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| Rapport de la
Commission de réflexion sur Le livre numérique mai 1999 |
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Audition de Louis LECOMTE 1.La version papier de l'Encyclopædia Universalis L'encyclopédie se présentait jusqu'à présent comme une forme d'édition très ancrée dans le papier (en 1990, l'Encyclopædia Universalis utilisait 2000 tonnes de papier) dont l'économie reposait sur le "dogme" de l'unicité du produit et du réseau de distribution. Les formes de consommation étaient elles-mêmes standardisées : un achat pour une famille et pour une génération, un prix, pour ce type d'encyclopédie, harmonisé dans le monde entier autour de 2000 $. Ces traditions ont volé en éclats avec l'introduction du support numérique, ce qui ne signifie pas pour autant que la demande d'encyclopédie se soit tarie. Aujourd'hui, la version papier de l'Encyclopædia Universalis est toujours disponible (prix : environ 9000 F) et se vend, notamment aux bibliothèques, au travers d'un petit réseau de courtage passé en quelques mois de 300 à 30 vendeurs. Le nombre de ventes annuelles est inférieur à 5000 à 6000 exemplaires contre 20000 entre 1970 et 1990. Le niveau actuel des ventes de l'encyclopédie sur support papier n'est donc pas négligeable mais se révèle insuffisant pour rentabiliser l'activité de la maison d'édition qui s'est aujourd'hui radicalement tournée vers le numérique. Cette évolution n'est pas commune à toutes les encyclopédies : ainsi, l'équivalent allemand de l'Universalis est en train d'achever une nouvelle édition imprimée dont le prix de vente approche les 18000 F. 2.Les nouveaux produits Des deux volets de l'activité d'Encyclopædia Universalis, la création, l'entretien et l'enrichissement d'une base de données de culture générale, d'une part, et la publication des données d'autre part, seul le second a été profondément modifié par l'introduction du numérique. Louis Lecomte insiste en effet sur le fait que le métier d'encyclopédiste, en soi, n'avait strictement pas changé, celui-ci ne tenant pas à la fabrication d'un support papier mais à la constitution et à la mise à jour d'une base de données à laquelle le papier n'est absolument pas indispensable. Quel que soit le support, la base et le contenu de l'encyclopédie sont identiques. Plus encore, la possibilité de réaliser le projet de l'encyclopédie, c'est-à-dire d'organiser des liens et des enchaînements dans la connaissance, est multipliée à l'infini avec le numérique. Autrement dit, Diderot faisait déjà de l'hypertexte avec les moyens de son temps. Pour l'Encyclopædia Universalis, les aspects les plus novateurs de l'introduction du numérique ne résident donc pas seulement dans l'utilisation de l'hypertexte ou même de l'image ou du son mais aussi dans la possibilité de décliner sa base de données à travers plusieurs supports et différents canaux de distribution.
Le CD-Rom est équipé d'une " clé " qui se branche sur l'ordinateur et identifie l'utilisateur afin de limiter les copies. Le piratage existe tout de même et oblige l'éditeur à innover chaque année afin de rendre caduques, sur un plan technologique et au niveau du contenu, les versions précédentes. Cette attitude offensive contraste avec la tradition de l'encyclopédie longtemps protégée par l'impossibilité de photocopier la version papier. Le CD-Rom de l'Encyclopædia Universalis est vendu par correspondance.
La dimension symbolique n'est pas à négliger dans la mesure où l'attachement à la présence physique de l'encyclopédie sur les rayonnages de la bibliothèque familiale se retrouve, de manière exacerbée, dans le CD-Rom qui, en offrant la possibilité de bâtir ses propres répertoires ou recherches, permet de personnaliser son rapport à l'encyclopédie. Internet est sous cet angle beaucoup plus anonyme et présuppose un rapport utilitaire à l'encyclopédie dans lequel la dimension symbolique intervient peu. Louis Lecomte ajoute que le " papier " ne lui paraît plus être le support adapté pour conserver des données volumineuses. Il demeure précieux et sans doute irremplaçable pour la conservation de données en quantité plus restreinte (1000 à 2000 pages, un seul volume, plus maniable...). Dans cette dernière hypothèse, le livre n'est pas concurrencé par l'édition électronique. L'avantage du multimédia réside pour sa part dans la possibilité de suggérer à l'utilisateur un parcours, une évolution, de " pousser " vers lui des informations. |
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