![]() |
| Rapport de la
Commission de réflexion sur Le livre numérique mai 1999 |
| Pour en savoir plus |
| Annexe 3 : l'évolution des usages |
| Les évolutions constatées dans le domaine du livre |
|
Loffre de livres sest considérablement diversifiée. Toutefois, après avoir fortement progressé, leur lecture semble orientée à la baisse. Un accès très diversifié à lécrit Laccès au livre et à lécrit sest fortement diversifié sur les trente dernières années :
Lécrit occupe probablement une place beaucoup plus importante aujourdhui que cela ne fut jamais le cas. La baisse tendancielle de la lecture de livres Les enquêtes menées sur lévolution de la lecture, notamment lenquête sur les pratiques culturelles des Français réalisée tous les huit ans par le Ministère de la Culture et de la Communication, révèlent :
Ce dernier mouvement devrait être, à terme, le seul à produire ses effets. Ainsi, les ventes de livres, qui représentaient 400 millions douvrages il y a 20 ans, sétablissent actuellement à environ 350 millions. Ces évolutions ne concernent que la lecture de livres stricto sensu. Dans le même temps, la consommation de magazines a fortement progressé, tout particulièrement en France. Malgré le développement spectaculaire de la lecture publique du livre (31 % des Français fréquentent les bibliothèques) et des achats douvrages pratiques ou professionnels, le livre est de moins en moins le support daccès exclusif à lécrit. Une valorisation différente du livre Laiguillon de la lecture comme attitude de transgression ou
comme levier de promotion sociale, dans un contexte où le livre
était peu répandu, a fait place à un
environnement où limprimé est omniprésent,
où loffre de livres est pléthorique et où
la lecture personnelle est devenue une obligation scolaire. Le livre est moins quauparavant un sujet de conversation, de convivialité ou déchange, comme le sont devenus les films de cinéma ou certaines émissions de télévision. Il est renvoyé dans la sphère privée, surtout chez les jeunes. Vécu souvent comme objet de coercition (imposé à lécole et à luniversité ou répondant aux désirs des parents), le livre nest plus nécessairement assimilé à un objet de liberté : ce qui incarne aujourdhui cette liberté, cest la radio que les enfants écoutent en cachette le soir dans leur chambre avec leur baladeur, et non plus le livre quils lisaient sous les draps. Toutes ces raisons expliquent pourquoi la lecture douvrages est peut-être sous-évaluée aujourdhui par ceux qui répondent aux enquêtes, alors quelle était sans doute surestimée il y a vingt-cinq ans. Le développement des pratiques audiovisuelles La baisse des forts lecteurs doit bien sûr être mise en relation avec lessor des pratiques audiovisuelles : écoute de la musique, radio, télévision, usage du magnétoscope, jeux vidéo et maintenant micro-informatique. Les phénomènes suivants peuvent être constatés. Une diversification des usages La généralisation des pratiques audiovisuelles (huit jeunes sur dix par exemple écoutent de la musique tous les jours) saccompagne dune diversification des usages : un nombre croissant de personnes regardent la télévision, écoutent de la musique ou utilisent Internet, mais leurs usages sont de plus en plus différents. La multiplication des appareils lecteurs et/ou récepteurs et leur mobilité accrue favorise cette diversité, tant à lintérieur quà lextérieur du domicile. Elle est également favorisée par le développement
de lutilisation de la télécommande*
et de la « souris » qui rendent immédiatement
disponibles des types doffres et dinformations extrêmement
divers. Une progression à nuancer en ce qui concerne linformatique a) Une progression certes significative La progression de léquipement devrait continuer, dans les trois à quatre années à venir, au rythme de 20 à 25 % par an. Le seuil des 6 millions de foyers possédant un ordinateur multimédia devrait être atteint au terme de cette période. La France a donc rattrapé une bonne partie de son retard et se retrouve dans une situation proche de celle de ses voisins (Allemagne, Italie, Royaume Uni), mais encore loin de celle des États-Unis (40 % des foyers équipés de micro ordinateurs). Mi-1998, le nombre dinternautes français réguliers était estimé à 3 millions, le nombre de foyers abonnés à Internet sétablissant à 600000 (1,2 million en incluant les abonnements souscrits par les entreprises), soit 2,5 % des foyers. Ils représentaient 2 % des utilisateurs dInternet dans le monde, qui étaient pour leur part évalués à environ 150 millions. Certaines projections font état de 10 millions dinternautes français dans les trois à quatre années à venir. À fin 1998 la proportion de foyers français connectés à Internet était passée à plus de 5 %. Toutefois daprès certaines études, sur les 3 millions dinternautes, seuls 500000 navigueraient régulièrement sur le Web, le reste utilisant uniquement la messagerie électronique. b) mais qui ne concerne toutefois quune partie de la
population On estime ainsi fréquemment à 50 % (60 % dans le meilleur des cas), le taux futur déquipement des foyers dans les pays développés. Il est donc illusoire de simaginer que la totalité de la population aura accès aux nouveaux médias. Les disparités sont par ailleurs importantes selon le sexe : tout ce qui touche à la micro-informatique est très majoritairement investi par les hommes. Les utilisateurs des jeux vidéo sont ainsi aux deux tiers des garçons. Cette différenciation est encore plus marquée chez les Scandinaves. Les disparités sociales sont, elles aussi, significatives : ce sont les foyers de cadres et denseignants qui sont les plus équipés, la présence denfants renforçant ce phénomène. À léchelle mondiale, les disparités sont et seront encore plus criantes. On compte ainsi aujourdhui plus de foyers privés délectricité (430 millions) que de foyers vivant dans les pays développés (330 millions). Les pays en voie de développement pèsent pour 10 à 30 % dans laccès aux moyens de communication interactifs dans le monde, alors quils représentent 40 % du PIB mondial et 80 % de la population de la planète. Le développement de ce qui est communément appelé la société de linformation risque daccroître encore le fossé entre les « info-riches » et les « info-pauvres ». Ces perspectives imposent de concevoir daudacieuses politiques de partage des ressources, tant financières que technologiques, éducatives et culturelles, afin déviter que les phénomènes « dillectronisme » ne viennent redoubler et accentuer les handicaps de lillétrisme, de lanalphabétisme et de lexclusion sociale et culturelle. Rappelons à ce propos que la population mondiale compte près de 25 % danalphabètes, proportion qui devrait diminuer dans les années à venir sous leffet des progrès de la scolarisation, et que lillétrisme touche en France une part apparemment incompressible de 5 à 10 % de la population. Lien social et communautés virtuelles Le livre a été pendant longtemps un élément fort dans la manifestation de la sociabilité. Il permettait de partager des expériences et de mettre en commun des solitudes. Comme cela a déjà été souligné, il est maintenant plutôt renvoyé dans la sphère privée, dautres produits culturels layant relayé dans léchange quotidien. Quen est-il avec le numérique? Les technologies numériques, du fait de la multitude de loffre proposée, paraissent contribuer à la dispersion des centres dintérêt et à léclatement du corps social. À linverse, elles permettent à des personnes situées sur les différents continents de la planète de se retrouver autour de préoccupations communes. Ainsi passerions-nous progressivement de communautés de proximité à des communautés virtuelles dintérêt partagé mais géographiquement éclatées, où chacun se trouve à la fois proche du lointain et éloigné du proche. Le livre jouait un rôle « monumental » en constituant lun des ciments des communautés rassemblées. Le numérique paraît sinscrire dans un espace marqué à la fois par la mondialisation des échanges et linsularisation des pratiques sociales. Les pratiques suscitées par le réseau, tels les forums de discussion (news group) ou les causeries (chats), engendrent certes de nouvelles formes de sociabilité : débats autour de livres dopinion ou discussions sur des sujets préalablement choisis par exemple. Il nen demeure pas moins que la très forte spécialisation des thèmes souvent retenus comme objet de ces échanges conduit à une tribalisation de la communication. Une étude de lUniversité de Pennsylvanie a récemment
abouti à la conclusion que les utilisateurs dInternet
souffriraient dune sociabilité amoindrie. Face à
ces risques de balkanisation, on en arrive à constater quun
réseau technique ne peut par lui-même engendrer de
sociabilité sil ny a pas de réseaux sociaux
et culturels présents en amont. Il paraît par ailleurs
indispensable de promouvoir le partage de cultures communes (le véritable
sens de la « culture générale ») et de développer
des espaces publics daccès au savoir et à léchange.
Les initiatives publiques visant à fédérer sur le
réseau des contenus dintérêt général
destinés au plus large public* répondent
à cet objectif. Lecture et écriture Lune des caractéristiques des technologies numériques tient à ce que les équipements de lecture sont la plupart du temps aussi des outils décriture. Les produits proposés par les éditeurs multimédia, telles les encyclopédies, permettent au lecteur de se constituer des fichiers documentaires personnalisés en intégrant ses propres commentaires aux contenus quil a sélectionnés. Linteractivité ne se résume pas au choix entre une multitude de parcours pour consulter les contenus. Le récepteur quest le lecteur est toujours, simultanément, en situation dêtre lui-même émetteur, cest-à-dire producteur de contenus. Dune certaine façon lécriture, avec le numérique, prend le pas sur la lecture. Il convient bien entendu de se garder de tout angélisme en la matière. Écrire, comme lire ou parler, est quelque chose qui sapprend. Il nen est pas moins vrai que les technologies numériques réduisent le fossé entre la réception passive et lémission active. En outre, elles sapparentent souvent dans leur usage, comme en témoignent nombre de messages électroniques, plutôt au langage parlé quaux formes consacrées de lexpression écrite. Elles peuvent, pour cette raison, jouer un rôle dans la lutte contre les exclusions sociales et culturelles. Plusieurs responsables de ATD Quart Monde ont ainsi expliqué, lors des dernières rencontres organisées à Autrans en janvier 1999 par lISOC France (section française de lInternet Society), que les outils multimédias offraient aux personnes issues des milieux défavorisés des moyens dexpression en fait mieux appropriés à leur situation que les moyens traditionnels. Grâce à leur polyvalence (images et textes par exemple), ils leur permettent plus rapidement dexprimer une part importante de leur vécu. Ils constituent pour elles, de ce fait, des instruments de reconnaissance de lidentité et de la globalité de leur personne, ce qui est un préalable à toute action de formation. Pour ces mêmes raisons, des programmes comme celui des Espaces Culture Multimédia mis en uvre par le Ministère de la Culture et de la Communication en 1998 en liaison avec les collectivités locales, et destinés à sensibiliser, initier et former de larges publics aux outils de lecture et décriture multimédia, doivent être vivement encouragés. |