
qu'il existe suffisamment de ressources de diffusion pour
satisfaire toutes les demandes.
- Une seconde formule mettrait plutôt l'accent sur le rôle
de l'éditeur
Ainsi que le souhaite le CSA, il reviendrait à
l'instance de régulation, à partir des appels aux
candidatures, de déterminer l'offre de programmes proposée
au téléspectateur, sur la base des critères
que le législateur aura définis. Toutefois, dans
le cadre de cette attribution service par service, le CSA aurait à
tenir compte de la cohérence des candidatures qui lui sont
proposées ainsi que des dynamiques commerciales nécessaires
au succès du lancement de la radio et de la télévision
numérique de terre. La loi devrait ainsi lui permettre
de prendre en compte les offres groupées qui lui seraient
présentées. Il lui appartiendrait aussi de
regrouper sur une même fréquence des services d'un même
éditeur ou des services d'éditeurs distincts ayant
fait clairement le choix, dans leurs dossiers de candidature, d'un
regroupement au sein d'un même multiplexe ou de synergies
commerciales ou techniques entre leurs différents services.
Un tel regroupement pourrait ainsi permettre, le cas échéant,
l'attribution par éditeur de demi-multiplexes. Eu égard
au coût élevé des investissements en cause et
au temps nécessaire pour atteindre l'équilibre économique
et financier, il est vraisemblable que les protagonistes actuels
de la télévision, qui peuvent s'engager sur la durée,
se verront attribuer une partie de la ressource. Toutefois, il
reviendra aussi à l'autorité de régulation de
veiller à la présence d'une offre de programmes émanant
de nouveaux entrants. Une telle formule se situerait en cohérence
avec les politiques mises en uvre jusqu'ici en matière
de respect du pluralisme et de défense de la diversité
culturelle. Elle devra toutefois apporter la preuve de son
efficacité à promouvoir des services économiquement
viables.
La procédure d'attribution de la ressource pourrait
toutefois être différente pour le service public et pour
les programmes du secteur privé audiovisuel.
a) Pour les programmes du service public.
L'article 26 de la loi du 30 septembre 1986 dispose, dans sa rédaction
actuelle, que le CSA attribue en priorité l'usage des fréquences
nécessaires au secteur public pour l'accomplissement de ses
missions de service public. Les procédures d'appel aux
candidatures ne trouvent pas ici à s'appliquer.
Ce principe peut être conservé, avec quelques
adaptations, pour l'attribution des chaînes numériques.
Il appartiendrait ainsi au législateur de préciser,
- ce qui n'est pas toujours aisé - les missions de service
public qu'il entend assigner au secteur public sur la diffusion numérique
de terre, et par délégation du législateur, au
Gouvernement d'approuver par décret les cahiers des charges de
chaque nouvelle chaîne. Il appartiendrait aussi au législateur
de se prononcer sur la diffusion éventuelle, dans les mêmes
conditions, de la chaîne Parlementaire sur le numérique
de terre. Il reviendrait ensuite au CSA d'attribuer prioritairement
cette ressource.
En revanche, les programmes du secteur public ne répondant
pas aux missions de service public, c'est-à-dire les chaînes
éditées par les entreprises publiques audiovisuelles,
mais relevant du secteur concurrentiel, ne bénéficieraient
pas de cette attribution prioritaire et seraient soumises aux mêmes
procédures d'appels aux candidatures que les programmes proposés
par les éditeurs du secteur privé.
b) Pour les programmes du secteur privé audiovisuel.
Les procédures actuelles d'attribution de la ressource
terrestre diffèrent très peu suivant qu'il s'agit de
services de radio ou de services de télévision. Dans les
deux cas, il revient au CSA de procéder aux appels aux
candidatures, après avoir défini notamment les zones géographiques
et les catégories de services qui feront l'objet des appels.
Après examen de chacun des dossiers de candidature, le CSA
autorise ceux des candidats dont le projet répond le mieux aux
critères fixés par le législateur. Il négocie
avec chacun de ces services une convention, annexée à la
décision d'autorisation, définissant les diverses
obligations de contenu applicables au programme. Cette politique
permet ainsi de choisir le candidat dont les engagements au regard de
ces obligations sont les plus ambitieux. Pour l'éditeur de
service, la contrepartie de ces engagements réside dans la
gratuité de l'utilisation du domaine public.
La diffusion d'une trentaine de programmes de télévision
en mode numérique par voie hertzienne terrestre ne devrait
pas modifier, dans son principe, cette orientation, dont la mise en uvre
ferait toutefois l'objet d'adaptations sur la base de l'une ou
l'autre des deux formules qui viennent d'être suggérées.
Pourraient ainsi être distingués :
- des appels aux candidatures nationaux sur des multiplexes
qualifiés de nationaux, c'est-à-dire couvrant une
grande partie du territoire. Les programmes en clair devraient
trouver leur place en priorité sur les "meilleurs"
multiplexes.
- des appels aux candidatures locaux et régionaux,
soit sur des ressources de diffusion locales ou régionales,
soit sur des fenêtres des multiplexes "nationaux".
Dans les zones où il n'y aurait pas suffisamment de
multiplexes disponibles, et en vue de favoriser la " migration "
des foyers vers des équipements numériques, il
conviendra de privilégier la diffusion de nouveaux services par
rapport à des services déjà disponibles par un
autre moyen de diffusion.
c) Le jeu des priorités et des critères dans les
attributions
L'attribution de la ressource pourrait répondre aux principes
suivants.
S'agissant du simulcast, dont la nécessité a été
explicitée, l'attribution de la ressource devrait permettre
d'en garantir la présence, pour l'ensemble des opérateurs,
soit par le biais d'une obligation imposée par la loi, soit - à
défaut - par un droit garanti aux opérateurs.
S'agissant du service public, serait maintenu - et adapté
- le régime d'attribution prioritaire des fréquences
dont il bénéficie déjà aujourd'hui.
Par ailleurs, les critères retenus aux articles 1er et 29
de la loi du 30 septembre 1986, (pluralisme, diversité des
opérateurs, expérience acquise, financement et
perspectives d'exploitation, etc.) conservent leur pertinence. Une
attention particulière devrait être portée, comme
au Royaume-Uni, aux critères de solidité financière
des candidats et aux engagements concernant la promotion commerciale
mais aussi aux engagements pris en faveur de la production nationale
ou européenne.
Il serait souhaitable que la délivrance de nouvelles
autorisations par le CSA permette de garantir la présence
majoritaire de programmes en clair et de favoriser l'entrée de
nouveaux éditeurs ainsi que des programmes de télévisions
locales.
Pour le reste, il n'entre pas dans la compétence de la présente
mission de proposer - encore moins de décider - une répartition
des capacités radioélectriques entre les divers acteurs.
Ce sera, d'une part, la responsabilité du législateur,
qui aura à définir les principes de cette répartition,
notamment la place et le rôle du service public, d'autre part
celle de l'autorité de régulation.
Au demeurant, des incertitudes existent encore quant au niveau exact
des ressources radioélectriques disponibles - en l'absence de
planification fine des fréquences , mais aussi quant à
l'identité des candidats et à la nature et au contenu de
leurs projets.
On indiquera seulement, à ce stade :
- que le simulcast des 6 chaînes analogiques, publiques
(France 2, France 3 et La Cinquième / Arte) et privées
(TF1, M6, Canal +), utilisera l'équivalent d'un multiplexe, même
si toutes ces chaînes ne sont pas diffusées à
partir du même multiplexe ;
- que l'équivalent des ressources des 3 autres multiplexes à
80 % de couverture, soit environ 18 programmes, devra être équitablement
réparti entre une majorité de chaînes en clair
et un certain nombre de chaînes cryptées, entre les chaînes
de service public et celles des opérateurs privés,
entre les opérateurs "historiques" et des nouveaux
entrants à qui une place doit être faite, de même
qu'à des opérateurs de télévision locale
;
- que les ressources des deux derniers multiplexes, à
couverture plus réduite (60 % de la popuplation), soit
environ 12 programmes, devraient être, de préférence,
notamment réservées à des chaînes thématiques
et des chaînes locales, étant entendu que certains de
ces multiplexes ne seraient pas disponibles dans certaines zones du
territoire, notamment frontalières ;
- qu'enfin la question de l'utilisation de la bande VHF pour
certains services reste ouverte.
d) La gestion technique des fréquences
Dans le cas d'une attribution par service, distinct ou en
offre groupée, à l'issue de l'appel aux candidatures,
chaque service retenu se verrait conventionné et se verra délivrer
une autorisation à être diffusé sur la bande de fréquence
correspondant à l'un des multiplexes. Il sera par ailleurs, nécessaire
que la bande de fréquence soit formellement attribuée à
une personne morale qui représentera juridiquement l'ensemble
des services utilisateurs.
De nouvelles mesures doivent donc être adoptées, du
fait de l'inévitable solidarité technique de diffusion
sur chaque fréquence. Sur chaque fréquence multiplexée,
les services autorisés devront s'entendre pour retenir les
prestataires techniques communs, tant pour le multiplexage que pour la
diffusion. Les modalités de ces choix devront relever d'une
pratique contractuelle de droit privé. Ces opérateurs
techniques devront être agréés par le CSA qui leur
imposera les obligations relatives aux conditions techniques de
diffusion.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel devra être
doté de pouvoirs de résolution des éventuels
litiges qui surviendraient. En particulier, il devra veiller à
ce que la répartition technique de la ressource s'effectue dans
des conditions équitables, raisonnables et non
discriminatoires. Ces compétences doivent lui permettre de
trancher les litiges portant sur le choix en amont du prestataire
technique et des modalités de cette prestation, ainsi que, en
aval, les litiges ultérieurs nés de cette prestation,
comme l'accès aux terminaux de réception.
e) Durée des autorisations
Le succès économique de la diffusion numérique
terrestre dépendra du temps nécessaire à la
constitution d'un parc suffisant de récepteurs numériques.
Selon les réponses reçues des opérateurs, un délai
de cinq ans est, dans les hypothèses les plus optimistes, un
minimum pour commencer à envisager les premiers retours sur
investissements. Dans l'Union Européenne, les autorisations ont
généralement été données pour dix
ans (quatre ans en Suède, douze ans au Royaume-Uni).
La loi française pourrait prévoir une durée
d'autorisation de dix ans, celle-ci pouvant, selon des conditions fixées
par la loi, être renouvelable par période de cinq ans .
En contrepartie, il serait souhaitable que les conventions passées
avec le CSA précisent clairement les engagements de déploiement
qu'auront à tenir les éditeurs. Le non-respect du
calendrier devrait pouvoir être sanctionné par le CSA.
S'agissant des chaînes privées nationales (Canal +, M6
et TF1) dont la reconduction des autorisations devrait être
prochainement examinée par le CSA, en application de l'article
28.1 de la loi du 30 septembre 1986, le CSA a proposé que la
loi l'autorise à statuer, dès cette prochaine échéance,
selon deux formules alternatives : soit sur une autorisation nouvelle
(pour une durée qui pourrait atteindre dix ans pour la première
période), soit sur la reconduction des autorisations en cours,
mais en allongeant exceptionnellement la période de
reconduction de 5 à 10 ans. Cette proposition mérite d'être
prise en considération, eu égard au temps prévisible
de retour sur les investissements engagés.
f) Calendrier prévisionnel
Certaines contraintes pèsent encore sur la date de lancement
de la télévision numérique de terre et en
particulier sur le temps nécessaire à la planification
des fréquences. Si les dispositions législatives
sont prises en temps utile à l'été 2000, un
premier appel aux candidatures peut toutefois être envisagé
début 2001 sur la base de la planification des 30 premiers émetteurs
couvrant environ 50 % de la population pour une mise à
disposition du public fin 2001 ou début 2002.
S'il paraît difficile de prévoir dans le projet de loi
le calendrier de l'ensemble des appels aux candidatures qui
permettront le déploiement national de la télévision
numérique de terre, il serait par contre opportun de fixer une échéance
pour lancer le premier appel aux candidatures. Le CSA pourra ensuite décider
du calendrier de déploiement au fur et à mesure de la
disponibilité des fréquences. |
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Dans les premières années, l'accès aux nouveaux
programmes à péage constituera sans doute un facteur
majeur d'incitation à la numérisation des foyers,
surtout si les boîtiers de réception numérique et
d'accès conditionnel sont préfinancés par les
promoteurs de cette offre à péage. Toutefois, la télévision
à péage ne peut s'adresser à la totalité
des foyers, au mieux, selon une étude de la BBC, à la
moitié des foyers.
L'attractivité des programmes en clair, qui jouera certes dès
le lancement du numérique, deviendra alors le principal facteur
d'accélération du renouvellement des équipements
analogiques par des équipements de réception numérique.
Plusieurs facteurs seront donc déterminants pour assurer
la réussite de la numérisation de la diffusion de la télévision
terrestre, numérisation, qui s'effectuera en tout état
de cause sur une période longue, de l'ordre d'une quinzaine
d'années :
- Plusieurs facteurs seront donc déterminants pour assurer
la réussite de la numérisation de la diffusion de la télévision
terrestre, numérisation, qui s'effectuera en tout état
de cause sur une période longue, de l'ordre d'une quinzaine
d'années :
- la disponibilité des équipements de réception
en numérique à un coût équivalent à
celui des équipements analogiques actuels ;
- la compatibilité des antennes existantes, qui permet une
migration vers le numérique sans formalités, comme
celles que nécessite, par exemple, l'installation d'une
antenne satellite dans un immeuble collectif, ni travaux ;
- la clarté et la synchronisation des actions de
communication et de promotion conduites par l'ensemble des acteurs
concernés.
Nul doute que ce sont les efforts conjugués de l'ensemble des
acteurs, indépendamment de leurs intérêts
commerciaux propres, qui permettront d'introduire la télévision
numérique dans les meilleures conditions. Toutes les forces et
expériences en présence devront être mobilisées
et coordonnées.
Dans la ligne de ce que représente déjà
aujourd'hui la télévision hertzienne terrestre pour nos
concitoyens, la télévision numérique de terre
doit être ciblée et promue comme une offre de base
universelle s'adressant à tous les publics. Ainsi une complémentarité
bien équilibrée entre chaînes généralistes
en clair nationales, chaînes locales, et chaînes thématiques
grand public doit être recherchée dès le début
du processus.
5.1. La mise en place des équipements de réception
a) les récepteurs
Dès le démarrage commercial, les équipements de
réception numérique devront être disponibles sur
le marché, que ce soit le décodeur complétant le
téléviseur analogique existant ou le téléviseur
numérique intégré. Parallèlement, il
serait souhaitable, tout comme au Royaume-Uni, que les décodeurs
puissent être mis gratuitement à la disposition des
usagers. Les chaînes retenues, notamment celles à péage,
pourraient s'associer pour pré-financer ces équipements,
la formule ayant déjà été adoptée
en France pour la commercialisation des bouquets satellite.
Le téléviseur numérique intégré,
c'est-à-dire conçu pour recevoir les program-mes numériques,
doit s'imposer comme la solution de renouvellement des téléviseurs
analogiques. Le renouvellement de ceux-ci s'effectue dans leur très
grande majorité en une dizaine d'années. Toutefois, de
nombreux postes de télévision renouvelés trouvent
une seconde affectation comme postes de complément, soit dans
une chambre, soit dans une résidence secondaire. Au total, ce
n'est qu'au terme de plus d'une quinzaine d'années (dans les
faits entre 17 et 18 ans) que le parc de téléviseurs est
totalement renouvelé . Il est important que ces téléviseurs
numériques soient rapidement accessibles à des prix égaux
à ceux des équipements de réception analogique, y
compris ceux d'entrée de gamme. C'est en répondant à
ces objectifs que les industriels de l'électronique créeront
les conditions d'une expansion satisfaisante de leur marché.
Les téléviseurs numériques devront également
offrir des solutions de compatibilité avec les modes de réception
par le satellite et par le câble, ne serait-ce que pour sécuriser
les consommateurs dans leur investissement. La mo-dularité des équipements
peut constituer une réponse à cette exigence, des boîtiers
ou des cartes enfichables complémentaires au téléviseur
assurant cette compatibilité.
Par ailleurs, comme l'indique le CSA, la commercialisation de téléviseurs
numériques capables de recevoir les programmes analogiques (téléviseurs
bi-modes) ne doit toutefois pas être exclue, du moins dans la
première phase de la migration. En effet, si leur surcoût
devait être modéré , ces téléviseurs
peuvent trouver leur intérêt pour des réseaux câblés
non numériques, pour des téléspectateurs ne
recevant pas encore la télévision numérique de
terre ou susceptibles de démé-nager vers des zones où
la diffusion n'est pas encore numérisée.
b) l'interopérabilité
Pour la télévision numérique de terre, la
limitation de la ressource hertzienne terrestre requiert d'être
beaucoup plus vigilant sur l'interopérabilité des déco-deurs
si plusieurs systèmes d'accès conditionnel sont utilisés.
Ainsi que le montrent tant l'exemple britannique avec la stratégie
de On Digital que les modèles des offres satellitaires et du câble,
le développement des offres de télévision numérique
à péage devrait entraîner un préfinancement
par les éditeurs et opérateurs des terminaux numériques,
qui seraient ensuite loués ou prêtés aux téléspectateurs.
Ce préfinancement devrait représenter un investissement
important. Mais il ne saurait constituer une barrière à
l'entrée de concurrents qui proposeraient des chaînes.
Fondamentalement, le choix des télé-spectateurs doit
s'effectuer en fonction des programmes proposés et non en
fonction du décodeur acquis, ou plus vraisemblablement, loué.
Si le projet de loi sur la communication audiovisuelle prévoit
déjà de transposer la directive 95/47/CE (relative à
l'utilisation de normes pour la transmission de signaux de télévision)
dont l'un des objectifs est de favoriser l'interopérabilité
des systèmes d'accès conditionnel différents,
le CSA devra considérer l'interopérabilité
comme un élément important d'appréciation lors de
la déli-vrance des autorisations de diffusion.
La solution du " multicrypt ", qui consiste à prévoir
des décodeurs capables d'intégrer plusieurs systèmes
d'accès conditionnels différents pourrait également
être envisagée par les industriels. Le coût reste
toutefois le handicap de cette solution modulaire.
L'interopérabilité des équipements de réception
devrait être également assurée pour les services
interactifs, qui nécessitent l'introduction de logiciels ad hoc
dans les décodeurs. Si le hertzien numérique terrestre
n'est pas particulièrement adapté pour la diffusion de
services interactifs, la nécessité d'une harmonisation
minimale se fera sentir pour développer au moins un guide électronique
de programmes commun à l'ensemble des chaînes diffusées
sur le terrestre. A défaut d'harmonisation européenne
sur le guide de programmes, le CSA pourrait être en charge de définir
le cahier des charges minimal d'un tel guide et veiller à son
application.
c) Les autres caractéristiques des équipements de
réception
D'autres aspects industriels peuvent être favorisés par
le développement de la télévision numérique
de terre. La réception en format d'image 16/9 est
sou-haitable, tandis que l'introduction de la télévision
haute définition doit plutôt être envisagée
dans une phase ultérieure (coût encore élevé
pour la réalisation de programmes HD, coût encore
important des écrans plats de grand format). Il faut également
préciser qu'un programme diffusé en TVHD requiert
environ quatre fois plus de débit qu'un programme en définition
classique.
5.2. La planification détaillée des fréquences
Le rapport de l'Agence Nationale des Fréquences (ANFr) a
permis de dispo-ser d'indications sur les ressources de diffusion
disponibles et leurs zones de couverture. Sont ainsi disponibles, à
partir des 107 émetteurs principaux (dits "points hauts"),
4 multiplexes couvrant 80 % de la population et 2 réseaux
cou-vrant 60 % de la population. Ces éléments
devront toutefois être précisés par une
planification plus fine. D'autres ressources sur d'autres émetteurs,
existants ou à créer, devraient pouvoir être dégagées,
soit pour diffuser d'autres pro-grammes, en particulier au plan local
ou régional, soit pour étendre la zone de couverture.
Le CSA, qui est en charge de cette planification, estime à
trois ans le délai né-cessaire pour accomplir cette tâche.
Il précise toutefois qu'il est envisageable de lancer des
appels aux candidatures, même nationaux, sans attendre cette échéance.
Un premier appel aux candidatures pour des fréquences numéri-ques
nationales, régionales ou locales sur 6 multiplexes de capacités
et une couverture de l'ordre de 50 % de la population (en utilisant
les 30 premiers points hauts de diffusion) peut s'envisager dès
le début de 2001. Des appels aux candidatures ultérieurs
pourraient être lancés au fur et à mesure de l'état
d'avancement de la planification fine des fréquences.
Dans les hypothèses actuellement retenues, la planification
prévue ne concerne que la bande UHF et exclut la bande VHF,
dans laquelle se trouve une grande partie de la diffusion de Canal+
analogique. A priori, le passage de Canal+ numérique en bande
UHF ne devrait pas être un obstacle vis à vis des abonnés
existants, puisque ceux-ci disposent aussi d'une antenne UHF pour la réception
des autres chaînes nationales. Inversement, la planification en
bande VHF ne doit pas être a priori écartée,
notamment lorsque la bande UHF n'offrira pas des ressources
suffisantes de diffusion.
Le critère de portabilité, qui permettrait aux
nouveaux récepteurs numériques de s'affranchir de tout
raccordement à une antenne de réception extérieure,
n'a pas été retenu comme critère prioritaire dans
le cahier des charges de la planification. Il s'agit cependant d'une
fonctionnalité intéressante, considérée
dans certains pays comme l'un des principaux avantages du numérique
de terre. Plusieurs radiodiffuseurs français ont également
manifesté leur intérêt pour la portabilité.
Si cette fonctionnalité ne peut être disponible sur la
totalité des zones couvertes, elle le sera toutefois partout où
la puissance de l'émetteur numérique présent dans
la zone sera suffisante. Il convient de rappeler que les émetteurs
numériques utilisent des fréquences adjacentes aux fréquences
analogiques existantes et doivent par conséquent diffuser à
une puissance moindre afin d'éviter des perturbations sur ces
fréquences analogiques voisines. Pour les zones de réception
où la portabilité n'est pas disponible à partir
des principaux émetteurs, des solutions techniques comme des réémetteurs
isofréquences peuvent être mises en place pour retrouver
la réception en mode portable. Lorsqu'à terme les émetteurs
analogiques auront pu être éteints, la puissance des émet-teurs
numériques pourra être augmentée, et par suite, la
fonctionnalité de portabilité devrait pouvoir être
étendue sur la totalité des zones couvertes.
Par ailleurs, les radiodiffuseurs accordent une grande importance à
la découpe des bassins de couverture pour les programmes régionaux,
locaux ou de proximité, alors qu'avec la couverture actuelle,
il n'est pas rare que certaines zones d'une région ne reçoivent
qu'un programme régional correspondant à une autre région.
Les zones de diffusion devront donc prendre en compte ces souhaits.
L'introduction de nouveaux émetteurs numériques,
diffusant dans la même bande de fréquences UHF que ceux
diffusant déjà en analogique, va sans doute conduire le
CSA à modifier pour certaines zones le plan de fréquences
déjà attribué aux chaînes analogiques
existantes. Ces modifications occasionneront des réaménagements
chez les particuliers, au niveau des antennes et des réglages
des téléviseurs. La quantification de ces modifications
devra être faite parallèlement aux travaux de
planification fine du spectre.
Le traitement de ces questions l'analyse des besoins en
ressources de diffusion, l'organisation des décrochages,
l'utilisation éventuelle de la bande VHF, la définition
des zones de réception en mode portable, le réaménagement
des fréquences analogiques nécessitera la mise en
place d'une étroite concertation, lors des travaux de
planification, entre le CSA et les éditeurs actuels, les
candidats potentiels, les antennistes, les industriels et les câblo-opérateurs.
Un groupe de travail consultatif devrait être créé
à cette fin auprès du CSA, à l'image de ce qui
avait été mis en place pour l'étude de
l'occupation de la bande radio FM.
5.3. La poursuite d'études et de travaux complémentaires.
Si les études actuelles permettent de confirmer qu'un
lancement de la télévision numérique de terre est
envisageable vers la fin de 2001, la conduite de certains travaux
complémentaires à mener au cours de la présente
année paraît nécessaire, afin de réduire
les marges de risque dans une opération que l'on sait devoir être
longue et complexe.
a) Des études plus approfondies, assorties de scénarios,
pourraient en effet être utilement conduites pour mieux appréhender
les conditions de l'équilibre économique des opérateurs,
parallèlement à la mise en place du cadre réglementaire
et aux opérations de planification qui se dérouleront
tout au long de l'année 2000 et en préalable aux appels
aux candidatures. Les résultats de ces études, conduites
à l'initiative des pouvoirs publics et du CSA, en liaison avec
les divers acteurs concernés, seraient , bien évidemment,
rendus publics.
b) La diffusion est un poste important dans les comptes
d'exploitation d'une chaîne. TDF a annoncé un premier coût
d'investissement de l'ordre de 3 milliards de francs pour réaliser
la diffusion des 6 multiplexes sur les 107 premiers points hauts et se
déclare prêt à pré-financer ces équipements
dans le cadre de contrats de diffusion d'une durée suffisante.
Le coût annuel de diffusion d'une chaîne est estimé
entre 30 et 50 millions de francs, amortissements compris. Il serait
utile que ces informations soient précisées, compte tenu
de l'extension de la zone de couverture, donc de la montée en
charge progressive du nombre d'émetteurs qui seront utilisés.
Dans leurs contributions, les radiodiffuseurs terrestres se sont
d'ailleurs déclarés prêts à participer au
cofinancement de cette étude. Des travaux d'expertise sur
les différents coûts relatifs à la diffusion
pourraient être ainsi lancés sous l'égide des
pouvoirs publics et du CSA. Leur cahier des charges devra être
élaboré de manière consensuelle et les coûts
partagés entre les différents acteurs.
c) Il convient également de mieux maîtriser la compatibilité
technique de la diffusion numérique terrestre avec la
distribution actuelle dans les réseaux câblés et
les antennes collectives. Les opérateurs de réseaux câblés
craignent que la diffusion numérique terrestre n'entraîne
des gênes et des perturbations dans la distribution actuelle de
leurs programmes. Aucun test technique n'a pu être réellement
effectué pour valider ou démentir ces déclarations.
En outre, les expériences techniques déjà menées
ont permis d'évaluer à 10 % le nombre d'antennes
collectives susceptibles d'être modifiées en profondeur
pour un coût pouvant atteindre 1 600 FF la prise. Pour le reste
il semble que des modifications mineures devront être apportées,
qui correspondent à un coût moyen de 50 FF par prise.
Ces sujets d'ordre technique méritent d'être étudiés
concrètement et justifieraient une expérimentation
technique en vraie grandeur sur un site disposant de réseaux câblés
et d'antennes collectives. Les conclusions de ces expérimentations
devraient être prises en compte lors des travaux de
planification des fréquences.
5.4. L'arrêt à terme de la diffusion analogique
a) S'il est important que le grand public soit informé sans
ambiguïté du fait qu'à terme le numérique
remplacera l'analogique, il serait toutefois imprudent d'annoncer
ou de fixer dès maintenant une date d'arrêt de la
diffusion de l'analogique. Les Etats-Unis, qui l'avaient fait, ont
déjà dû reporter l'échéance
initialement prévue.
L'arrêt de l'analogique sera une opération d'autant
plus délicate qu'il est d'ores et déjà prévisible
que le numérique terrestre ne sera pas disponible dans
certaines zones. Même si des alternatives vont pouvoir être
trouvées avec la réception satellite ou le câble,
l'extinction définitive de l'analogique terrestre sera une décision
politique difficile à prendre. Le Royaume-Uni a commencé
à se pencher sur les politiques publiques qui devront être
conduites en la matière. Nul doute que lorsque l'extension du
parc de réception numérique terrestre sera devenu
significatif, la perspective de baisse des coûts de diffusion
pour les chaînes en diffusion simultanée les incitera à
souhaiter accélérer le calendrier d'extinction de
l'analogique.
Le législateur devrait affirmer le principe d'un arrêt
à terme de la diffusion analogique, en prévoyant une échéance
pour la fixation de cette date et en précisant les principes
qui devront être suivis pour la fixation de celle-ci. L'arrêt
de la diffusion de l'analogique n'interviendrait ainsi que lorsque le
numérique terrestre pourra être reçu par un
pourcentage à déterminer de la population et quand le
prix des récepteurs numériques aura rejoint celui des
matériels analogiques. Un rendez-vous à 2 ou 3 ans
après le lancement du numérique pourrait être prévu,
en vue de préciser une date éventuelle.
b) L'usage des fréquences libérées après
l'arrêt de l'analogique est difficile à prévoir,
compte tenu de la longueur du calendrier de migration. Plusieurs
scénarios, qui peuvent se combiner, peuvent être envisagés
:
- l'utilisation des ressources libérées dans la bande
VHF - UHF par les services mobiles de télécommunication,
notamment à large bande (UMTS), ou la réalisation de
boucles locales radio ;
- l'affectation de la bande VHF à la radio numérique
de terre, les bandes actuellement attribuées au DAB ne
permettant pas d'envisager une migration vers le numérique de
l'ensemble des services de la bande FM ;
- la réception mobile ;
- le déploiement de services de télévision à
haute définition ou de nouveaux programmes de télévision.
Mais la sagesse commande d'observer les évolutions
technologiques et économiques qui se dessineront dans les
prochaines années, avant de prendre des décisions dont
la mise en uvre n'interviendra pas, au plus tôt, avant
2015.
5.5. Le suivi du développement du numérique de
terre
Un suivi rigoureux devra être assuré tout au long de la
conduite du projet de télévision numérique
terrestre, qui reste complexe sur les plans technique, économique
et commercial :
- sur le plan technique, les modalités retenues de
planification des fréquences numériques ne seront pas
sans conséquences, à la fois sur la diffusion
analogique (réaménagements de certaines fréquences)
et sur l'attractivité de l'offre de services en numérique
;
- sur le plan économique, des incertitudes demeurent sur la
nature et l'économie des nouveaux services dont le résultat
dépend du coût des infrastructures et des équipements
de réception, de l'impératif de double diffusion
analogique-numérique et de leur positionnement par rapport
aux offres du satellite et du câble.
Il ne suffira pas de réussir le lancement de la télévision
numérique de terre, encore faut-il assurer sur la durée
une dynamique de développement sans déstabiliser
l'acquis.
Dans ce contexte, il y a sans doute place pour la création
d'une structure spécifique et permanente d'observation et de
suivi du projet de télévision numérique,
associant l'ensemble des acteurs impliqués et les pouvoirs
publics.
Plusieurs formules sont concevables pour constituer une telle "
task force " d'accompagnement, qui pourrait être régulièrement
consultée dans plusieurs domaines, notamment :
- l'évaluation des résultats des travaux complémentaires
d'expérimentations ;
- l'analyse des résultats des travaux économiques et
des études de marchés complémentaires,
conduites en France et à l'étranger ;
- le suivi des opérations de promotion et de communication
auprès du grand public.
Cette structure pourrait prendre la forme d'un groupe de travail
interministériel, avec l'inconvénient toutefois qu'il
serait difficile dans ce cas de faire participer directement les
professionnels aux réflexions stratégiques. Elle
pourrait être un comité consultatif, placé auprès
des pouvoirs publics ou du CSA. Ce qui est important, c'est que la
structure en place puisse informer régulièrement les
pouvoirs publics et le CSA sur les évolutions du projet, en
s'appuyant sur des observations et des études objectives et
concrètes, effectuées à partir du terrain et en
partenariat avec les opérateurs du projet. |