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| Rapport de la
Commission de réflexion sur Le livre numérique mai 1999 |
| Auditions de la Commission sur le Livre Numérique |
Audition de Pierre RAIMAN, Président-Fondateur de Montparnasse Multimédia, le 20/11/98 |
Pierre Raiman met l'accent sur la difficulté à définir les auteurs d'un produit multimédia, les auteurs crédités au titre de la propriété littéraire et artistique n'étant pas les seuls et, parfois, pas les principaux auteurs. La création multimédia est le plus souvent le fait d'une équipe (y compris l'informaticien qui prend une part importante dans la création) au sein de laquelle on peut difficilement répartir rigoureusement le travail de création. Que devient, dans ce nouveau contexte, la relation éditeur/auteurs? À plusieurs reprises a été évoquée la proximité entre la réalisation d'un CD-Rom et celle d'un film, l'un et l'autre faisant intervenir plusieurs niveaux de créateurs et pouvant entretenir un rapport similaire au livre lorsqu'il s'agit d'adaptation, ce qui est le cas pour le CD-Rom sur l'Histoire de France, largement inspiré des articles de l'Encyclopaedia Universalis. Cette origine justifie-t-elle d'ailleurs que l'on parle de livre numérique? Ce dernier pourrait se définir sur la base de son origine et de la présence d'une écriture, d'une mise en scène propre à l'informatique (comprenant de l'interactivité), donc d'une plus-value apportée au livre d'origine. La présentation du CD-Rom par Pierre Raiman donne lieu à un certain nombre de critiques portant sur la nature du produit (« entre-deux » ni pour chercheurs ni pour lecteurs « classiques »), sa finalité (« fantasme » car préjuge de l'appétit de l'utilisateur alors que les enquêtes montrent que les gens lisent de moins en moins, préjuge également de la capacité à être en même temps lecteur et auteur). Pour quelles raisons un changement de support permettrait-il de créer des lecteurs savants ayant retrouvé de la curiosité et le goût d'apprendre? Pourquoi faire croire aux gens qu'ils ont la capacité à utiliser toutes les potentialités d'un tel produit? De quelle manière, sous couvert d'interactivité et de personnalisation des contenus, dirige-t-on en fait la réception des connaissances par l'utilisateur? La « métalecture » va-t-elle prendre le pas sur la lecture? Pierre Raiman justifie sa démarche en partant des dysfonctionnements du système éducatif et des bouleversements introduits par la présence inédite d'une même machine, l'ordinateur, à l'école, au travail et au domicile. Linformatique permet de reconstruire un savoir et une didactique en étant présente dans ces trois sphères et en aidant l'utilisateur à se bâtir sa propre culture et à se repérer dans une information de plus en plus complexe et diverse. Est-il utile, avec un tel CD-Rom, de maintenir une version papier? Ce CD-Rom modifie-t-il le rapport à la lecture, ne serait-ce que par le temps nécessaire à passer devant l'écran ou par la capacité à se déplacer (voire se disperser) entre plusieurs supports (texte, peinture, cinéma, musique,...) ? Modifie-t-il également le rapport à l'imaginaire ? Avec l'apparition de produits tels que le CD-Rom sur l'Histoire du XXe siècle, que deviennent les fonctions de l'école ? Certains intervenants soulignent le risque d'une « techno-école » où le « copier-coller » et la maîtrise de techniques remplaceront l'apprentissage des connaissances. Selon d'autres, beaucoup d'ouvrages parascolaires permettent déjà aux élèves de faire des exposés sans lire de textes et l'intérêt du CD-Rom réside dans sa capacité à organiser une somme considérable d'informations en suscitant chez l'utilisateur une activité intellectuelle stimulante. D'autre part, il n'existe pas de savoir qui ne soit déjà organisé par des « médiateurs » (éditeurs, professeurs, auteurs, journalistes, parents,...). N'est-il pas toutefois contradictoire de constater que l'école allège ses programmes au moment où sont offerts sur le marché des produits d'une complexité croissante ? Qui va apprendre à utiliser ces produits, à penser à partir des connaissances qu'ils apportent ? |
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