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Les mesures nouvelles en faveur de la démocratisation de la culture
23 juin 1999

La démocratisation des pratiques culturelles

Le développement des équipements culturels a constitué l’axe majeur des politiques publiques en faveur de la culture depuis le premier ministère d’André Malraux.
Cet effort s’est poursuivi et s’est accéléré avec la décentralisation. Les collectivités locales ont alors pris une part essentielle dans l’aménagement du territoire et sont aujourd’hui les premiers financeurs des activités culturelles dans notre pays.

Mais cette décentralisation et cette multiplication des équipements culturels de toute nature sur l’ensemble du territoire n’ont pas entraîné une réduction significative des contraintes d’origine économique et sociale qui font obstacle à la fréquentation de ces équipements.

En conséquence, le ministère de la culture et de la communication s’assigne pour priorité d’approfondir sa politique de démocratisation culturelle.

Des mesures tarifaires vont donc être mises en œuvre qui faciliteront l’accès d’un plus large public aux institutions culturelles. Elles donneront une traduction concrète à l’objectif majeur, inscrit dans notre constitution, d’un égal accès de l’enfant et de l’adulte à la culture.


1 - Abaisser les barrières tarifaires pour convier un nouveau public dans les lieux de culture

La demande sociale ne se construit pas seulement en fonction de la distance culturelle des publics à l’égard de l’offre.

Le prix des services est un élément déterminant de leur choix.

Des mesures fortes, simples et parfaitement lisibles sont de nature à encourager la fréquentation des lieux de culture dans le sens d’une véritable appropriation.

Les musées et les monuments nationaux gratuits une fois par mois

1-1 Les musées et les monuments sont essentiellement visités par des couples avec ou sans enfants ce qui souligne le caractère familial de cette pratique culturelle.

Mais cette sortie familiale est souvent contrainte par des difficultés financières.

  • Pour lever cet obstacle, les 33 musées nationaux seront accessibles gratuitement un dimanche par mois à partir du 1er janvier 2000.
  • Les 98 établissements de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites, dont l’accès est actuellement payant, adopteront la même mesure, en dehors de la période touristique, du 1er octobre au 30 mai. Et cette mesure prendra effet le 1er octobre 1999.

Accès gratuits dans les monuments nationaux pour les moins de 18 ans

Les jeunes de moins de 18 ans peuvent déjà accèder gratuitement aux musées nationaux tous les jours. Ils bénéficieront désormais de cette mesure dans tous les monuments historiques appartenant à l’Etat à partir du 1er janvier 2000.

Les établissements concernés renforceront leur programme d’action, d’information et de sensibilisation auprès des publics plus particulièrement visés par ces mesures.

Tarif réduit le jeudi dans les théâtres nationaux

1-2 Le théâtre est la sortie culturelle qui compte le plus de spectateurs réguliers : 41 % des pratiquants s’y rendent au moins trois fois dans l’année. Mais c’est également la sortie culturelle qui rassemble, loin devant les autres pratiques, une majorité de cadres supérieurs ou de professions intermédiaires.

Au-delà de ces fidèles, il faut donc élargir la base sociale des publics du théâtre qui est toujours considérée comme une pratique onéreuse.

En outre, les tarifs pratiqués, hors système d’abonnement, ne facilitent pas les sorties décidées au dernier moment qui correspondent pourtant à une tendance lourde des modes de consommation culturelle.

Il convient donc de renforcer l’accessibilité de l’offre théâtrale par le moyen d’une mesure tarifaire simple et efficace.

L’Etat doit montrer l’exemple à cet égard dans les établissements publics qui relèvent de sa responsabilité directe. Dès le 1er janvier 2000, le théâtre de la Colline, le théâtre de l’Odéon, le théâtre de Chaillot, la Comédie Française et le théâtre national de Strasbourg proposeront un tarif unique de 50 F le jeudi. Ce tarif sera exclusif des systèmes d’abonnement ou de réduction en vigueur les autres jours de la semaine.

Cette mesure tarifaire est de nature à faciliter la décision d’une sortie qui se pratique presque toujours en couple ou avec des tiers et dont le coût global est par conséquent déterminant.

Son caractère exceptionnel ne dévalorise pas l’offre théâtrale et fixe un repère pour un plus vaste public, comme a pu le faire le tarif réduit hebdomadaire dans les salles de cinéma.

Chaque établissement devra compléter ce dispositif par des mesures garantissant l’élargissement social des publics.

L’extension de cette mesure dans le réseau des théâtres subventionnés conjointement par les collectivités locales et l’Etat fera l’objet d’une concertation avec chaque établissement.

Mise à l’étude d’une carte d’abonnement commune à l’ensemble des théâtres subventionnés

· Par ailleurs, le ministère de la culture met à l’étude la création de cartes permettant l’accès à tous les théâtres publics et subventionnés dans les grandes agglomérations, afin d’offrir des conditions tarifaires et un choix de spectacles plus avantageux.

Le département des études et de la prospective du ministère de la culture et de la communication évaluera les effets de la mise en œuvre de ces mesures tarifaires, afin de procéder à d’éventuelles adaptations au terme de deux années d’application.

En complément, des aides personnalisés

1-3 La diffusion sociale de la culture appelle également la mise en place d’aides personnalisées, en fonction de la situation économique et sociale des personnes concernées.

· Le ministère de la culture a déjà contribué au développement des « chèques vacances » utilisables dans 4000 structures culturelles. Il prendra toute sa place dans la généralisation des « chèques d’accompagnement personnalisé » pour les personnes en grande difficulté prévue dans le cadre de la loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, en invitant les collectivités locales et les associations de solidarité à développer par ce moyen l’accès aux services publics culturels.

· De même, le dispositif de bons d’achats, qui permet actuellement à 15 000 jeunes d’acheter en librairie un livre de leur choix, avec l’aide de l’Etat, sera étendu à 40 000 bénéficiaires en 2000. Les sites des nouveaux contrats de ville seront les territoires privilégiés de cette modalité d’action en faveur de la lecture.

2 - Traduire l’objectif de démocratisation dans tous les domaines de la politique culturelle.

Favoriser l’éducation artistique en milieu scolaire

2-1 Quatre priorités ont été définies avec le ministère de l’éducation nationale, de la recherche et de la technologie :

  • - l’aménagement dans les établissements d’enseignement d’espaces de répétition, de représentation ou d’exposition.
  • l’introduction dans les premiers cycles d’enseignement d’une éducation à l’image.
  • le développement de l’éducation musicale à l’école élémentaire par un rapprochement systématique avec les écoles de musique et une généralisation de la participation des musiciens-intervenants
  • la mobilisation des professionnels de la culture et des artistes, afin de renforcer la formation des enseignants dans le cadre des Instituts universitaires de formation des maîtres.

La mise en œuvre de ces orientations sera amplifiée en 2000.

· Le ministère de la culture accompagnera l’installation des nouveaux ateliers d’expression artistique prévue dans la réforme des lycées. La priorité sera donnée aux lycées actuellement dépourvus d’offre d’enseignement et d’éducation artistiques.

· Enfin, les ministères de la culture, de l’éducation, de la ville, et de la jeunesse et des sports se sont associés pour développer les « contrats éducatifs locaux » qui proposeront aux enfants et aux jeunes des activités de qualité hors temps scolaire.

Faciliter l’accès aux écoles spécialisées

2-2 Pour ce qui concerne les établissements d’enseignement spécialisé :

  • La loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions autorise désormais les collectivités locales à moduler les tarifs d’accès aux écoles de musique en fonction des revenus des familles.
  • Dans les écoles d’art et les écoles d’architecture, des modules de formation seront progressivement intégrés dans les programmes pédagogiques, afin de préparer les futurs professionnels à la transmission de leur savoir aux publics scolaires.
  • Les élèves des écoles d’art et des écoles d’architecture doivent poursuivre leurs études dans de meilleures conditions matérielles. A cette fin, leurs bourses seront revalorisées afin de les aligner sur les barèmes en vigueur dans l’enseignement supérieur.

S’appuyer sur les moyens de diffusion numérique

2-3 Dans le domaine de l’audiovisuel et du multimédia, la France a toujours fait valoir que la nécessaire évolution technologique devait rester soumise à la maîtrise des contenus, à l’affirmation culturelle et à l’exigence démocratique.

· C’est l’enjeu de la réforme de l’audiovisuel public. La réduction de la dépendance de la télévision publique à l’égard de la publicité et le développement substantiel de ses moyens permettront de renforcer la création et la place de la culture dans ses programmes.
L’exigence démocratique est également présente dans la manière dont nous abordons les nouvelles technologies de l’information, en développant une offre culturelle de qualité et en démocratisant leur apprentissage.

· L’offre culturelle numérique des grandes institutions est déjà accessible à partir du site culture.fr véritable préfiguration d’un « portail » culturel autonome.
Elle sera complétée par la numérisation des fonds régionaux dans les domaines de l’inventaire, des archives départementales ou encore des bibliothèques municipales, en cours de réalisation.

· Depuis le 1er janvier 1999, le concours particulier destiné aux bibliothèques municipales dans le cadre de la dotation générale de décentralisation peut être mobilisé pour leurs projets d’investissement dans les nouvelles technologies.

· Ce développement technologique doit s’accompagner d’une action de formation des publics. Le ministère de la culture et de la communication a contribué à l’ouverture de cent « espaces culture-multimédia » en 1998, au sein de structures ou d’associations culturelles. L’objectif est d’ouvrir une centaine d’espaces culture-multimédia supplémentaires d’ici juin 2000.

Mettre en œuvre la charte des missions de service public du spectacle vivant

2-4 Une charte des missions de service public s’appliquant aux structures de diffusion du spectacle vivant a redéfini leurs responsabilités professionnelles, territoriales et sociales.

· Dans le domaine des arts plastiques et des enseignements de musique et de danse, des chartes de même nature seront établies, en concertation avec les collectivités locales.

· L’approche spécifique des publics les plus éloignés, pour des raisons sociales ou économiques, de l’offre culturelle doit conduire les institutions à se doter de véritables services culturels, et à promouvoir les nouveaux métiers de la médiation. A ce jour, les 6 000 emplois-jeunes créés dans le domaine culturel ont permis le développement de ces nouveaux métiers dont l’essor s’appuie sur l’expérience réussie des médiateurs du livre.

Suivre l’évolution des pratiques culturelles

2-5 Les pouvoirs publics doivent constamment adapter leur mode d’intervention aux nouvelles pratiques culturelles. Les musiques actuelles et les arts de la rue ont pris une place prépondérante dans ces pratiques.

· L’accompagnement du développement de ces nouvelles formes d’expression artistique fait l’objet dès cette année d’un effort financier important qui sera poursuivi en 2000.

L’effort de l’Etat porte principalement sur le soutien aux lieux de production des arts de la rue et aux scènes de musiques actuelles. Il conforte la professionnalisation des artistes en leur offrant des conditions de création et de diffusion décentes, ce qui répond également à l’attente des publics.

Soutenir les pratiques amateurs

2-6 Enfin, pour accomplir cet effort constant de diffusion sociale de la culture, les collectivités publiques doivent reconnaître et accompagner les pratiques artistiques en amateur, qui concernent aujourd’hui 25 % de la population.

· Les amateurs doivent disposer, dans chaque département, d’un ou plusieurs centres de ressources pour s’informer, se documenter, mais également se former et présenter leurs réalisations. La carte nationale de ces centres de ressources est en cours d’élaboration avec le concours du ministère de la jeunesse et des sports.

Ces actions de démocratisation culturelle doivent s’exercer plus particulièrement dans le cadre de la géographie prioritaire de la politique de la ville.