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Le Prince Alwaleed et le ministre
de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres lors de
la signature au musée du Louvre de la donation exceptionnelle pour
le département des Arts de l'Islam photo : © D.R. |
Sommaire
- Un projet ambitieux : le redéploiement des Arts de l'Islam au musée du Louvre
- Un mécénat exceptionnel : la donation du prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud
- Eléments de biographie relatifs à son Altesse Royale le prince Alwaleed Bin tala Bin Abdulaziz Al Saud
- Présentation de la Kingdom Holding Company
- Quelques œuvres présentées dans la galerie DaruUn projet ambitieux :
le déploiement des Arts de l’Islam au musée du Louvre
En annonçant sa volonté de créer un département des Arts de l’Islam au musée du Louvre, le Président de la République a souhaité « conforter la vocation universelle de cette prestigieuse institution » et « rappeler aux français et au monde l’apport essentiel des civilisations de l’Islam à notre culture ». Cette décision, entérinée par décret le 1er août 2003, a une portée artistique et politique considérable et doit s’accompagner d’un projet de redéploiement des collections au sein d’un espace prestigieux et historique du musée du Louvre.
C’est Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, qui a lancé le concours international d’architecte en juillet 2004. Le coût global de ce projet s’élèvera à 56 millions d’euros, dont 26 millions seront financés par l’Etat.
Avec 10 000 œuvres, le musée du Louvre possède l’une des collections les plus riches et les plus belles du monde dans le domaine des Arts de l’Islam. Complétée par des dépôts substantiels (3 000 pièces environ) appartenant au musée des Arts Décoratifs, cette collection couvre avec éclat le champ culturel du monde de l’Islam dans toute son amplitude géographique (de l’Espagne à l’Inde) et chronologique (du VIIe au XIXIe siècle).
Aujourd’hui très contrainte dans ses espaces (1 300 œuvres sont actuellement présentées sur 1 100 m2 ), la collection des Arts de l’Islam du Louvre se doit d’être installée dans de vastes espaces conçus pour elle, au sein d’un parcours ambitieux et novateur.
C’est la cour Visconti située au cœur de l’aile Sud du Palais qui a été retenue par le Président de la République pour accueillir les futurs espaces dévolus à la collection.
Elle offre la possibilité d’insérer les Arts de l’Islam de manière cohérente dans le parcours des collections sans toucher aux présentations des autres départements, de les installer à proximité des civilisations de l’Antiquité tardive. Les Arts de l’Islam seront en effet présentés dans la continuité des collections relatives à l’Egypte romaine et copte, à proximité des collections provenant de Syrie et de Phénicie.
Le rez-de-chaussée haut de la Cour Visconti permet par ailleurs d’accéder aux espaces prestigieux de la Salle du Manège ou de la galerie Daru qui conduisent aux grands chefs d’œuvre de l’Antiquité grecque (Vénus de Milo, Victoire de Samothrace) puis à ceux de la Renaissance italienne (La Joconde, les Esclaves de Michel-Ange). C’est dire que les futurs espaces du département mettront
les Arts de l’Islam au coeur des zones les plus visitées par ses presque sept millions de visiteurs.
Le choix de la cour Visconti permet de multiplier par presque quatre les espaces qui seront consacrés aux Arts de l’Islam, puisque près de 4 000 m2 seront aménagés. Située en plein air et inoccupée, elle réunit les conditions d’un véritable projet architectural lumineux et original.Un mécénat exceptionnel
La donation du prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud
Son Altesse royale, le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud d’Arabie Saoudite, fait une donation déterminante pour la création des nouveaux espaces consacrés aux collections du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre. – lieu universel d’art et de culture. Ce don est destiné à permettre le rapprochement des cultures et civilisations occidentale et islamique, dans l’esprit de compréhension mutuelle, de respect et de tolérance auquel il est profondément attaché. A travers siècles et continents, l’Islam a donné naissance à un art raffiné et d’une extraordinaire richesse, dont la magnifique collection du Louvre pourra dignement témoigner dans les nouveaux espaces qui lui seront consacrés. Ainsi le Louvre rappellera à ses millions de visiteurs venant de France et du monde entier l’apport essentiel des civilisations de l’Islam à l’histoire de l’humanité, contribuant ainsi à une meilleure connaissance du sens historique de la culture et des Arts de l’Islam. Conscient de l’importance des arts, de l’éducation et de la culture dans le dialogue et le rapprochement entre les peuples, le prince Alwaleed souhaite également contribuer, par sa donation, à resserrer les liens d’amitié qui unissent la France, un pays qui lui est cher, et l’Arabie Saoudite, son pays natal.Eléments de biographie relatifs à son Altesse Royale le prince
Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud
Le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud, né en 1955, est le petit-fils du fondateur de l’Arabie Saoudite, le roi AbdulAziz Al Saud, et du premier ministre Riad El- Sohl, l’un des pionniers de l’indépendance du Liban.
Diplômé en administration des entreprises (Bachelor’s Degree) au Collège de Menlo, Californie, en 1979 et titulaire d’un diplôme universitaire de deuxième cycle en sciences sociales obtenu avec mention à l’Université de Syracuse, New York, en 1985, le prince Alwaleed est un entrepreneur de
dimension internationale.
Il a débuté en 1979, en Arabie Saoudite, en se spécialisant dans la construction et l’immobilier.
Via sa société Kingdom Holding Company, il a ensuite élargi ses investissements au secteur bancaire, aux télécommunications, aux médias, aux tourisme et loisirs, à l’hôtellerie, à l’informatique, à l’agriculture, à la restauration, à la haute couture, à la grande distribution et à la construction automobile.
Sa carrière d’investisseur international et d’entrepreneur lui a valu de nombreuses distinctions universitaires et honorifiques dans différents pays du monde, ainsi que des citations de la presse économique et financière.
Parmi les pays dans lesquels le prince Alwaleed a investi, la France occupe une place importante.
Son Altesse Royale, via Kingdom Holding Company, détient notamment l’hôtel George V à Paris (racheté en 1996 et rouvert en 1999) et 17,3 % d’Eurodisney.
Le prince Alwaleed fait partie, depuis plusieurs années, des dix premières fortunes privées mondiales.
Il soutient de multiples activités philanthropiques et humanitaires notamment la construction de logements et la lutte contre la pauvreté en Arabie Saoudite, mais également des institutions à vocation
scientifique, éducative et culturelle comme l’Université américaine du Caire ainsi que des programmes
scolaires et universitaires au Liban, par le biais de la Fondation Humanitaire Alwaleed Bin Talal de Beyrouth.
Il a versé 18 millions de dollars pour venir en aide aux victimes du Tsunami; ce don est le plus important fait à titre privé à l’occasion de cette crise.Kingdom Holding Company, un leader mondial de l'investissement
Kingdom Holding Company (KHC) est une entreprise d'investissement, créée et dirigée par son Altesse royale le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Alsaud qui figure, cette année, au cinquième rang du classement du Magazine Forbes des hommes d'affaires les plus riches du monde, avec une
fortune estimée à 23.7 milliards de dollars.
Si KHC a été créé en 1990, ses origines remontent à 1979. Après des débuts modestes, l'entreprise s'est considérablement développée et est active dans toutes les régions du monde. Ses investissements s'étendent maintenant à une large gamme de secteurs d'activités : banque, hôtel, immobilier, agriculture, industrie, télécommunications, tourisme, media, loisirs, santé et éducation, pour n'en mentionner que quelques uns. Parmi les « joyaux » de son portefeuille, on peut citer Citicorp et les chaînes hôtelières Movenpick et Four Seasons. En 2003 et 2004, KHC était classée par Arab News et Al-Eqtisadia, en tête des cent entreprises saoudiennes les plus importantes.
Contrairement à ce que l'on peut imaginer, Kingdom Holding est une entreprise dirigée par une équipe de moins de cinquante personnes. Ce chiffre est surprenant pour qui ne connaît pas le fonctionnement particulier de KHC. Le développement spectaculaire de l'entreprise avec une structure
aussi légère peut être attribuée au leadership, à la vision et à la stratégie que le prince Alwaleed a apporté et mis en œuvre, ainsi qu'à l'implication et la grande qualité de l'équipe. KHC est une structure
concentrée sur la performance et qui privilégie la créativité, l'innovation et l'excellence.
Responsabilité Sociale
Comme pour toute entreprise, l'objectif de Kingdom Holding est d'augmenter les revenus et de maximiser les gains financiers. Cependant, le prince Alwaleed est convaincu depuis longtemps que les entreprises, au même titre que les personnes, ont une responsabilité sociale à l'égard de leurs communautés, et qu'elles doivent agir, de concert avec les autres acteurs, pour promouvoir des valeurs fondamentales et atteindre des objectifs sociaux. A cette fin, il mène en Arabie Saoudite, un programme très ambitieux destiné à fournir des emplois aux Saoudiens, hommes et femmes, en améliorant le niveau d'éducation et fournissant de l'assistance à ses concitoyens en situation précaire.
Actuellement, 80 % du personnel de KHC est saoudien, dont 50 % de femmes qui occupent pour
beaucoup des postes de responsabilité. Et pour aider ceux qui sont en situation difficile, plus de
2 000 logements ont été mis à disposition des sans abris par son Altesse royale.
L'engagement du prince ne s'arrête pas aux frontières de l'Arabie Saoudite, mais concerne aussi l'Afrique, l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Asie et d'autres pays du Moyen-Orient. Il concerne un large spectre d'activités : santé, aide aux victimes de catastrophes naturelles, réduction de la pauvreté,
malnutrition dans les pays les moins développés du monde.
Le prince Alwaleed se sent profondément Saoudien, mais aussi citoyen du monde, assumant toutes les responsabilités que ceci implique.
Initiatives de paix
En tant qu'entreprise mondiale, Kingdom Holding a un intérêt évident à la stabilité du mondiale et à la solution des conflits dans le monde. En conséquence, son Altesse royale a lancé plusieurs projets visant à la compréhension interculturelle et à la promotion d'un climat et de conditions favorisant la paix. Ces initiatives concernent notamment la création de programmes scolaires, de centres universitaires, aussi bien que le financement de conférences dans différentes parties du monde. La création récente d'un département d'études stratégiques au sein même de Kingdom Holding Company
démontre l'importance que le prince Alwaleed attache au rôle que KHC peut jouer en ce domaine.Liens avec la France
Depuis son enfance, le prince Alwaleed a un attachement particulier pour la France. C'est encore aujourd'hui le pays où il choisit de passer ses vacances quand son emploi du temps le permet.
Cet attachement pour la France s'est renforcé au fil des ans en raison des liens chaleureux qui caractérisent les relations franco-saoudiennes et de l'importance des engagement financiers du prince
en France.
Parmi ces investissements, l'acquisition et la rénovation de l'Hôtel George V, classé meilleur hôtel du monde ces quatre dernières année, et la participation dans Euro-Disney sont particulièrement remarquables.
Récemment, Le prince s'est déclaré prêt à aider au financement des futures salles dédiées au collections d'art de l'Islam, au Louvre, et dont la création a été décidé par le Président Chirac.
Il apporte ainsi une preuve supplémentaire de l'estime et de l'affection qu'il porte à la France.Quelques œuvres présentées :
Pyxide du prince al-Mughira
Cette boite a été sculptée en 968 pour le prince al-Mughira, fils du calife umayyade d’Espagne. Elle n’est pas une suite d’allusion à des plaisirs de la cour mais un véritable programme évoquant la culture classique, poétique et historique de la dynastie arabe des Umayyades. A une scène de trône assez curieuse, à trois personnages, succèdent un médaillon enfermant la représentation redoublée d’un taureau attaqué par un lion et deux scènes uniques: le ramassage des œufs de faucons et la cueillette des régimes de dattes par deux cavaliers. Les éléments cueillis touchent à des symboles de longue date de la dynastie Umayyade. Le palmier d’Orient est l’arbre qui symbolise l’exil de la dynastie, chassée de Syrie par le califat rival des Abbassides. C’est ce que commémore un poème du refondateur de la dynastie en Espagne, Abd al-Rahman Ier. Le faucon dont les œufs sont dérobés est le rival Umayyade, « faucon des Quraysh » dont la prose arabe en garde le souvenir. L’oeuf, quant à lui dans la littérature Umayyade, représente Cordoue, la capitale des califes.
Beaucoup de signes du pouvoir sont ici inscrits et font de cette pyxide, chef-d’œuvre de l’ivoirerie califale, un témoignage d’histoire et d’histoire de l’art. De petite taille, chaque détail peut être agrandi sans fin et apparaître aussi saisissant qu’une sculpture monumentale.
L’artiste maîtrise à la perfection les possibilités du matériau ; les têtes sont sculptées même sur leur côté non visible. De petites perforations animent toutes les surfaces, les éléments annexes de la composition, bandeaux décoratifs et végétaux, tandis que les éléments principaux sont gravés. L’effet de contraste coloré assure la lisibilité du décor très touffu.Pyxide du prince al-Mughira, Califat Umayyade, Cordoue, Cour de Madinat al-Zahra, 968 Ivoire sculpté, trace de geai (OA 4068, acquisition 1898).
Vase dit de l’Alhambra
En 1780 l’Académie Royale des Beaux Arts d’Espagne commande la première publication scientifique illustrée sur les « Antiquités Arabes d’Espagne ». Y sont reproduits un vase aux anses festonnées, portant la devise des Nasrides de Grenade, vase détruit en 1813, et la célèbre Vase aux gazelles aujourd’hui conservé au musée de l’Alhambra. Le vase présenté ici a des anses festonnées similaires à celles du vase disparu. Il présente la particularité d’avoir reçu un décor moulé. La technique du moulage n’est pas une nouveauté de la production de céramique islamique en Espagne ; à l’époque des souverains nasrides de Grenade, elle est employée dans le décor architectural. A l’Alhambra ont été découverts des carreaux de céramique moulés rehaussés de cobalt. Le terme de « vases de l’Alhambra » reste associé à la série des grands vases nasrides à décor de lustre. Cependant sur cette série de douze vases seuls deux ont été effectivement découverts sur le site des palais nasrides. Un français, F. Bertaux, lors d’une ambassade en Espagne en 1659, signale dans les jardins, sous le quartier militaire de l’Alhambra, « de grands vases de terre peinte, où il n’y avait pour lors que quelques fleurs en quelques uns ». En 1764, l’Espagnol J. de Echevarria en cite un autre dans une pièce donnant sur la cour des Myrtes. Tous les auteurs postérieurs – A. de Laborde (1806), J.C. Murphy (1813), P. Girault de Prangey (1837), O. Jones et J. Goury (1842) – évoquent à leur tour les vases de l’Alhambra. Ces vases occupaient à l’origine de grandes niches réparties par paire ; il en existe dans les palais et dans les grandes résidences nasrides. A l’Alhambra plusieurs de ces niches portent des inscriptions poétiques faisant allusion à des jarres. Les vases de l’Alhambra ont suscité une abondante littérature, mais les vases à décor moulé, constituant une très petite série, sans doute pas plus de sept pièces, ont été totalement oubliés et négligés pendant des années. Ils n’ont été l’objet d’étude en laboratoire que très récemment. Ils portent une inscription historique assez déroutante puisque deux kunya* de sultans nasrides sont mentionnées : Abu ‘Abd Allah et Abu al-Hajjaj. Elles ont été portées par un grand nombre de souverains nasrides et ne peuvent servir à identifier avec précision le ou les commanditaires précis des vases.Vase dit « de l’Alhambra », Espagne, XIVe-XVe siècle, Céramique moulée, sous glaçure plombeuse opacifiée, rehauts de cobalt et de vert de cuivre. Anc. Collection Henri de Rothschild, puis Stora puis Adda, Don de la famille Adda.
Plateau au nom d’un sultan du Yémen
Ce grand plateau a été fait pour al-Mujahid ‘Alî, sultan de la dynastie rassoulide du Yémen entre 1321 et 1323. On peut resserrer sa datation en le comparant à des objets produits sous le règne du sultan
mamlouk d’Egypte, al-Nasir Muhammad (1309-1341). C’est en effet au Caire, pour la cour Yéménite que ce grand plateau fut probablement réalisé, ou en Syrie dans le domaine des sultans mamlouks.
Il pourrait s’agir d’un cadeau fait au sultan du Yémen avec lesquelles les mamlouks entretenaient des liens commerciaux étroits. Tout l’effet de son décor repose sur l’ampleur d’une belle écriture rayonnante aux longues hampes alors que le reste des lettres est resserré sur le périmètre extérieur. Ce procédé au fort impact visuel se développe sous le règne du sultan mamlouk al-Nasir Muhammad. Les hampes des lettres donnent un tempo, une rythmique au décor et les autres lettres, formant des boucles ou s’étirant, viennent animer, sur la périphérie cette forte construction. L’inscription est vigoureusement interrompue par de grands rondeaux de lotus et de fleurs composites, timbrés en leur centre d’une fleurette à cinq lobes, blason dynastique des Rassoulides. La fleurette à cinq pétales est le point d’orgue de la rosace qui occupe le centre du plateau. La puissante composition accuse fortement le rayonnement du possesseur de l’objet et la métaphore solaire de ces constructions savantes est bien souvent mis en œuvre durant cette période de splendeur pour le domaine mamlouk. C’est ici la titulature du souverain qui forme les rayons de l’inscription ; elle commence immanquablement par une louange sur la gloire du sultan et s’achève, après une suite de titres, par l’exaltation des deux piliers de sa puissance, la plume (qalam) et l’épée (sayf).Plateau au nom d’un sultan du Yémen, Bronze, décor incrusté d’argent, de cuivre rose et d’or.
Egypte ou Syrie, Première moitié du XIVe siècle, (OA 6008, legs Baron A. Delort de Gléon, 1912).
* Kunya : a) La kunya est un surnom généralement composé d'Abû (père de) ou Umm (mère de) suivis d'un nom propre