Le développement des équipements culturels a constitué
laxe majeur des politiques publiques en faveur de la culture
depuis le premier ministère dAndré Malraux.
Cet effort sest poursuivi et sest accéléré
avec la décentralisation. Les collectivités locales ont
alors pris une part essentielle dans laménagement du
territoire et sont aujourdhui les premiers financeurs des
activités culturelles dans notre pays.
Mais cette décentralisation et cette multiplication des équipements
culturels de toute nature sur lensemble du territoire nont
pas entraîné une réduction significative des
contraintes dorigine économique et sociale qui font
obstacle à la fréquentation de ces équipements.
En conséquence, le ministère de la culture et de la
communication sassigne pour priorité dapprofondir
sa politique de démocratisation culturelle.
Des mesures tarifaires vont donc être mises en uvre qui
faciliteront laccès dun plus large public aux
institutions culturelles. Elles donneront une traduction concrète
à lobjectif majeur, inscrit dans notre constitution, dun
égal accès de lenfant et de ladulte à
la culture.
1 - Abaisser les barrières tarifaires pour
convier un nouveau public dans les lieux de culture
La demande sociale ne se construit pas seulement en fonction de la
distance culturelle des publics à légard de loffre.
Le prix des services est un élément déterminant
de leur choix.
Des mesures fortes, simples et parfaitement lisibles sont de nature à
encourager la fréquentation des lieux de culture dans le sens dune
véritable appropriation.
Les musées et les monuments nationaux gratuits une
fois par mois
1-1 Les musées et les monuments sont
essentiellement visités par des couples avec ou sans enfants ce
qui souligne le caractère familial de cette pratique
culturelle.
Mais cette sortie familiale est souvent contrainte par des difficultés
financières.
- Pour lever cet obstacle, les 33 musées nationaux seront
accessibles gratuitement un dimanche par mois à partir du 1er
janvier 2000.
- Les 98 établissements de la Caisse nationale des monuments
historiques et des sites, dont laccès est actuellement
payant, adopteront la même mesure, en dehors de la période
touristique, du 1er octobre au 30 mai. Et cette mesure prendra effet
le 1er octobre 1999.
Accès gratuits dans les monuments nationaux pour les
moins de 18 ans
Les jeunes de moins de 18 ans peuvent déjà accèder
gratuitement aux musées nationaux tous les jours. Ils bénéficieront
désormais de cette mesure dans tous les monuments historiques
appartenant à lEtat à partir du 1er janvier 2000.
Les établissements concernés renforceront leur
programme daction, dinformation et de sensibilisation auprès
des publics plus particulièrement visés par ces mesures.
Tarif réduit le jeudi dans les théâtres
nationaux
1-2 Le théâtre est la sortie
culturelle qui compte le plus de spectateurs réguliers : 41 %
des pratiquants sy rendent au moins trois fois dans lannée.
Mais cest également la sortie culturelle qui rassemble,
loin devant les autres pratiques, une majorité de cadres supérieurs
ou de professions intermédiaires.
Au-delà de ces fidèles, il faut donc élargir la
base sociale des publics du théâtre qui est toujours
considérée comme une pratique onéreuse.
En outre, les tarifs pratiqués, hors système dabonnement,
ne facilitent pas les sorties décidées au dernier moment
qui correspondent pourtant à une tendance lourde des modes de
consommation culturelle.
Il convient donc de renforcer laccessibilité de loffre
théâtrale par le moyen dune mesure tarifaire simple
et efficace.
LEtat doit montrer lexemple à cet égard
dans les établissements publics qui relèvent de sa
responsabilité directe. Dès le 1er janvier 2000, le théâtre
de la Colline, le théâtre de lOdéon, le théâtre
de Chaillot, la Comédie Française et le théâtre
national de Strasbourg proposeront un tarif unique de 50 F le jeudi.
Ce tarif sera exclusif des systèmes dabonnement ou de réduction
en vigueur les autres jours de la semaine.
Cette mesure tarifaire est de nature à faciliter la décision
dune sortie qui se pratique presque toujours en couple ou avec
des tiers et dont le coût global est par conséquent déterminant.
Son caractère exceptionnel ne dévalorise pas loffre
théâtrale et fixe un repère pour un plus vaste
public, comme a pu le faire le tarif réduit hebdomadaire dans
les salles de cinéma.
Chaque établissement devra compléter ce dispositif par
des mesures garantissant lélargissement social des
publics.
Lextension de cette mesure dans le réseau des théâtres
subventionnés conjointement par les collectivités
locales et lEtat fera lobjet dune concertation avec
chaque établissement.
Mise à létude dune carte dabonnement
commune à lensemble des théâtres subventionnés
· Par ailleurs, le ministère
de la culture met à létude la création de
cartes permettant laccès à tous les théâtres
publics et subventionnés dans les grandes agglomérations,
afin doffrir des conditions tarifaires et un choix de spectacles
plus avantageux.
Le département des études et de la prospective du
ministère de la culture et de la communication évaluera
les effets de la mise en uvre de ces mesures tarifaires, afin de
procéder à déventuelles adaptations au
terme de deux années dapplication.
En complément, des aides personnalisés
1-3 La diffusion sociale de la culture
appelle également la mise en place daides personnalisées,
en fonction de la situation économique et sociale des personnes
concernées.
· Le ministère de la culture a
déjà contribué au développement des «
chèques vacances » utilisables dans 4000 structures
culturelles. Il prendra toute sa place dans la généralisation
des « chèques daccompagnement personnalisé »
pour les personnes en grande difficulté prévue dans le
cadre de la loi dorientation du 29 juillet 1998 relative à
la lutte contre les exclusions, en invitant les collectivités
locales et les associations de solidarité à développer
par ce moyen laccès aux services publics culturels.
· De même, le dispositif de bons
dachats, qui permet actuellement à 15 000 jeunes dacheter
en librairie un livre de leur choix, avec laide de lEtat,
sera étendu à 40 000 bénéficiaires en
2000. Les sites des nouveaux contrats de ville seront les territoires
privilégiés de cette modalité daction en
faveur de la lecture.
2 - Traduire lobjectif de démocratisation
dans tous les domaines de la politique culturelle.
Favoriser léducation artistique en milieu
scolaire
2-1 Quatre priorités ont été
définies avec le ministère de léducation
nationale, de la recherche et de la technologie :
- - laménagement dans les établissements denseignement
despaces de répétition, de représentation
ou dexposition.
- lintroduction dans les premiers cycles denseignement
dune éducation à limage.
- le développement de léducation musicale à
lécole élémentaire par un rapprochement
systématique avec les écoles de musique et une généralisation
de la participation des musiciens-intervenants
- la mobilisation des professionnels de la culture et des artistes,
afin de renforcer la formation des enseignants dans le cadre des
Instituts universitaires de formation des maîtres.
La mise en uvre de ces orientations sera amplifiée en
2000.
· Le ministère de la culture
accompagnera linstallation des nouveaux ateliers dexpression
artistique prévue dans la réforme des lycées. La
priorité sera donnée aux lycées actuellement dépourvus
doffre denseignement et déducation
artistiques.
· Enfin, les ministères de la
culture, de léducation, de la ville, et de la jeunesse et
des sports se sont associés pour développer les «
contrats éducatifs locaux » qui proposeront aux enfants et
aux jeunes des activités de qualité hors temps scolaire.
Faciliter laccès aux écoles spécialisées
2-2 Pour ce qui concerne les établissements
denseignement spécialisé :
- La loi dorientation du 29 juillet 1998 relative à
la lutte contre les exclusions autorise désormais les
collectivités locales à moduler les tarifs daccès
aux écoles de musique en fonction des revenus des familles.
- Dans les écoles dart et les écoles darchitecture,
des modules de formation seront progressivement intégrés
dans les programmes pédagogiques, afin de préparer les
futurs professionnels à la transmission de leur savoir aux
publics scolaires.
- Les élèves des écoles dart et des écoles
darchitecture doivent poursuivre leurs études dans de
meilleures conditions matérielles. A cette fin, leurs bourses
seront revalorisées afin de les aligner sur les barèmes
en vigueur dans lenseignement supérieur.
Sappuyer sur les moyens de diffusion numérique
2-3 Dans le domaine de laudiovisuel et
du multimédia, la France a toujours fait valoir que la nécessaire
évolution technologique devait rester soumise à la maîtrise
des contenus, à laffirmation culturelle et à lexigence
démocratique.
· Cest lenjeu de la réforme
de laudiovisuel public. La réduction de la dépendance
de la télévision publique à légard
de la publicité et le développement substantiel de ses
moyens permettront de renforcer la création et la place de la
culture dans ses programmes.
Lexigence démocratique est également présente
dans la manière dont nous abordons les nouvelles technologies
de linformation, en développant une offre culturelle de
qualité et en démocratisant leur apprentissage.
· Loffre culturelle numérique
des grandes institutions est déjà accessible à
partir du site culture.fr véritable préfiguration dun
« portail » culturel autonome.
Elle sera complétée par la numérisation des
fonds régionaux dans les domaines de linventaire, des
archives départementales ou encore des bibliothèques
municipales, en cours de réalisation.
· Depuis le 1er janvier 1999, le
concours particulier destiné aux bibliothèques
municipales dans le cadre de la dotation générale de décentralisation
peut être mobilisé pour leurs projets dinvestissement
dans les nouvelles technologies.
· Ce développement
technologique doit saccompagner dune action de formation
des publics. Le ministère de la culture et de la communication
a contribué à louverture de cent « espaces
culture-multimédia » en 1998, au sein de structures ou dassociations
culturelles. Lobjectif est douvrir une centaine despaces
culture-multimédia supplémentaires dici juin 2000.
Mettre en uvre la charte des missions de service
public du spectacle vivant
2-4 Une charte des missions de service
public sappliquant aux structures de diffusion du spectacle
vivant a redéfini leurs responsabilités
professionnelles, territoriales et sociales.
· Dans le domaine des arts plastiques
et des enseignements de musique et de danse, des chartes de même
nature seront établies, en concertation avec les collectivités
locales.
· Lapproche spécifique
des publics les plus éloignés, pour des raisons sociales
ou économiques, de loffre culturelle doit conduire les
institutions à se doter de véritables services
culturels, et à promouvoir les nouveaux métiers de la médiation.
A ce jour, les 6 000 emplois-jeunes créés dans le
domaine culturel ont permis le développement de ces nouveaux métiers
dont lessor sappuie sur lexpérience réussie
des médiateurs du livre.
Suivre lévolution des pratiques culturelles
2-5 Les pouvoirs publics doivent constamment
adapter leur mode dintervention aux nouvelles pratiques
culturelles. Les musiques actuelles et les arts de la rue ont pris une
place prépondérante dans ces pratiques.
· Laccompagnement du développement
de ces nouvelles formes dexpression artistique fait lobjet
dès cette année dun effort financier important qui
sera poursuivi en 2000.
Leffort de lEtat porte principalement sur le soutien aux
lieux de production des arts de la rue et aux scènes de
musiques actuelles. Il conforte la professionnalisation des artistes
en leur offrant des conditions de création et de diffusion décentes,
ce qui répond également à lattente des
publics.
Soutenir les pratiques amateurs
2-6 Enfin, pour accomplir cet effort
constant de diffusion sociale de la culture, les collectivités
publiques doivent reconnaître et accompagner les pratiques
artistiques en amateur, qui concernent aujourdhui 25 % de la
population.
· Les amateurs doivent disposer, dans
chaque département, dun ou plusieurs centres de
ressources pour sinformer, se documenter, mais également
se former et présenter leurs réalisations. La carte
nationale de ces centres de ressources est en cours délaboration
avec le concours du ministère de la jeunesse et des sports.
Ces actions de démocratisation culturelle doivent sexercer
plus particulièrement dans le cadre de la géographie
prioritaire de la politique de la ville. |