rapports
Rapport de la Commission de réflexion sur Le livre numérique
mai 1999

Pour en savoir plus

Annexe 2 : l'édition électronique

Les effets du numérique sur l'édition de livres

Au stade actuel de développement, encore embryonnaire, de l'édition électronique, il n'est possible que de pointer certaines modifications envisageables de l'offre, étant entendu que les évolutions sur le moyen et le long terme sont difficilement prévisibles.

L'édition numérique permet de faire exister des livres diffusés à quelques centaines d'exemplaires et de prolonger la vie de titres se vendant à quelques dizaines d'exemplaires par an. Ainsi modifie-t-elle l'équation économique de l'édition de livres à faible tirage et évite-t-elle à l'éditeur de devoir arbitrer entre les coûts du stockage et la mise au pilon d'ouvrages à rotation lente.

Elle constitue une solution appropriée à l'édition de titres exigeant des rééditions actualisées très fréquentes, comme les livres de droit ou certains ouvrages pratiques.

Elle permet également, grâce à la scannerisation d'exemplaires originaux, de ménager au public un accès élargi à des ouvrages rares ou fragiles.

L'impression sur place, par exemple dans les lieux de vente ou de lecture publique, peut permettre en outre d'éditer des ouvrages à la demande des lecteurs et de résoudre, par là, en partie le problème des invendus.

Les livres sur support électronique

Les versions électroniques d'ouvrages disponibles jusque-là sous forme papier

Les ouvrages volumineux (plus de 1000 pages) paraissent constituer un terrain particulièrement favorable à l'édition électronique sous forme de CD-Rom ou de DVD-Rom : moindre encombrement physique, plus grande maniabilité.

C'est tout particulièrement le cas lorsqu'il s'agit d'ouvrages à lecture discontinue. Les encyclopédies constituent le produit phare dans cette catégorie. La plupart des éditeurs multimédia disposant d'une forte surface financière en ont mis sur le marché.

Certaines sont la version électronique d'une encyclopédie papier. D'autres sont de nouveaux produits à part entière. Le métier d'encyclopédiste ne tient pas à la fabrication d'un support papier mais à la constitution et à la mise à jour d'une base de données pour laquelle le papier n'est pas indispensable. Le numérique multiplie quasiment à l'infini la possibilité d'organiser des liens et des enchaînements dans la connaissance. Il est enfin possible d'actualiser fréquemment l'encyclopédie, au lieu d'un rythme de sept à dix ans pour les versions papier.

Le coût unitaire est beaucoup moins élevé que celui des versions papier, dans un rapport de un à quatre. Introduit en 1995, le premier CD-Rom de ce type a d'emblée dépassé les ventes de la version papier : 100000 CD-Rom vendus en trois ans (soit une moyenne de 30000 par an), les ventes annuelles de la version papier étant passées de 20000 à 5000 ou 6000exemplaires. On voit à la lecture de ces chiffres que le numérique pourrait élargir de façon significative le marché des encyclopédies et qu'il constitue, dans ce segment, un substitut au livre papier.

Les dictionnaires électroniques se trouvent, à l'égard des ouvrages papiers, dans une situation proche de celle des encyclopédies. Toutefois, ces produits n'ont pas pour l'instant suscité le même engouement de la part des éditeurs et du grand public. Le moindre encombrement des versions papier et un avantage tarifaire beaucoup plus modeste expliquent, au moins en partie, cet état de fait.

Les développements prévisibles d'une " para-édition "

a) Les produits dérivés de bases de données
L'un des aspects les plus novateurs du numérique réside dans la possibilité de décliner ou de réorganiser une base de données à travers plusieurs canaux et différents supports de distribution. On peut citer à titre d'exemple les dictionnaires thématiques et les CD-Rom historiques.

b)Les produits éducatifs L'interactivité,
la présentation éventuellement ludique des contenus et les liens hypertextes font des CD-Rom et DVD-Rom des supports a priori adaptés à la réalisation de produits éducatifs.

Les ventes de CD-Rom éducatifs représentent en France, comme dans les pays voisins, au moins 15 % du marché grand public.

L'usage de ces produits dans les établissements scolaires est encore marginal. On peut toutefois supposer que dans certains domaines, tel l'apprentissage des langues, il pourrait s'étendre.

L'exigence de qualité éditoriale doit ici être rappelée avec force.

c)Les produits culturels
Les CD-Rom à contenu culturel représentent également 15 % des ventes globales de CD-Rom en France. C'est une proportion triple de celle observée chez nos voisins.

Un patrimoine culturel riche, notamment dans le secteur des musées, et l'existence de réseaux de ventes spécialisés dans le domaine des biens culturels expliquent sans doute ce phénomène. Rien ne garantit cependant que cette proportion se maintiendra durablement dans le futur.

Les livres d'art et plus généralement les ouvrages réservant une large place à l'image pourraient se trouver plus particulièrement concurrencés. Toutefois les pratiques de distinction sociale doivent également être prises en compte.

L'édition en ligne

L'édition en ligne sur Internet est un secteur encore balbutiant. Les initiatives sont pour la plupart à caractère expérimental ou parfois sauvage (diffusion non autorisée sur Internet d'ouvrages existants).

Les rares expériences actuellement conduites proposent différents produits :

  • téléchargement sur son micro-ordinateur, sous forme de fichiers électroniques, d'ouvrages récents, disponibles également en librairie;
  • diffusion d'ouvrages inédits ou indisponibles en librairie, pour lesquels l'acheteur peut choisir entre une version électronique téléchargeable et une édition papier. On peut citer le cas de 00h00, dont les trois-quarts des commandes enregistrées jusqu'à présent ont porté sur les versions électroniques des ouvrages. Le coût de celles-ci s'établit, selon le cas, entre 35 et 70 % de celui des versions papier.

Par ailleurs, l'édition en ligne connaît déjà des développements importants dans certains créneaux : c'est le cas par exemple des articles scientifiques, l'autopublication par les auteurs de leurs contributions court-circuitant souvent les revues papier et leurs procédures de sélection. Les progrès qui seront réalisés dans les prochaines années en matière de transmissions à haut débit, qui réduisent considérablement les temps de téléchargement, pourraient favoriser un essor important de ce secteur et une diversification des œuvres proposées.

Du livre objet au livre étendu

Le numérique nous fait passer progressivement du livre objet au livre étendu.

Le livre objet, c'est le pavé de papier fermé sur lui-même à l'intérieur de sa couverture.

Le livre actuel peut désormais avoir des prolongements : mises à jour, produits dérivés, émissions de radio ou de télévision, débats et discussions.

Le CD-Rom augmente les possibilités d'extension du livre et l'Internet encore davantage. On peut aussi imaginer des kits combinant plusieurs types de support : livres, diapositives, cassettes audio ou vidéo, CD-Rom ou DVD, etc.

C'est cette extension du livre dans différentes directions plutôt que son inscription dans un support numérique, qui caractérise le livre de demain.