rapports
Rapport de la Commission de réflexion sur Le livre numérique
mai 1999

Auditions de la Commission sur le Livre Numérique

Audition de Philippe QUEAU,
Directeur de la division Information et Informatique de l’UNESCO,
le 08/01/99*

*Compte rendu non validé par l’intervenant.

La « totalisation » : de plus en plus, le patrimoine se présentera dans sa globalité, qui plus est pour un prix très bas.

On n’a plus affaire à des livres mais à des produits qui deviennent mi-flux, mi-stock en entraînant de nouveaux usages qui ne sont plus limités par l'objet.

Chaque étape de la chaîne du livre va être profondément modifiée. Comment, à partir de là, récupérer la plus-value qu'apportait chacun des maillons de la chaîne ?

• L'auteur : peut dorénavant s'adresser directement à des publics très ciblés, communiquer avec ses lecteurs, et produire un nouveau type de livres, les hyper-livres. L’auteur aura donc un rôle beaucoup plus important qu'à l'heure actuelle. N'importe qui, fut-il médiocre, où qu'il soit dans le monde, pourra désormais afficher sa production intellectuelle. Cette évolution conduira à rendre de plus en plus spécifiques les moteurs de recherche en les spécialisant sur des thématiques bien identifiées.

• L'éditeur : la sélection et la labellisation, qui étaient jusqu'à présent de son ressort, demeureront mais en étant effectuées par une communauté de pairs. Les coûts seront incroyablement diminués. Le distributeur classique sera remplacé par un « portail » disposant d'une offre générale couvrant tous les secteurs.

• La librairie : est vouée à disparaître car le nouveau système rend les intermédiaires inutiles. Le livre est actuellement trop coûteux à cause du stock qu'il implique. Ce n'est pas le livre en tant que tel qui est menacé mais le stockage des livres. Les grandes librairies du type de la FNAC disparaîtront certainement car elles coûtent trop cher. Seuls subsisteront des petits commerces spécialisés autour de niches éditoriales et vendant également par Internet.

• La bibliothèque : c'est le maillon le plus précieux car elles exercent une mission de service public à travers des fonctions de formation, d'assistance, de collection et de mémoire. Les bibliothèques demeureront donc mais en se transformant profondément.

• Le public : le public va également changer de manière radicale en s'habituant à « l'alphabétisation du numérique » et à la navigation.

La loi sur le prix unique du livre s'appliquera-t-elle au numérique? Il s'agit d'un problème franco-français, exclusivement territorial alors qu'Internet est mondial. L’idée même de protéger les maillons les plus faibles de la chaîne du livre n'aura plus cours. De surcroît, la loi Lang a été faite pour les livres, mais c'est à des objets d'une autre nature que l'on a affaire.

La propriété intellectuelle : « la volonté même de renforcer la propriété intellectuelle ne répond pas au génie de l'époque. Celui-ci consiste en la faculté de repérer la valeur ajoutée qui peut être apportée aux œuvres ». Philippe Quéau cite l'exemple des USA où il est de plus en plus fréquent de mettre à disposition gratuitement le patrimoine et de faire payer du service autour. La notion classique de propriété intellectuelle n'est pas adaptée à ce nouvel environnement. L’auteur doit être rémunéré pour son travail mais, avec les nouveaux modes de circulation de l'information, il perdra la propriété intellectuelle dont il disposait sur son œuvre. Nous ne faisons que revenir au principe de base du droit d'auteur tel que l'a défini la Révolution Française lorsqu'a été privilégiée la liberté de copie en échange de laquelle l'auteur devait recevoir une rémunération. Le cadre global de la propriété intellectuelle doit être révisé sous l'angle de l'intérêt général. La véritable question étant dès lors de savoir quelle peut être la valeur ajoutée à apporter à l'œuvre afin de la mettre gratuitement au service du public.

L'intermédiation : actuellement des blocages artificiels (édition, prix,...) interfèrent avec l'accès aux œuvres en ajoutant des filtres injustifiés (« les intermédiaires s'accaparent les profits »). On s'oriente de plus en plus vers une circulation sans entrave (donc gratuite) de l'information, y compris en ce qui concerne le livre, du fait des évolutions techniques et de la dimension mondiale du réseau. C'est le service qui sera greffé sur ces données qui apportera de la rentabilité.


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