Rapport de la Commission de réflexion sur Le livre numérique
mai 1999

Un nouveau développement pour la chaîne du livre, à condition d'adaptations significatives

Le numérique est un levier de développement pour les métiers de la « chaîne » du livre, à condition de prendre le parti d’une adaptation tournée vers l’avenir.

Les estimations les plus élevées laissent penser que le secteur du livre, au sens large, en France représente 80000 emplois salariés. Dans ces emplois, on trouve en amont les personnels d'imprimerie de livres mais également des métiers aussi divers que ceux de photograveur, maquettiste ou encore préparateur de copie et correcteur, diffuseur, distributeur, libraire. Enfin, outre ces emplois, il existe des métiers non salariés mais dont les personnes qui les exercent tirent l'essentiel de leurs revenus. C'est le cas en particulier des traducteurs et des auteurs.

La chaîne du livre s'est au fil des années organisée au travers de différents métiers, compétences et savoir-faire. Si chacun des maillons de cette chaîne a de fortes spécificités, une réelle solidarité s'est peu à peu constituée entre eux. Le 18e siècle voyait deux acteurs : l'auteur et l'imprimeur-libraire-éditeur. Depuis trente ans, on assiste à la multiplication du nombre d'acteurs : auteurs mais aussi traducteurs, éditeurs (ce dernier terme regroupant divers métiers, du directeur littéraire au responsable du marketing, du packageur à l'illustrateur), diffuseurs (c'est-à-dire ceux qui vont être la réelle force de vente), distributeurs (les acteurs de la logistique) et libraires.

Le fait que se soient développés tous ces métiers s'explique très largement par les particularités du livre. Le nombre de références disponibles (près de 400000 titres en langue française) et la large capillarité du réseau de vente au détail sur le territoire national sont deux exemples éclairants de ces spécificités.


Le développement du commerce électronique du livre
Le commerce électronique du livre se développera.

Certes, les bénéfices sont aujourd’hui peu élevés, ou plutôt il n’y a que des pertes. Amazon.com est cependant l’un des sites Web les plus fréquentés, son chiffre d’affaires a triplé en un an et le cours de son action ne cesse de grimper (à noter d’ailleurs que la plupart des entreprises de l’univers numérique connaissent des progressions vertigineuses de leurs valeurs boursières, même si l’on commence à observer des signes d’essoufflement).

Certes, les prix pratiqués sur Amazon. Com et Barnes and Noble ne sont pas moins élevés que ceux pratiqués dans les librairies traditionnelles. Si certains best sellers sont effectivement moins chers, les autres ouvrages le sont davantage. La stratégie de ces opérateurs est en réalité double : accepter un îlot de perte dans un océan de profits et viser à acquérir, à long terme, un monopole de la distribution permettant de contrôler la politique des prix.

Certes les habitudes d’achat par correspondance sont moins ancrées en Europe qu’aux États-Unis : 15 % des achats se font de cette façon outre-Atlantique contre 3 % en France.
Certes, enfin, les librairies virtuelles ont en réalité recours, bien souvent, aux mêmes bases de données disponibles sur le marché, ce qui limite leur apport. Seuls changent l’habillage et la vitrine.

Mais le livre est un produit très adapté au commerce électronique.
Si on analyse l’« industrie » du livre à l’aune des prévisions en termes de commerce électronique, on s’aperçoit que le livre satisfait aux principes retenus par les experts du domaine.

Le premier élément d’analyse, c’est l’existence d’un choix possible pour le consommateur. Il y a aujourd’hui plusieurs millions de titres disponibles sur le marché mondial du livre. La quantité de livres est telle, qu’il n’existe plus de capacités physiques pour stocker et présenter la totalité de la production éditoriale. C’est l’un des premiers atouts des librairies virtuelles que de pouvoir exposer un plus grand nombre de livres qu’une librairie traditionnelle : 3,5 millions pour Amazon.com; 600000 pour Barnes and Noble; près de 400000 références pour les principales librairies électroniques françaises, soit l’ensemble des ouvrages disponibles en langue française.

Le deuxième élément, c’est la non standardisation du produit. Chaque lecteur a ses propres centres d’intérêt. Le numérique permet de segmenter plus facilement le marché en fonction des publics et de créer des synergies pour telle ou telle communauté de lecteurs. Il y a, en général, une forte identification d’un public en fonction de tel ou tel type de culture. Les librairies électroniques, en particulier les plus consultées, développent un contenu éditorial propre : notices sur les ouvrages ou leurs auteurs, critiques des ouvrages, entretiens avec les auteurs, forums de discussion entre les lecteurs. Autant d’éléments qui viennent s’ajouter aux reproductions des couvertures ou des quatrièmes de couverture ou à la mise en ligne fréquente d’extraits des ouvrages. Les librairies virtuelles devraient en particulier bénéficier à des secteurs qui constituent des niches et, pour une large part, à un public d’expatriés ou à des lecteurs francophones de pays éloignés.

Le troisième élément, c’est la nature du produit. Une fois le choix du livre effectué, il n’y a pas de différence de nature physique entre tel ou tel livre, à la différence par exemple des fruits et légumes, qu’il convient de choisir presque à l’unité sur l’étalage.

Le quatrième élément, c’est l’adaptation aux besoins exprimés. La déception d’un lecteur après sa lecture n’est pas du même type que celle d’un acheteur par correspondance d’un vêtement trop grand ou trop petit.

Le cinquième élément, c’est le rythme de la production elle-même. Chaque livre a une durée de vie de plus en plus limitée, sauf pour certains livres de référence. Si l’on met à part la gestion des fonds éditoriaux, le monde de l’édition est un monde sensible aux variations de l’actualité et au goût pour le neuf, y compris dans la reprise des fonds. Le taux de circulation de beaucoup de livres est élevé, ce que le numérique est à même de gérer avec efficacité.

Ajoutons à cela que les ordres de grandeur des prix unitaires d’un livre sont tout à fait compatibles avec le niveau du « panier » moyen d’achats observé sur Internet. Si en France, les paiements directs en ligne par carte bancaire ou porte-monnaie électronique concernent seulement le tiers des transactions effectuées par Internet, les produits de loisirs de faible prix sont ceux qui sont les plus réglés de cette manière : logiciels (65 % des achats sont payés en ligne ), disques (71 %), cédéroms (77 %) et livres (81 %). Il faut prendre également conscience que le développement du commerce électronique est un levier majeur de recherche et de constitution de fichiers clients, qui est un des vecteurs de l’économie du numérique.

Commerce électronique, prix unique du livre et TVA

La loi sur le prix du livre s'applique aux versions papier quel que soit le mode de distribution. On n'observe d'ailleurs pas pour le moment d'infractions à la loi sur le prix du livre par les librairies virtuelles installées en France.

Il reste que les sites installés à l'étranger disposent d'une possibilité de consentir de fortes ristournes sur les ouvrages même si, juridiquement, il n'est pas acquis que la loi française ne s'applique pas au site du pays émetteur, du moins à l'intérieur de l'Union Européenne. Les offres apparemment discountées sur des sites étrangers, s’avèrent fallacieuses puisque le prix port payé est habituellement supérieur au prix librairie en France. Pour les sites américains, la logistique très lourde, les délais et les coûts de transport du livre constituent autant de freins à la mise en place de politiques de remises systématiques sur les livres en direction de la France. En tout état de cause, aucun des opérateurs concernés n'envisage pour l’instant de se lancer dans de telles entreprises.

Il convient en outre de rappeler qu'en l'état actuel du marché, la majeure partie des ouvrages en langue française est éditée en France ou dans les pays francophones développés.

Il reste que l'on peut craindre, même si cela reste limité, que certains livres vendus en très faible quantité soient acheminés jusqu’aux consommateurs à des prix inférieurs au prix public français malgré les contrôles en douane.

La dérégulation de la vente des livres sous forme de papier, même en la limitant aux ouvrages vendus par voie électronique, n'est pas souhaitable. En effet, les raisons qui ont conduit en 1981 à mettre en place le prix unique pour le livre valent également pour le commerce électronique. Les ristournes importantes concerneraient, très probablement, les ouvrages à fort tirage, c'est-à-dire un nombre limité de titres au détriment de la diversité de l'offre éditoriale. Le principe d’un prix unique devrait également s’appliquer à l’achat des livres électroniques, dans leur fonction de terminal, et non pour leur téléchargement.

Reste la question de la TVA. Le livre bénéficie en Europe du taux réduit (5,5 % en France), mais s'il se présente sous forme numérique, le taux normal de la TVA est alors applicable (soit 20,6 %). On peut donc observer qu'un même texte, un même écrit, un même contenu connaît une fiscalité différente selon le support. S'il n'est pas choquant que le prix de vente soit différent, il serait nettement plus cohérent, pour ne pas discriminer selon les supports dès lors que l'on reste dans un domaine qui ressort de l'industrie culturelle, de ramener tous les produits d'édition au taux réduit de TVA. Reste bien sûr à définir juridiquement et fiscalement ce qu’est un produit d’édition.

Ce développement ouvre un champ nouveau pour les métiers de distributeur et de libraire

Le commerce électronique laisse intact, on l’a compris, le support physique du livre tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il convient donc d’acheminer dans les délais les plus brefs les livres commandés par le biais du Net. Il est également probable que le Net révélera de nouveaux métiers d’intermédiaires qui offriront des portails d’entrée permettant de se retrouver plus vite dans les fonds disponibles. Il n’est pas certain en effet que tous les éditeurs se mettent à vendre directement sur le Net. Ce que montrent les expériences actuelles, c’est que du point de vue de la chaîne du livre papier, l’éditeur, le distributeur et le libraire restent distincts et le resteront durablement. Nul doute que Barnes and Noble continuera de s’appuyer sur l’imposant réseau de librairies que ce groupe représente.
Pour ce type d’opérateur, le commerce électronique des ouvrages est conçu comme le complément de leur activité première. Si cette activité n'est pour l'instant pas rentable, les recettes étant moindres que les coûts induits par la vente par correspondance, la présence sur le Web est à peu près unanimement estimée indispensable pour se familiariser avec ce nouvel outil de relation avec la clientèle et se préparer à de possibles modifications dans les comportements d'achat.

Le réseau est donc à la fois concurrent des modes traditionnels de vente et complémentaire, car susceptible d'attirer une clientèle différente. En outre, c’est un bon instrument pour anticiper l'évolution des goûts et préférences des publics.

Le développement de librairies virtuelles spécialisées est souvent adossé à celui de librairies physiques. Le site Web est le moyen d'élargir la clientèle en touchant des acheteurs dispersés géographiquement, qui ne disposent pas à proximité d'une librairie spécialisée dans leur domaine d'intérêt. De telles librairies constituent incontestablement une amélioration du service rendu aux clients, y compris à leurs clients déjà fidélisés. Pour les librairies concernées, la mise en œuvre d'un site Web est le moyen de développer des marchés de niche en touchant notamment des acheteurs résidant à l'étranger.

Le coût de l'organisation de la vente à distance et de l'actualisation très régulière du site constitue un obstacle réel à cette diversification de l'activité des librairies. Des aides financières pourraient opportunément leur être allouées à ce titre pendant la période de montée en charge de leur service.

Il est donc essentiel de souligner la nécessité de réaffirmer la valeur ajoutée des libraires traditionnels. Le trait spécifique du métier de libraire est moins la présentation et la gestion d’un stock élargi de livres, que la capacité d’aider ou d’orienter, de manière pertinente, le public dans l’achat de tel ou tel texte. C’est ce qui fait la caractéristique d’un bon libraire et cela, de plus en plus. Le livre n’est pas une chose jetée au hasard dans un caddie à côté de la lessive et des cornichons. C’est ce que l’on appelle le rôle prescripteur du libraire, le rôle de diffuseur de la culture disséminé dans les quartiers et les bourgs. Il appartient notamment aux collectivités locales de se préoccuper de la persistance du maillage actuel des librairies, qui est l’une des spécificités françaises de la distribution de livre.

Il est clair que pour les libraires, la mise à disposition par le numérique de catalogues complets, intégrant pour tous les types d’édition, à la fois les produits nouveaux et les fonds éditoriaux, peut représenter un atout. À charge pour eux de savoir en user pour proposer ce service à un public qui ne trouvera pas le temps de se repérer lui-même dans l’ensemble des propositions faites sur le Net.

Le développement du commerce électronique de livres risque bien sûr de confronter les libraires à de nouveaux concurrents, disposant déjà par exemple d'une expérience dans le domaine de la vente à distance. Il pourrait également inciter les autres acteurs de la chaîne du livre à intervenir directement dans la distribution des ouvrages, en particulier les éditeurs. Si ces derniers restent pour l'instant extrêmement prudents et, pour la plupart d'entre eux, ne souhaitent pas fragiliser le réseau de libraires, la transformation des métiers qu'induira – au moins à terme – le développement des technologies numériques ne doit pas être sous-estimée. On peut imaginer de voir se développer des partenariats actifs entre des maisons d’édition et des librairies. Le métier d’éditeur n’est pas nécessairement toujours le mieux adapté à de nouvelles fonctions commerciales, que le libraire pourrait en revanche développer utilement.

Il ne faut cependant pas oublier la tendance observée ces dernières années chez les grands « VPCistes », y compris dans le domaine culturel, d’ouvrir des lieux physiques de ventes leur permettant un contact direct avec leur clientèle.

Il ne faut pas exclure non plus la perspective de voir s’imprimer à la demande, directement dans les librairies, certains livres ou certaines parties de livres. C’est ce que l’on appelle le livre à la carte. L’univers numérique permet en effet de substituer au traditionnel schéma « imprime puis distribue », un nouveau schéma, « distribue puis imprime ».

Le rôle nouveau des bibliothèques

En raison notamment du développement d’Internet dans les milieux universitaires et les centres de recherche à partir des années 70, les bibliothèques ont été les premiers partenaires du monde du livre à développer des applications numériques.

Le site Web de la Bibliothèque du Congrès, à Washington, est l’un des sites les plus visités au monde. Il en ira progressivement de même pour toutes les grandes bibliothèques. C’est déjà le cas à la BNF.
La numérisation des documents présente en effet pour les bibliothèques ou les centres d’archives plusieurs avantages :

  • mode de stockage faiblement consommateur d’espace,
  • consultation du document sans aucune détérioration de celui-ci,
  • possibilité accrue de consulter des ouvrages rares ou fragiles,
  • démultiplication de l’accès aux catalogues et aux ouvrages; le réseau offre la possibilité de réaliser l’interconnexion des bibliothèques de lecture publique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières.

Compte tenu de l’énormité du travail de numérisation à accomplir, et de son coût élevé (10 à 20 francs la page) il convient de définir les critères de choix des œuvres numérisées en priorité. Plusieurs axes sont possibles : la conservation, en numérisant les ouvrages les plus fragiles; la fréquentation, en numérisant les ouvrages les plus demandés; le travail de recherche, en numérisant les documents les plus utiles au travail des chercheurs; la démocratisation de la culture, en numérisant par exemple les grands classiques de la culture française, ce qui ne va d’ailleurs pas sans difficultés dans le choix de l’édition de référence. On peut imaginer que devraient être retenus en priorité les critères de la recherche et de la fréquentation.

L’obligation du dépôt légal s’étend progressivement aux œuvres numériques, dont notamment, dès aujourd’hui, les logiciels mis sur le marché. Certains en viennent à considérer qu’il faudrait procéder par sondages réguliers, pour enregistrer régulièrement et conserver un ensemble de pages numériques, telles qu’elles apparaissent sur le réseau. Un tel point de vue se heurte à ce qu’est un patrimoine culturel. Le patrimoine culturel d’une civilisation, au travers de ses livres et de ses publications, constitue un ensemble de contenus destinés à perdurer. Cela suppose que ces contenus soient stables dans leur forme et dans le temps. Le développement d’une pensée fugitive et fluide est en contradiction quasi conceptuelle avec cette compréhension du patrimoine. Il faut donc imaginer des instances de validation et de qualification de ce qu’il convient de retenir au titre de l’obligation du dépôt légal. En effet, l’hypertexte enrichit l’offre proposée par les bibliothèques avec la constitution de liens documentaires entre les ouvrages conservés dans un lieu ou un autre. Le numérique permet également d’envisager la diffusion de produits documentaires spécifiques, complémentaires aux livres : bases de données, CD-Rom ou DVD-Rom.

Enfin, une réflexion est à conduire avec l’ensemble des acteurs concernés (BNF, éditeurs) sur la façon de tirer parti du numérique pour simplifier la procédure de dépôt légal.
Le numérique développe des demandes plus importantes en matière d’accès à l’information. Les possibilités d’accès à distance aux fonds numérisé des bibliothèques représentent une chance en termes de démocratisation de la culture et de francophonie. Mais des adaptations sont nécessaires. La numérisation des fonds suppose un travail de normalisation : ce travail est à faire.

Les nouvelles possibilités techniques posent par ailleurs un problème de perception de droits selon que l’on évoque la seule consultation sur écran, ou bien l’impression papier d’un livre disponible sur écran.

Il convient de trouver le bon équilibre entre une logique d’intérêt général et une logique de droit d’auteur. Dans le cas d’une simple consultation sur écran de livres édités sous forme papier, il serait utile d’imaginer de nouvelles formes de partenariat entre les maisons d’édition et les bibliothèques. Dans le cas d’une impression papier d’une édition numérisée, disponible ou non sur le marché de l’édition papier, on pourrait envisager, au moins dans une période expérimentale, un mécanisme de paiement forfaitaire à l’ensemble des éditeurs. On pourrait aussi imaginer pour les bibliothèques un rôle accru de vitrines de l’édition, favorisant l’achat d’ouvrages en liaison avec des libraires situées à proximité.

Le bibliothécaire doit donc maîtriser cette nouvelle offre de contenu et accompagner le lecteur dans ses recherches. Nul doute d’ailleurs que les bibliothèques publiques devront rapidement, pour cela, bénéficier des budgets nécessaires à un équipement de qualité. Il faut également mettre en place des moyens en formation et en accompagnement des bibliothécaires eux-mêmes.

Le cœur du métier de bibliothécaire était le catalogage et la conservation. Il devient davantage un rôle de médiateur. Le catalogue devient un ensemble de méta données et de bons moteurs de recherche pour récupérer dans l’univers numérique les contenus éditoriaux recherchés. Le bibliothécaire accroît son rôle de qualification de l’information. C’est ainsi que la bibliothèque confirmera qu’elle est un lieu de la démocratie, un espace où chacun peut obtenir une aide, une formation, les labels de qualité permettant de choisir l’édition recherchée. C’est pourquoi, il convient de maintenir vivant le réseau des bibliothèques de petites villes et des bibliobus.