Protocole de
décentralisation culturelle en Lozère Conseil
Général de la Lozère Ministère de la Culture et
de la Communication Secrétariat d'Etat au Patrimoine et à la
Décentralisation culturelle Javols, vendredi 13 juillet 2001
Préambule :
Le sens de ce protocole est de
réaliser une expérimentation en grandeur réelle, à
l'échelle d'un département pris dans sa globalité, et dans
tous les secteurs de la vie culturelle patrimoniale. La durée de
l'expérimentation (3 ans) pourra contribuer à formuler, à
préciser, sinon à résoudre en partie les problèmes
d'ordre technique, politique, juridique, administratif, social et culturel qui
restent posés. La mise en uvre de ce projet s'élaborera
avec la mobilisation de tous les partenaires acteurs du développement
que sont les fédérations d'éducation populaire, les
élus des différentes collectivités, les
représentants des différentes administrations et les acteurs
socio-économiques et culturels. Compte tenu de l'expérience
partagée depuis plusieurs années avec l'ensemble des partenaires
culturels dans ce département, il a été convenu de
travailler simultanément sur les thématiques du patrimoine et de
l'éducation au patrimoine.
Cette démarche expérimentale
est rendue possible par deux facteurs : - l'exiguïté de
l'échelon territorial et démographique : avec 73.509 habitants,
pour 5 200 km², la Lozère est l'un des plus petits
départements français, et en tous cas le moins peuplé ;
- La qualité et l'intensité de l'expérience
déjà accumulée ; à cet égard la
démarche entreprise depuis plusieurs années met en lumière
quelques pistes de réflexion qui pourraient se transformer en
hypothèse de travail pour la mise en uvre des modalités de
coopération entre tous les acteurs de ce territoire.
Préalable :
Objectivement, deux éléments
de méthode apparaissent désormais incontournables :
- en premier lieu, l'observation et
l'analyse de la vie culturelle sur ce territoire à travers les questions
liées à l'emploi, les flux financiers, les équipements
indispensables à la mise en uvre d'une telle politique ;
- et en second lieu, la formation de tous
les acteurs de cette démarche aux problématiques de
coopération culturelle en même temps que des formations aux
nouvelles fonctions générées par l'expérimentation
de nouvelles responsabilités.
Objectif :
Il s'agit d'une démarche
contractuelle progressive et prospective qui répond à trois types
d'objectifs :
- clarifier et redéfinir les
responsabilités de chacune des collectivités ainsi que celles qui
relèvent de l'Etat au titre de l'intérêt national dans le
domaine du patrimoine et de l'éducation au patrimoine ;
- développer et améliorer le
service public de la culture dans les domaines du patrimoine ;
- dégager les dispositions
susceptibles d'inspirer les prochaines étapes de la
décentralisation.
Domaine :
Sont concernés l'étude, la
conservation et la mise en valeur du Patrimoine bâti (architectural,
archéologique, protégé au titre de la
réglementation des Monuments historiques, ou vernaculaire), non
bâti (objets mobiliers et muséographiques), écrit
(bibliophilique et archivistique), ou immatériel (ethnologique). Une
attention particulière sera portée à la cohérence
de l'économie générale du patrimoine dans le
département de la Lozère. On sait que ce domaine du
patrimoine est celui où les implications régaliennes ( loi du 31
décembre 1913 sur les Monuments Historiques, Loi du 27 septembre 1941
sur la recherche archéologique) ou même seulement normatives des
services de l'Etat sont les plus grandes. Les propositions qui suivent,
sans remettre en cause à priori les réglementations existantes,
s'appuient très pragmatiquement sur les marges de manuvre
qu'autorise la pratique administrative courante. Au terme de la
période expérimentale, et en fonction de l'évaluation qui
en sera faite, ces propositions pourront donner lieu à toute extension
qui paraîtrait souhaitable.
Il est convenu, entre - l'Etat,
représenté par Monsieur le Préfet de
Département - Le Conseil Général,
représenté par Monsieur le Président du Conseil
Général de mettre en uvre, dans le cadre du présent
protocole, les actions suivantes :
1 - Observation
- état des financements publics, de
l'économie culturelle et de l'emploi,
- diagnostic qualitatif de l'existant
culturel sur le département,
- observation et suivi de la
démarche.
L'observatoire des politiques publiques en Europe du Sud
sera chargé de cette mission d'observation et contribuera en relation
avec le comité de pilotage au suivi et à l'évaluation de
l'expérimentation.
2 - Formation
La réflexion sur un nouveau partage
des responsabilité en matière culturelle suppose la formation
conjointe des acteurs de la décentralisation (Etat et collectivités,
mais également associations) au fait culturel et à la
coopération ainsi que la formation des techniciens recrutés pour
la mise en uvre des nouvelles fonctions partagées avec les
collectivités (à la restauration des monuments historiques,
à la maîtrise d'ouvrage, etc
) les partenaires : le
CNFPT, l'Université, les observatoires des politiques publiques, le Parc
National des Cévennes
3 - Centre départemental de ressources
culturelles
3-1
- Le Département s'engage à
créer un Centre Départemental de Ressources Culturelles
regroupant l'ensemble des données du patrimoine culturel
lozérien. Ces informations seront organisées autour d'une base de
données en vue de faciliter leur diffusion.
3-2 - Ce centre de ressources sera
basé aux Archives Départementales et les informations qu'il
regroupera seront mises à disposition :
- du grand public par
l'intermédiaire du site Internet du Conseil Général en
cours de réalisation,
- du secteur scolaire également par
Internet et par la réalisation de produits de restitution
spécialisés (CD Room, valises pédagogiques,
)
- des chercheurs et des professionnels par
des modalités d'accès réservées ou à la
demande.
Le démarrage de cette action sera
initié par le service des Archives Départementales. En 2002,
un attaché de conservation spécialité musée sera
recruté pour prendre en charge cette action. A cet égard, il
conviendra de réfléchir dans le cadre de ce protocole à
élargir le champ des disciplines (arts plastiques, patrimoine) et
à établir une relation avec l'Education Nationale.
4 - Service patrimonial
Il s'agit de renforcer en Lozère la
politique d'inventaire du patrimoine lozérien dans les deux domaines
mobilier et immobilier.
4-1- Depuis le 1er septembre 2000, une
attachée de conservation recrutée par le Département se
consacre à l'inventaire mobilier du Département qu'elle devrait
achever en 2003 pour se consacrer ensuite au patrimoine immobilier. Pour
cet inventaire immobilier en 2002, le Département prendra le relais de
l'Association pour la connaissance du patrimoine en
Languedoc-Roussillon en recrutant à temps partiel un contrat
à durée déterminée.
4-2 - La définition d'une politique
patrimoniale s'appuie sur une documentation scientifique destinée
à identifier les patrimoines concernés : architectural, mobilier
et archéologique, elle permet de connaître leur état de
conservation. A titre expérimental, il est donc proposé de
faire réaliser l'inventaire des objets mobiliers (publics) par le
Département et selon la méthodologie nationale de l'Inventaire
général. Les données recueillies doivent permettre de
répondre aux différentes attentes du Département et de
l'Etat. En ce sens, l'analyse sanitaire des uvres et des édifices
contenants apparaît comme essentielle dans une politique de gestion de ce
patrimoine par la collectivité et l'Etat. Cette réflexion sur une
nouvelle forme de gestion constitue l'un des enjeux de ce protocole.
5 - Création d'un Système
d'Information Géographique (S.I.G.)
Cette base informatique de données
patrimoniales avec localisation géographique fera bien sûr partie
du Centre départemental de ressources culturelles : ce qui
nécessitera un accompagnement technique par un emploi à temps
partiel spécialisé. Il convient également de
réfléchir à une autre forme d'utilisation plus
opérationnelle pour le département et l'Etat dans le cadre d'un
SIG et d'examiner les liens à opérer entre les différentes
formes de restitution. (pour le grand public, les chercheurs, les
administrations).
6 - Conservation, mise en valeur et
gestion de sites archéologiques
Le site archéologique de
Javols
Le Département et l'Etat se sont
déjà beaucoup investi dans le développement de ce site en
subventionnant chaque année les fouilles archéologiques et en
créant un espace muséographique. Des actions sont
prévues pour compléter la mise en valeur du chantier de fouilles
pour le grand public :
6-1 - En 2002 l'Etat fera une étude
scientifique de réévaluation des deux parties fouillées du
site.
6-2 - Le Département prendra ensuite
en charge :
- dès 2002 une étude de
restitution et la présentation au public des parties déjà
fouillées, ainsi que la communication autour des fouilles.
- en 2003 une étude préalable
d'aménagement général du site par l'Architecte en chef des
Monuments Historiques. Le rapport général de synthèse de 6
années de sondage par l'Université de Tours sera rendu public et
un colloque sur " Les capitales de provinces romaines disparues " sera
organisé.
6-3 - D'autre part, la question de
l'évolution de la gestion du site du Mausolée de Lanuéjols
sera étudiée dans le cadre du protocole.
6-4 - Il conviendra de
réfléchir à la place que pourraient avoir les sites
archéologiques de Javols et de Lanuejols dans le cadre d'une politique
patrimoniale et (ou) d'éducation et de tourisme. Cette réflexion
devra conduire, si nécessaire, à s'interroger sur leur mode de
gestion, sur le devenir des dépôts départementaux, sur les
moyens à mettre en uvre pour développer des espaces de
valorisation
7 - Travaux de conservation du patrimoine
bâti
7-1 - L'établissement d'une politique
patrimoniale départementale génère un certain nombre de
questions sur les moyens de conservation mis en uvre par l'Etat, le
Département et d'autres institutions. Les questions exposées
dans le cadre du protocole sont les suivantes :
- l'intégration de l'uvre
(édifice ou objet) dans son environnement : problématique de la
conservation préventive,
- gestion des abords objectifs
- modalité de la restauration du
patrimoine
Seront également abordées les
questions des matériaux traditionnels, des offres par les entreprises
locales en matière de techniques et savoir faire, des surcoûts
engendrés et des modes compensatoires, des politiques d'aide
déjà existantes et d'étudier le transfert de certains
moyens, voire de certaines compétences de l'Etat vers le
Département, pour répondre plus efficacement à de nouveaux
objectifs.
7-2 - L'Etat et le Département
poursuivront leurs efforts sur le Patrimoine Rural Non Protégé,
les Monuments historiques et leurs abords.
7-3 - Une expérience
méthodologique de conservation des objets mobiliers sera menée en
2001 sur deux cantons test (Saint-Alban sur Limagnole et le Malzieu) et pourra
déboucher sur l'intervention d'une équipe de conservation
préventive.
7-4 - Des actions de formation et de
sensibilisation à la restauration du patrimoine bâti seront
à mener en liaison notamment avec le Conseil d'Architecture, d'Urbanisme
et d'Environnement.
8 - Patrimoine graphique
Le Département a décidé en
accord avec l'Etat d'engager une opération de numérisation des
documents conservés aux Archives Départementales en
commençant par l'iconographie et l'Etat Civil. Cette action s'inscrit
parfaitement dans les objectifs du centre de ressources culturelles en
facilitant la mise à disposition des informations au public. Cette
opération est à coordonner avec le projet de Plan
Départemental de Repérage, sauvegarde et mise en valeur du
patrimoine écrit et graphique.
9 - Suivi pilotage et évaluation de ce
protocole
9-1 - Le
présent protocole est signé pour une durée de trois
années. 9-2 - Il fera l'objet d'un suivi et d'une évaluation
conjointe avec l'appui de l'Observatoire des politiques publiques en Europe du
sud. Le détail des implications budgétaires des
différentes actions est reporté en annexe 2. (programmation
budgétaire). 9-3 - A cet effet, un comité de pilotage dont la
composition est précisée en annexe 1 sera réuni au moins
une fois par an et sera co-présidé par le Préfet de
Département et le Président du Conseil Général.
9-4 - Un comité technique à dimension variable sera
constitué. Il sera composé des techniciens, conservateurs de la
DRAC et du Conseil Général, auxquels pourra s'adjoindre à
la demande, toute personne dont la réflexion peut apporter à la
connaissance de ce comité. Ce comité sera chargé
d'étudier dans le détail chaque mesure de ce protocole, d'en
établir la problématique et d'élaborer des propositions
qui seront présentées au comité de pilotage. Il sera
mobilisé autant que de besoin par les deux partenaires en fonction d'un
calendrier et d'une programmation préalablement
déterminés. Le secrétariat de ce comité technique
sera assuré par les services de la DRAC et du Conseil
Général.
9-5 - Dans le cadre de ce protocole et dès
2002, la DRAC et le Conseil Général pourront amplifier leur
collaboration par un avenant à ce texte dans lequel seront
développés les axes de travail issus des actions menées et
dont l'évaluation aura souligné l'intérêt d'un
prolongement et d'un réaménagement des textes législatifs
pour une mise en uvre concrète de la décentralisation
culturelle dans le département de la Lozère.
Fait à Javols, le 13 juillet 2001
En présence de Mr le Secrétaire d'Etat
au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle Michel
Duffour
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