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Les industries culturelles et l’Internet
Département des études et de la prospective
en collaboration avec
le Centre national de la cinématographie
la Direction du développement des médias.


Quelle place sur l'internet pour les industries culturelles ?

Il s’agit ici de dessiner le paysage de la production industrielle de programmes numériques « culture et médias » et de leur diffusion, principalement sur l’internet. Ces questions, toujours primordiales en France, permettent d’appréhender la société de l’information selon un prisme original.

Les services d’études du Ministère de la culture et de la communication, auteurs de ce document, ont privilégié les données les plus fiables, même si elles étaient parfois anciennes, donnant ainsi un aspect parcellaire à cet état des lieux. L’objectif à terme est de stabiliser un système d’information public permettant d’obtenir des données rigoureuses et régulières sur ces secteurs.


Sur la base d’une présence de la langue anglaise estimée à moins de 60 %, la langue française représenterait 4,4 % du web mondial, soit 7,3 pages en français pour 100 pages en anglais (source : Union latine 2000), c’est-à-dire la même proportion que celle des internautes francophones par rapport à l’ensemble des internautes. Pour mémoire, il y aurait 275 millions d’internautes (1) dans le monde dont 108 aux États-Unis (source : Angus Reid, janvier 2000). Les internautes de langue française représenteraient 4,4 % de l’ensemble des internautes (51,3 % pour l’anglais), soit environ 12,3 millions de personnes dont 2,3 millions au Québec et les 3/4 en France (source : Global Reach, mars 2000). En octobre 2000, on dénombre environ 100 000 noms de domaines en .fr (2) (source : AFNIC).
(1). Définition d'Angus Reid : personne de plus de 18 ans s'étant connectée à l'internet de n'importe quel lieu dans les 30 derniers jours.
(2). Il est à noter qu'une grande partie des sites français ont une extension autre que .fr; ainsi 40% des principales entre prisses et institutions culturelles auraient une extension en .fr (source: Arthur Andersen)

Les internautes à domicile ne consacrent que 7 % du temps qu’ils passent sur l’internet à des sites médias ou culturels : respectivement 6 % et 1 %. Ce chiffre s’élève à 14 % du temps passé si on soustrait annuaires, moteurs, etc. qui peuvent pourtant, pour certains d’entre eux, être considérés comme des médias puisqu’ils proposent des contenus propres ou en syndication. En outre, hors sites « adultes », le temps passé sur les sites médias et culture s’élève alors à 18 % du temps passé par les internautes sur l’internet (source : DEP d’après rapport résidentiel NetValue, décembre 1999).

Graphique 1 – Audience des sous-secteurs arts et culture, décembre 1999
Graphique 1 : Audience arts et culture

Graphique 2 – Audience des sous-secteurs médias, décembre 1999
Graphique 2: audience médias


La presse : un secteur pionnier
En 1999, 1 900 entreprises de presse dégagent près de 67 milliards de francs de chiffre d’affaires : 60 % de vente, directe ou par abonnement, au numéro et 40 % de publicité (source : info médias). Ces entreprises proposent environ 4 000 titres sur un total de l’ordre de 40 000.
Les entreprises de presse comptent parmi les pionnières de l’internet français. Les sites des journaux Le Monde, Libération ou les Dernières Nouvelles d'Alsace sont apparus dès 1995. Le site du journal Les Échos, crée en 1996, est l’un des sites d'information les plus consultés. À ce jour, l'ensemble des quotidiens nationaux disposent d'un site.

Tableau 2 – Nombre de quotidiens européens ayant une version en ligne, 1999
en nombre de titres
Pays quotidiens quotidiens en ligne
TOTAL (hors Suisse) 1 217 646
France 81 19

Source : DDM d’après l'Association mondiale des journaux (3)


Le quart des éditeurs de presse spécialisée disposerait d’un site (sources : FNPS (4), rapport Bloomberg).
(3). L'enquête de branche réalisée par la Direction du développement des médias porte sur les entreprises "ayant un poids économique significatif ou une réelle appartenance au monde éditorial".
(4). La Fédération Nationale de la Presse Spécialisée représenterait la moitié de la presse spécialisée grand public et professionnelle. Elle réalise des enquêtes auprès de ses adhérents.

On assiste à la création de sites d'information spécialisée (des maisons de la presse virtuelles) qui recensent l'ensemble des informations émanant de la presse en ligne et proposent des revues de presse. Il existe aussi des portails sectoriels. Ainsi, planetepresses.com propose un annuaire des sites de presse français en ligne avec un accès direct aux 200 journaux référencés. Par ailleurs, on assiste à la multiplication des « webzines », journaux uniquement présents sur l’internet. Enfin, on constate des alliances entre médias qui permettent une déclinaison multisupports de l'information. Par exemple, le journal Les Échos a noué des partenariats avec la chaîne d'information LCI et avec Bloomberg TV et demande à ses journalistes de dire, s’ils le souhaitent, leurs textes pour passage en radio ou d’être filmés pour passage sur la télévision ou sur l’internet.

Différents modes de rémunération sont en vigueur sur l’internet pour ces entreprises. L'accès est gratuit pour les lecteurs et le site se rémunère par le biais de bandeaux publicitaires (Libération). L'accès est payant par abonnement ou par rémunération forfaitaire (Les Échos). Les cas de combinaison de ces modes de rémunération se multiplient et intègrent de la vente en ligne de biens ou de services. Par exemple, Le Parisien met en accès libre la « Une » du journal et la synthèse des principaux articles, un service de localisation sur le plan de Paris d'une adresse précise (partenariat avec ISMAP) et des annonces classées. En revanche, il demande une contribution pour l'accès à ses archives. Il propose une vente en ligne de biens et services par l'intermédiaire de laboutique.leparisien.com. Le journal Les Dernières Nouvelles d'Alsace envisage de faire payer la consultation des archives aux professionnels qui désirent alimenter leur intranet ou réaliser des revues de presse. Le Monde étudie un partenariat avec fnac.com.

La télévision et l’internet : entre complémentarité et concurrence
Le secteur de la diffusion télévisuelle en France comprend :
· les télévisions hertziennes : TF1, F2, F3, Canal + (cryptée), la Cinquième, ARTE, M6, RFO
· environ 80 chaînes thématiques et locales
· environ 150 opérateurs du câble et du satellite.
Le secteur génère près de 45 milliards de francs de chiffre d'affaires et emploie plus de 15 000 salariés permanents. Chaque année, 5 milliards de francs sont versés en salaires, dont environ 20 % à des salariés intermittents (source : DDM).

Toutes les chaînes hertziennes proposent sur l’internet un site généralement décliné en plusieurs domaines. Ces sites de télévision font partie des sites les plus fréquentés. Les chaînes ont commencé par utiliser l’internet comme un outil promotionnel de leurs programmes, puis les sites se sont étoffés. Aujourd'hui encore, la majeure partie de l’offre est liée à l'activité de la chaîne : présentation des émissions, rubriques réalisées à partir de programmes quotidiens comme la météo ou la circulation automobile, présentation de la grille des programmes. Les services aux téléspectateurs sont élaborés autour de concepts de « boutiques en ligne », de « portails thématiques » ou de « chats ». Enfin, les chaînes privées développent une rubrique boursière sur leur propre entreprise. Devant cette croissance d'activité, les entreprises télévisuelles ont toutes créé une filiale dédiée aux applications sur l’internet : gestion du site, développement de nouveaux contenus ou nouvelles orientations stratégiques.

TF1, par exemple, a créé son site internet en 1996 (www.tf1.fr). Le site propose différentes rubriques ou domaines tels que « les News » pour l'information en temps réel, les journaux de 13 heures et 20 heures, tfou.fr le site des 6/12 ans, plurielles.fr le site féminin, une offre vidéo avec plus de 2 000 programmes en ligne, du shopping, les sites des émissions, etc. Par ailleurs, TF1 a créé en mai 1999 un département spécifique "e-TF1", dédié au développement sur l’internet du groupe qui compte 70 collaborateurs.
Comme France 2, France 3 propose un site gratuit présentant ses différentes émissions. En plus, la chaîne offre des services aux téléspectateurs tels que guide TV, diffusion de flashs d'information régionale, achats en ligne de cassettes vidéo, contacts avec les responsables des émissions, etc. Les activités internet de France Télévision ont été filialisées. France Télévision interactive propose différents sites comme : « france2.fr », « france3.fr », casediscute.com, france3sport.com, guide-thalassa.com ou des sites spécialisés comme celui créé spécialement pour les jeux olympiques de Sydney.
Canal + et M6 se distinguent par des stratégies différentes. VivendiNet, la filiale internet commune de Vivendi et de Canal +, propose une offre « tout média » (ordinateur, téléphone, télévision interactive) sur Vizzavi, le portail multi-accès de VivendiNet et de Vodafone. Canalnumédia, la filiale internet de Canal +, a créé une vingtaine de sites. Avec le décodeur Net Top Box, Canal Satellite offrira en 2001 à ses abonnés l'accès à l'internet sur le téléviseur. M6 intervient en tant que fournisseur d'accès gratuit à l’internet, par l'intermédiaire de sa filiale m6net.fr, afin de maîtriser l'ensemble de la chaîne et de devenir un réseau de distribution multisupports pour des contenus grand public : musique, jeux, informations, messages vocaux, messagerie électronique, billetterie (M6 a une participation de 33% dans ticketnet.fr).

Les autres acteurs du secteur de la diffusion télévisuelle se différencient des chaînes hertziennes par la segmentation de leur offre. Ainsi, les chaînes thématiques auraient même avantage à leur diffusion sur l'internet en diffusant des contenus individualisés. Toutefois, un opérateur câble ou satellite leur assure une audience élargie. De fait, selon le degré de spécialisation des programmes proposés différents cas coexistent :
· les chaînes thématiques les plus importantes et les plus anciennes diffusées uniquement par les opérateurs câble ou satellite ;
· les chaînes initialement diffusées sur l'internet et qui migrent sur le satellite ou sur le câble (CanalWeb ou Allocinetv) ;
· les chaînes susceptibles d’être reprises par les opérateurs traditionnelles (3A Télésud ou Citoyenne TV) ;
· les webtvs qui proposent des programmes sur des thèmes précis pour des publics restreints. Ces programmes viendraient pour partie d'entités non spécialisées dans la production audiovisuelle. Le site www.comfm.com propose la diffusion en ligne de 140 webtvs.

Tableau 3 – Audience des sites internet des chaînes hertziennes de télévision pour le mois de décembre 2000

en millions de visites (5)

TF1 4,6
M6 et M6net.fr 3,4
canalplus.fr 1,8
france2.fr - france3.fr 1,3

Source : DEP d’après Médiamétrie (Cybermétrie)
(5). Définition du Médiamétrie de la visite : chargement par l'internet d'au moins une page du site, plusieurs vistes peuvent donc correspondre au même visiteur.


La radio : une complémentarité bien intégrée et de nouveaux concepts
Les recettes du secteur s'élèvent à plus de 7 milliards de francs. Les radios publiques bénéficient de près de 3 milliards de francs de redevance. Les recettes des radios privées s’élèvent à près de 4 milliards de francs provenant très majoritairement de la publicité. 53 stations publiques et plus de 1 100 radios privées, dont la moitié sont associatives, diffusent sur le territoire métropolitain.

Plus de 8 français sur 10 (soit 37 millions de personnes) écoutent la radio en moyenne 3 heures par jour. Chaque foyer possède en moyenne 6 récepteurs (source : DDM).

Les entreprises de radio proposent sur l’internet deux fonctions principales : soit la promotion de leur radio en offrant des services d'édition et de diffusion d'informations (dont vidéos et photos), soit la diffusion de leurs programmes dans le monde entier en différé ou en direct.
Hors radios associatives, près de 57 % des radios ont un site sur l'internet, dont 12 % avec une diffusion en direct d'émissions.

Tableau 4 – Nombre de radios ayant un site internet, octobre 2000

en nombre de radios

Sites proposant
Nbre de radios radios ayant un site
nbre blanc %
du différé (6) du direct des photos de la vidéo
Radios nationales publiques 9 9 blanc100 8 7 8 1
Radios périphériques privées 3 3 blanc100 2 3 3 1
Réseaux nationaux privés 15 13 blanc87 10 11 12 3
Radios locales 534 298 blan56 72 44 164 14

(6). Site de radio proposant des archives sonores ou des émissions en différé.

Source: DDM d'après Radio.net.free.fr

Simultanément à cette migration des radios traditionnelles sur l'internet, de nouvelles offres apparaissent.
Les opérateurs du câble et du satellite proposent d'écouter certaines radios qui émettent traditionnellement sur la bande FM. Par exemple, Canalsatellite a diffusé en octobre 2000, 47 radios françaises.
De plus, quatre "chaînes/radio" musicales thématiques, conventionnées par le CSA (dont deux en 2000), émettent continûment en son numérique d'origine et offrent la possibilité d'aborder la totalité du catalogue musical, ce qui fait d’elles des radios très spécialisées.
La création de radios uniquement sur l’internet est rendue possible par la faiblesse des investissements. Par exemple, No Problemo - première radio française à émettre uniquement sur l’internet - indique que son investissement initial s'est élevé à 20 000 francs de matériel alors que celui d'une radio hertzienne est de 20 à 30 fois supérieur.
En janvier 2000, 4732 radios internationales sont accessibles sur l’internet en direct via le site comfm.fr, dont plus de soixante radios françaises en octobre 2000 (contre 36 en avril 1999).

Le secteur du disque : surtout des producteurs indépendants
Le marché français du disque représentait en 1999 environ 11 milliards de francs (sources : Sessi / DEP) et 155 millions d’unités vendues, soit le cinquième marché mondial avec 5 % des ventes réalisées (source : Snep). Le secteur de l’édition phonographique emploie environ 3 000 personnes (source : DEP d’après Sessi / Insee). Il est caractérisé par une double concentration : en amont (éditeurs / distributeurs) et, situation plus particulière à la France, en aval (commerce spécialisé).

Plusieurs producteurs indépendants (Trema, Scalen ou encore XIII bis Records) se sont donc lancés dans le développement d’un site internet, parfois uniquement informatif et institutionnel, parfois marchand. Pour des sociétés au pouvoir de négociation aujourd’hui restreint, mais qui disposent, par leur nom ou par celui de leurs artistes, d’une certaine notoriété, la vente en ligne est vue comme un moyen relativement peu coûteux d’accéder au public, de générer des ventes, peut-être faibles en volume mais à marge plus intéressante. Peut-être s’agit-il aussi de renforcer, plus simplement, leur position dans les discussions avec les distributeurs.

De leur coté, les majors de l’industrie musicale ont d’abord vu dans l’internet un outil de promotion pour leurs produits et pour leurs artistes. En se limitant à développer des sites institutionnels, elles avaient la double préoccupation de ne pas entrer en conflit, le cas échéant, avec les sites de leurs labels et de leurs artistes et de ne pas concurrencer les circuits traditionnels de commercialisation de leurs produits. En voyant se renforcer la position des disquaires en ligne, les majors se sont ensuite résolues à investir massivement dans la vente en ligne, allant jusqu’à racheter des sites d’échange de fichiers musicaux (Bertelsmann et Napster en 2000). Aujourd’hui, les majors disposent toutes de participations dans des boutiques en ligne (getmusic.com, cdnow.com) et/ou de sites éditeurs permettant l’achat de disques en ligne (universalmusic.fr).

Dans ce contexte, les filiales françaises des majors sont dans une position inconfortable. Leurs intérêts sont menacés à la fois par le développement des ventes auprès de cyberdisquaires internationaux et par le succès des sites de leurs maisons mères. Toutefois, il existe déjà des sites promotionnels (ecoutezvous.com de BMG, sonymusic.fr) et/ou marchands (universalmusic.fr).
Le SNEP évaluait en 1999 à une centaine le nombre de sites français de commerce électronique de disques.

Tableau 5 – Ventes de disques par les sites français de commerce électronique, 1999

en millions de francs

Chiffre d’affaires des commerçants électroniques français 76
Exportations 10
Achats en ligne par les Français 116
Part des achats en ligne sur l’ensemble du secteur 1 %

Sources : Benchmark Group / BIPE / DEP / Insee comptabilité nationale

Au sein du faible chiffre d’affaires réalisé dans le domaine du commerce électronique, la part des services de téléchargement est, jusqu’à ce jour, dérisoire malgré le développement de techniques logicielles comme le MP3. Les pratiques de téléchargement dans le secteur musical concernent essentiellement des sites proposant des œuvres non protégées (des extraits d’oeuvres par exemple) ou des sites proposant gratuitement – mais en toute illégalité – des œuvres protégées (Napster, Gnutella par exemple). En utilisant la technologie développée par Audiosoft, FNAC Direct propose, depuis avril 1999, quelques centaines de titres musicaux en téléchargement aux côtés d’une offre qui, à l’heure actuelle, reste essentiellement une offre de vente à distance.

Le secteur du livre : surtout des éditions spécialisées
Le chiffre d’affaires de l’édition du livre s’élève à près de 14 milliards de francs pour 51 000 titres édités annuellement (dont la moitié sont des nouveautés). Ce secteur représente environ 19 000 emplois auxquels on peut ajouter les 55 000 personnes travaillant pour « le commerce de détail de livres, journaux et papeterie » (source : DEP d’après l’Insee).

À l’exception des maisons d’édition spécialisées – dans les secteurs des ouvrages scientifiques, techniques et médicaux, des encyclopédies et, dans une moindre mesure, des sciences humaines –, les éditeurs n’ont pas ouvert de sites web marchands.
La position de leader de la FNAC ne doit pas occulter une tendance fondamentale : l’absence, presque totale, des commerçants traditionnels sur l’internet marchand. Aux côtés de chapitre.com, pionnier en la matière, alapage.com et fnac.com (depuis le rachat de Tour du Monde) offrent désormais la vente de livres rares et/ou épuisés. Il n’existe guère, en France, d’initiative coopérative en la matière. Néanmoins, on peut mentionner le site fédérateur de librairies indépendantes lalibrairie.com, filiale de La Générale du Livre, maison de distribution dans laquelle France Télécom est actionnaire, ou le site chapitre.com.
Les libraires/éditeurs Lavoisier et Eyrolles, d’une part, et Decitre, d’autre part, ont développé leurs sites de commerce électronique sur la base de l’activité de vente directe qu’ils mènent depuis plusieurs années sur des champs relativement proches – informatique et gestion, pour l’un, édition scientifique et technique, pour l’autre.

Tableau 6 - Ventes de livres par les sites français de commerce électronique, 1999

en millions de francs

Chiffre d’affaires des commerçants électroniques français 41
Exportations 10
Achats en ligne par les Français 39
Part des achats en ligne sur l’ensemble du secteur 0,2 %

Sources : DEP d’après Benchmark Group / BIPE

Dans le domaine du « livre », les services de téléchargement ne concernent guère que l’édition professionnelle ou très spécialisée – essentiellement dans le secteur juridique – et les revues scientifiques. Les sites 00h00.com (racheté récemment par l’éditeur américain Gemstar) ou olympio.com apparaissent comme des exceptions en offrant des oeuvres de fiction. Dans le domaine de l’édition scolaire, universitaire ou scientifique, la mise à jour d’ouvrages et/ou de corrigés en ligne viennent en complément de la vente à distance d’ouvrages ou d’encyclopédies.
Aux lecteurs préférant disposer d’un exemplaire imprimé plutôt que d’un fichier numérique, 00h00 propose aussi de reproduire à la demande et d’envoyer, sous forme physique, les livres disponibles sur son site. La création récente d’Havas Electronic Content Publishing montre que même les plus grands groupes multimédias sont prêts à miser sur les applications d’impression à la demande. Cette filiale est en charge de développer des projets qui visent à préparer les différentes maisons d’édition du groupe à la numérisation et à la vente de produits dématérialisés. Le projet Bookpole propose dans ce sens un service intégré d’impression numérique. Cette structure de numérisation/impression/diffusion/distribution devrait permettre aux maisons d’édition du groupe et peut-être un jour à des maisons d’édition extérieures de bénéficier de gains de productivité grâce à la numérisation et d’assurer une gestion de stocks quasi à flux tendu.

Les producteurs de programmes interactifs « artistiques et culturels »
Deux types d’acteurs occupent une place prépondérante. En premier lieu, les maisons d’édition traditionnelles comme Havas (avec Havas Interactive) et Hachette (avec Hachette Multimédia) se sont spécialisées dans l’édition et la distribution de programmes éducatifs en se concentrant sur les encyclopédies et les dictionnaires. Au total, Havas Interactive et Hachette Multimédia se placent successivement aux deuxième et troisième rangs des éditeurs de logiciels de loisirs (hors jeux vidéo) en France, juste derrière Microsoft, et ces deux entreprises représentent ensemble 12,5 % des ventes de cédéroms artistiques et culturels.
À l’instar des jeux vidéo, le développement de l’industrie des cédéroms s’est traduit par l’émergence d’une nouvelle catégorie d’acteurs. Ainsi, Emme Interactive et Montparnasse Multimédia, sociétés spécialisées dans la production, l’édition et la distribution de cédéroms, sont apparues au début des années 1990. Elles s’imposent aujourd’hui comme les principaux éditeurs et distributeurs de programmes interactifs artistiques et culturels en Europe. Emme, par exemple, créée en 1994, est désormais cotée en bourse et dispose d’un catalogue de plus de 500 titres. Le chiffre d’affaires de la société était de 110 millions de francs en 1999, dont 55 % réalisés à l’étranger par ses filiales belge (Mediamix) et anglaise (GSP). Au total en 1999, près de 40 % des meilleures ventes de cédéroms « art et culture » en France étaient des titres édités par l’une de ces deux sociétés.

Le secteur de la vidéo : majors et nouveaux entrants
La filière cinématographique traditionnelle (production/distribution/exploitation) est dominée par les structures intégrées (Gaumont, Pathé, UGC et, à un degré moindre, le groupe MK2) à côté desquelles coexiste une multitude de firmes indépendantes en situation concurrentielle. La frange se caractérise par la faiblesse des parts de marché des entreprises qui la composent et par leur fragilité structurelle. Depuis le milieu des années 1980, le rôle croissant des chaînes de télévision dans le processus de financement et de rentabilisation des œuvres cinématographiques implique une imbrication étroite de la filière au sein de l’industrie des programmes audiovisuels. Cette industrie s’intègre elle-même à une industrie de la communication soumise à une convergence croissante avec les secteurs de l’informatique et des télécommunications.

La qualité actuelle des connexions et des débits ne permet pas l’utilisation aisée de l’internet pour diffuser des œuvres audiovisuelles de longue durée en vidéo à la demande. La diffusion peut s’effectuer selon deux modes d’accès : soit par le biais d’un téléchargement complet du fichier vidéo que l’utilisateur stocke sur son disque dur, soit par le biais d’une diffusion en streaming qui permet à l’utilisateur de visionner le film au fur et à mesure de son chargement sur l’ordinateur. Le haut débit, en multipliant par 30 à 40 la vitesse de transmission des données, permettrait de dépasser les goulots d’étranglement que présente le mode de transmission actuel de l’internet.

L’offre d’œuvres diffusées sur l’internet se limite pour le moment essentiellement à des formats courts (courts métrages, films d’animation, dessins animés…) proposés gratuitement. Trois sociétés ont toutefois déjà expérimenté la diffusion en ligne de longs métrages. Le site primefilm.com a été le premier à proposer gratuitement la diffusion de longs métrages en avant-première à 500 internautes. Depuis juillet 2000 liberafilms.com propose également près de 80 longs métrages en streaming et en téléchargement (au prix de 3 euros par film pour une durée de 48 heures). Le site enregistre près de 3 500 visiteurs par jour dont plus de la moitié de visiteurs étrangers (source : Le Film français). Enfin, TF1, dans une perspective événementielle, a diffusé gratuitement le film « Les liaisons dangereuses » lors du décès de Roger Vadim et « Le fils du français » lors de la sortie en salles de ce film.
Le positionnement des acteurs traditionnels varie selon leur activité d’origine. Un clivage important s’opère entre les producteurs et distributeurs indépendants d’un côté et les groupes intégrés et les chaînes de télévision de l’autre. Très rares sont les petites structures disposant d’un site qui se limite alors généralement à une simple page présentant les films produits ou distribués par la société. En revanche, la totalité des structures intégrées de la filière et des chaînes de télévision sont présentes sur l’internet. (source : estimations SESPRO).
Les structures intégrées proposent des sites généralistes ayant pour vocation principale de promouvoir le parc de salles programmées (horaires des films, réservations de billets, diffusion de bandes-annonces ou d’animations flash, renvoi vers des sites de films produits par le groupe). À ce niveau, seuls MK2 et UGC permettent de visionner des courts métrages.

En marge de ces grands groupes se développe une nouvelle catégorie d’intervenants issus de l’internet qui développent des activités innovantes exploitant les capacités de diffusion du réseau.

Tableau 7 – Positionnement des nouveaux entrants
Contenu proposé Principaux acteurs
Webtvs généralistes ou
spécialisées dans le cinéma
émissions et documentaires
relatifs au cinéma
courts métrages
canalweb.net (7)
nouvo.com (8)
allocineTV.com
cineinfo.fr
eurocinema.com
Producteurs de contenus
en ligne
séries
dessins animés
courts métrages
émissions
millimages.com
aladin-pictures.com
Sites de diffusion courts métrages
films d’animations en flash
dessins animés
festivals de courts métrages
primefilm.com
unfilmde.com
courtmétrage.com
cine-courts.com
liberafilms.com
trescourt.com
Portail cinéma contenu généraliste cinefil.com
(7). canalweb.net est un bouquet de chaînes thématiques qui rpopose notamment une émission consacrée au court-métrage : Short & court
(8). nouvo.com propose un titre par semaine puis les films sont archivés par thèmes : 20 titres et une sitcom française sont proposés.

Les producteurs de jeux vidéos
Parmi les quatre grands domaines que couvre la production multimédia (les jeux, l’éducation, la vie pratique, l’art et la culture), les jeux occupent une place prépondérante. Sur les 22 millions de programmes interactifs vendus en 1999 en France, 73 % sont des jeux, soit 16 millions d’unités : 5 millions de cédéroms et 11 millions de programmes de consoles (source : GFK).

Simple détecteur des jeux porteurs conçus par les développeurs dans les années 1980, l’éditeur s’impose depuis le début des années 1990 comme le véritable initiateur du produit. Si les marchés de l’édition et de la distribution sont largement dominés par les sociétés américaines (Square éditeur de Final Fantasy, Electronic Arts éditeur et distributeur de Fifa 2000, Lucas Arts éditeur de La menace, Fantôme) et japonaises (Sega, Nintendo, Sony), certaines sociétés françaises sont également bien positionnées. Infogramme, Cryo, Ubisoft et Kalisto ont développé un savoir-faire et un style reconnus au niveau international. Ces quatre sociétés sont dans les 20 premières mondiales, Infogramme se situant en deuxième position.

Tableau 8 – Les principales sociétés françaises de développement de jeux vidéo, 1999
  Infogramme Ubisoft Cryo Kalisto
Année de création 1993 1986 1992 1990, indépendant depuis 1996
Chiffres d’affaires
en 1999
en millions d’euros
306 133 239 17
Autres activités édition
distribution
édition
distribution
édition distribution
Titres phares Crash
Bandicoot
Mission Impossible
Rayman Versailles
EgypteDune
Le cinquième élément

Source : CNC d’après rapports annuels d’entreprises

Des groupes dont le métier de base est l’édition ont également développé au sein de leur activité multimédia le segment du jeu vidéo. Havas Interactive, numéro 2 mondial des logiciels de loisirs sur ordinateur, édite ainsi des jeux vidéo qui bénéficient des structures de distribution du groupe dans le monde (Havas services).
Les sociétés intervenant dans l’édition ou la distribution de jeux vidéo proposent aussi leur plate-forme ou un portail d’accès spécialisé sur le jeu vidéo (gamecitizen.com pour Infogramme, gameloft.com pour Ubisoft, flipside.fr pour Havas interactive).
Les portails d’accès généralistes (AOL, MSN) disposent également d’un portail consacré aux jeux en ligne. Enfin, France Télécom a investi ce segment en créant sa propre plate-forme (goa.com).

Les distributeurs de produits culturels : une prédominance du disque et des nouveaux entrants dans tous les secteurs
Le développement de l’internet a fait apparaître de nouveaux commerçants de produits culturels vendant uniquement en ligne. La plupart sont spécialisés sur une fonction (la billetterie par exemple), un domaine (la musique) ou un mode de commercialisation (les ventes aux enchères).

Tableau 9 – Chiffre d’affaires du commerce électronique, 1999

en millions de francs

ensemble du
commerce électronique
commerce électronique
des biens culturels
France 1,3 0,146 (soit 11 %)
Etats-Unis 170 21 (soit 12 %)

Sources : BIPE / Benchmark Group / DEP

Tableau 10 – Répartition des ventes en ligne, France, 1999
Graphique n3
Source : Benchmark Group / BIPE / DEP

Tableau 11 – Audience des principaux sites marchands culturels auprès des internautes français, 1999

en %

graphique 4
Source : SNEP / Netvalue / BIPE / DEP

En l'absence de données précises, on peut estimer que fnac.com réalise le tiers du chiffre d’affaires de la vente de produits culturels en ligne (50 millions de francs sur un total de 146 millions de francs en 1999) (source : Benchmark Group / BIPE), soit nettement plus que le poids relatif de la chaîne dans le commerce physique. Le rachat, à l’été 1999 du deuxième site « indépendant » français, Alapage, par France Télécom a confirmé la tendance à la concentration du secteur. En 2000, Boxman, l’un des leaders du marché a cessé ses activités alors que l’américain Amazon, leader mondial du commerce en ligne, créait un site français.

Environ un tiers des « principaux » sites d’entreprises et d’institutions culturelles proposeraient des achats en ligne directement ou par l’intermédiaire d’un site marchand partenaire (source : Arthur Andersen).
L’ensemble des éditeurs-distributeurs, ainsi que les acteurs traditionnels de la grande distribution (Fnac), proposent sur leur site la vente de jeux vidéo. Les tarifs proposés sont alors de 10 à 20 % inférieurs à ceux pratiqués dans la distribution classique. La part du commerce électronique serait de 3 % (contre 53 % pour les hypermarchés) (source : GFK). Actuellement, si de nombreux sites de jeux vidéopermettent le téléchargement gratuit, les contenus proposés sont très sommaires et consistent essentiellement en des démonstrations de jeux.

Annexe 1 - Annexe 2 retour Bilan Pamsi
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