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| Rapport de la
Commission de réflexion sur Le livre numérique mai 1999 |
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Audition de Patrick BAZIN Audition de Patrick BAZIN La présence du numérique à la BM de Lyon se décline à travers trois types de produits :
Autre exemple : 10000 enluminures de manuscrits médiévaux numérisés et accessibles via Internet. Par ailleurs, la BM de Lyon, compte tenu de l'ampleur de ses collections patrimoniales, réfléchit à l'édition à la demande d'ouvrages tombés dans le domaine public. Aussi est-elle en discussion avec Librissimo (une émanation de Bibliopolis et des Éditions à la Carte) en vue de la numérisation et de la diffusion de ces fonds.
Internet rencontre un succès considérable. D'un côté les connexions au site de la BML ne cessent de croître actuellement 38000 requêtes par semaine, dont 55 % provenant de l'étranger. De l'autre, celle-ci a de moins en moins les moyens (en termes de postes et de débits) de répondre aux demandes, exponentielles, d'accès aux ressources électroniques extérieures. La BM de Lyon est en train de faire évoluer son système informatif afin de regrouper autour d'un réseau intranet/internet ces trois modes d'accès à la documentation. Selon Patrick Bazin, le numérique ne modifie pas l'objectif de la bibliothèque puisque ce qui importe est moins le livre que le contenu textuel. Par contre, les modalités d'exercice de la profession de bibliothécaire et les usages des publics se transforment profondément. Les usagers des bibliothèques ont ainsi des demandes plus importantes en matière d'accès aux informations, dont l'hétérogénéité est beaucoup plus grande avec l'électronique. Le bibliothécaire, quant à lui, doit maîtriser cette nouvelle offre de contenu; son rôle est de plus en plus d'accompagner le lecteur dans ses recherches. Mais jusqu'où doit-il aller? Faut-il envisager une tarification? En devenant médiathèques, les bibliothèques ont, en outre, absorbé d'autres supports et sont devenues des lieux de plus en plus polymorphes où le lecteur vient "faire son marché". En tout état de cause, l'électronique repositionne les bibliothécaires au cur de la médiation avec les savoirs. Par ailleurs, les bibliothèques ont, bien sûr, une responsabilité dans la sensibilisation et même la formation du public aux nouvelles technologies de l'information et de la communication. Elles comptent parmi les rares lieux, largement ouverts et fréquentés, qui peuvent contribuer à réduire l'écart, sans doute grandissant, entre ceux qui, d'une part, possèdent et maîtrisent la technologie et, d'autre part, ceux qui en sont exclus. Le développement de l'électronique peut également modifier la nature des relations que les bibliothèques entretiennent avec les autres acteurs de la chaîne du livre, et d'abord les éditeurs et les libraires. Ces relations connaissent actuellement une certaine tension liée à la question du droit de prêt et à celle des rabais obtenus par les bibliothèques pour l'achat des livres. Le développement du commerce électronique et de services associés aux produits (tels qu'une information bibliographique de qualité) va peut-être permettre de dépasser ce conflit entre clients et fournisseurs et décaler le débat vers un véritable partenariat entre bibliothèques et éditeurs/libraires. Ne peut-on imaginer, par exemple, que les bibliothèques publiques, qui sont d'excellentes vitrines de l'édition, offrent à leurs lecteurs, moyennant un cadre juridique adéquat, la possibilité de commander directement des livres chez des libraires ou même de se les faire imprimer sur place? Par ailleurs, des partenariats de co-production sont envisageables dans le domaine de la réimpression d'ouvrages épuisés ou de la création de documents électroniques nécessitant un travail de documentaliste. Quant aux relations avec le système éducatif, elles ne peuvent que se renforcer du fait de la nature de plus en plus médiatrice et participative de la pédagogie. À bien des égards, le modèle de la bibliothèque, comme " machine " à transmettre et à socialiser un savoir mondialisé, se situe de plus en plus au cur ou, du moins, à la croisée des chemins du processus éducatif. En ce qui concerne la conservation des documents, le microfilm semble être encore, aujourd'hui, le mode d'archivage le plus fiable et le moins cher. La pérennité des supports optiques semble plus faible et celle des outils de lecture (matériels et logiciels) encore davantage. Mais les avantages liés au document numérique (accès à distance et mode d'appropriation plus souple) vont tout de même très rapidement prévaloir. Ils le feront dans le sens d'un " archivage dynamique ". En effet, les problèmes de migration (d'un support à l'autre, d'un outil de lecture à l'autre) induits par une conservation durable deviennent primordiaux. Il est urgent d'y réfléchir à l'échelle nationale et même internationale, de façon concertée et planifiée. En tout état de cause, à la séparation entre contenu, support et mode lecture, qui prévalait avec le livre classique va se substituer une réalité hybride caractérisée par une intrication entre contenu et outil de lecture, celui-ci influant sur celui-là. Si ce dernier change, le contenu lui-même s'en trouve modifié, même de façon marginale. Mais les questions actuellement les plus cruciales sont économiques et politiques. Elles concernent, avant tout, les coûts de télécommunication (extrêmement bloquants aujourd'hui); mais aussi le prix de la documentation électronique et des droits qui lui sont liés; et, enfin, la liberté qu'ont les bibliothèques publiques de valoriser ou non leurs propres collections. En particulier, la perspective du paiement à l'acte, liée à la nature dynamique et fractionnable de la documentation électronique, pose un problème radicalement nouveau aux bibliothèques publiques. Le livre était acquis une fois pour toute et contenait potentiellement un nombre infini de lectures. Ce n'est plus le cas du document électronique qui n'existe qu'à travers l'acte de lecture lui-même. Il est donc urgent que les pouvoirs publics prennent des mesures
concrètes en la matière : Il devient donc urgent de redéfinir ce que signifie l'espace public du savoir dans le contexte de la nouvelle économie de l'information. Une piste est à rechercher du côté du concept de partage : le savoir généraliste et encyclopédique, commun à l'ensemble des citoyens. Le partage du savoir est même une condition de l'échange économique, un peu comme le réseau routier est une condition de la circulation des produits. La question de son coût, tout en se posant, bien évidemment, ne peut donc être envisagée uniquement en terme d'offre et de demande, car elle concerne la collectivité prise dans sa globalité (en tant que corps social) et non des segments de celle-ci. |
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