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Monuments, Musées et Théâtres : quatre mesures pour rendre la Culture plus accessible

Une expérience réussie : le Louvre gratuit le 1er dimanche du mois

Depuis janvier 1996, l'accès du musée du Louvre est gratuit, le 1er dimanche de chaque mois. Objectif : attirer de nouveaux publics en levant le frein économique.

Une initiative plébiscitée par le public

Dès sa mise en place, cette mesure a rencontré un véritable succès et attiré de nombreux visiteurs. Le premier effet observé est une très forte augmentation de la fréquentation : 70 % sur 2 ans, avec une moyenne de 29 140 visiteurs par dimanche gratuit contre 17 300 par dimanche payant.

Le dimanche gratuit est le seul jour du mois où le public national est majoritaire au Louvre, par rapport aux touristes étrangers (59 % des visiteurs au lieu de 37 %)(4) . La structure du public s'en trouve profondément modifiée. Les franciliens sont multipliés par 3,4 ; les provinciaux par 1,7 ; au total, les résidents en France par 2,7.

44 % des visiteurs nationaux déclarent qu'ils ne seraient pas venus sans la gratuité. Parmi ces nouveaux visiteurs, toutes les catégories socioprofessionnelles et tous les âges sont représentés : la gratuité rassemble. Elle permet également de réduire les inégalités culturelles car son impact est fort sur les catégories socioprofessionnelles moyennes et populaires. En effet, parmi le public national, le nombre de cadres moyens a été multiplié par 2,6, celui des employés et ouvriers par 2,4. Cette évolution est plus sensible sur le public francilien : les employés et ouvriers sont multipliés par 3.5 tout comme les cadres moyens.

(4) Les effets de la gratuité du dimanche au Louvre, années 1996 et 1997-Claude Fourteau, La Lettre de l'OCIM n°59 (1998)

Les analyses effectuées par le musée tendent à montrer que les visiteurs des dimanches gratuits sont plus franciliens, moins habitués du musée, plus familiaux et plus jeunes que ceux des dimanches payants. Cependant, si l'effet de la gratuité sur la composition sociologique du public paraît moins net que son impact quantitatif, l'application de cette mesure à l'ensemble des musées nationaux devrait pondérer cette constatation et permettre aux catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées de venir au musée.

Les jeunes et les familles majoritaires parmi les visiteurs

Les jeunes de 18 à 25 ans sont, de loin, les plus sensibles à la levée du frein financier (les élèves et les étudiants sont multipliés par 3.5). Mais la gratuité dominicale est aussi très largement plébiscitée par les familles. Sur ces 2 années, la part des familles accompagnées d'enfants a augmenté de 20 à 27 % pour Paris, de 15 à 20 % pour la banlieue parisienne et de 23 à 34 % pour la province. Enfin, la gratuité permet de fidéliser le public : 30 % des visiteurs français, déclarant venir pour la gratuité, sont déjà venus un dimanche gratuit précédent.

Un succès prometteur

Comme tous les sites, monuments ou musées nationaux, le Louvre apparaît comme un emblème de la culture et de l'histoire de France. Cette dimension historique suscite de la part du public une réelle curiosité qui fait écho à des notions de patrimoine, d'héritage, d'appartenance et d'appropriation collective à partir desquels se constitue l'identité.

Cette curiosité est plus forte quand il s'agit de l'environnement culturel de proximité. Profondément attachés à leurs racines et à leurs traditions, les Français connaissent bien les lieux culturels de leur région. Ainsi, en 1997, 58% d'entre eux ont visité un musée dans leur commune ou leur région et 41% sont allés voir un monument historique (5) proche de leur domicile.

Pour l'ensemble des musées nationaux concernés par l'extension de la gratuité dominicale, la proportion de visiteurs " de proximité " (originaires de la même région pour les musées d'Ile de France, et du même département pour ceux de province) est estimée par enquête légèrement supérieure à ce qu'elle est au Louvre (24% contre 22%). Dans l'hypothèse très probable où c'est sur ce public que se produira l'essentiel de l'impact de la mesure, on peut donc attendre un impact minimum de 2% de la fréquentation annuelle avant l'adoption de la mesure.

En 1998, la fréquentation totale des musées concernés par l'extension (i.e. hors Louvre, Picasso et Versailles) étant de 5,7 millions de visites, on peut attendre de la mesure d'extension un impact quantitatif net de l'ordre de 115.000 visites supplémentaires, soit plus qu'un doublement de l'effet net pour le seul musée du Louvre.

La généralisation de l'expérience menée au Louvre depuis 2 ans à l'ensemble des sites, monuments ou musées nationaux de France semble donc promise à un bel avenir car elle répond aux aspirations culturelles des Français.

(5) Les pratiques culturelles des Français, enquête d'Olivier Donnat, La Documentation Française, 1998