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| Discours
douverture de Catherine Tasca au Séminaire « Politiques audiovisuelles et diversité culturelle dans une Europe élargie » Prague, 5 octobre 2000 |
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Messieurs les Ministres, Je suis particulièrement heureuse de me trouver parmi vous ce matin. Le sujet qui nous réunit - la diversité culturelle - est en effet au cur des priorités de la Présidence française de lUnion européenne. Il prend encore plus dampleur si on l'aborde dans la perspective de lélargissement, processus dans lequel toute lhistoire de l'Union européenne s'inscrit depuis sa création en 1957, passant de 6 à 9, puis à 12, puis à 15, et bientôt à près d'une trentaine d'Etats membres. Compte-tenu de la variété des thèmes que vous
aborderez durant ces deux journées très denses déchanges,
j'ai choisi dévoquer trois sujets : Ces dernières années, lexpression «
diversité culturelle », venue remplacer celle d «
exception culturelle », a pris une place croissante dans les
discours politiques des uns et des autres, et dans les enceintes des
institutions internationales. Même sil faut évidemment
se réjouir de cette évolution des mentalités que
ce phénomène semble traduire, il ne doit pas conduire à
banaliser cette expression au point de la vider de son sens. Toutes les formes dexpression culturelle ou artistique - littérature, musique, mais aussi cinéma ou télévision - sont porteuses de sens pour nos sociétés et témoignent de cette diversité. La préservation et la promotion de cette diversité constituent des objectifs essentiels des politiques communautaires. Loin de viser à la constitution dune hypothétique « culture européenne », ces politiques doivent au contraire permettre léchange didées entre nos multiples cultures et la circulation des oeuvres au sein de lEurope, gages dune meilleure compréhension entre les peuples, particulièrement dans le contexte dune Europe qui fut longtemps divisée. Et ces échanges sont attendus en particulier par nos nouvelles générations. Parallèlement à leur objectif culturel, ces politiques doivent créer un environnement juridique propice au développement des industries culturelles, de plus en plus créatrices demploi et de richesse. Jajouterai enfin que, même si les nouvelles technologies - je pense au câble, au satellite, ou encore à lInternet - créent indiscutablement une multitude de vecteurs nouveaux, notamment pour les industries de laudiovisuel, cette profusion de canaux nest pas automatiquement synonyme de diversité des offres ou de pluralisme démocratique. En effet, le risque existe que la prolifération des canaux de diffusion aboutisse in fine à une production standardisée, où la diversité et la richesse de la création européenne auraient peu de place. Je suis donc pour ma part convaincue que lEurope devra continuer, à lavenir, à mener des politiques culturelles volontaristes. Je voudrais maintenant en venir plus spécifiquement aux politiques audiovisuelles, qui seront au cur de vos travaux pendant ces deux journées. Tant au niveau national que communautaire, dans le respect du principe de subsidiarité, les Etats membres et la Communauté ont mis en place des politiques de soutien à ce secteur afin de pallier les lacunes du marché. Loin dêtre protectionnistes, ces politiques visent, comme je lindiquais plus haut, à garantir à tous les publics une offre de programmes diversifiée. Permettez-moi de marrêter sur quelques exemples concrets. Tout dabord, au plan national, la majorité des Etats membres de lUnion européenne ont conservé un système audiovisuel dual, marqué par la coexistence du secteur privé et dun secteur public fort. Très récemment dailleurs, les professionnels des Etats membres ont rappelé leur attachement au service public audiovisuel lors dun colloque organisé par la Présidence française à Lille. Il est clairement apparu que le service public audiovisuel était seul susceptible de sadresser à tous les publics, et quil jouait un rôle de premier plan dans laccès de tous les publics à la culture. Cest donc une alternative nécessaire au développement de la télévision commerciale. Loin dêtre condamné à disparaître devant lexplosion des offres privées de toutes sortes, le service public audiovisuel aura, demain encore dans la nouvelle ère numérique, une toute première importance, notamment dans la lutte contre la « fracture numérique » entre ceux qui ont accès aux nouvelles technologies audiovisuelles et ceux qui ne le peuvent pas pour des raisons techniques, économiques ou culturelles. Les Etats membres doivent donc se donner les moyens - politiques, juridiques, financiers - de continuer à proposer cette offre publique audiovisuelle. Par ailleurs, la richesse des programmes audiovisuels est systématiquement liée à lexistence de cinématographies nationales fortes et créatrices. A cet effet, tous les Etats membres se sont dotés de mécanismes financiers nationaux de soutien au cinéma. Les dispositifs ainsi mis en place par les pouvoirs publics ont, je crois, contribué au maintien ou au redressement de nombreuses cinématographies nationales, même si la présence de films américains dans nos salles de cinéma et sur nos écrans de télévision est encore très marquée et même très largement dominante, ce qui démontre dailleurs clairement que ces soutiens financiers ne sont pas de nature à fermer laccès de nos marchés européens ou autres. Au niveau communautaire, la promotion de la diversité culturelle et la création dun grand marché européen de laudiovisuel sappuient sur un cadre juridique très complet. Sans entrer dans le détail du droit communautaire en matière de concurrence ou de droits dauteurs - politiques transversales qui jouent au demeurant un rôle tout a fait essentiel en matière culturelle -, lun des outils spécifiques les plus importants dans ce cadre est la Directive Télévision Sans Frontière. La France a toujours affirmé son attachement à l'objectif de promotion des oeuvres européennes et au mécanisme des quotas - quils portent sur linvestissement ou la diffusion doeuvres européennes -, et continuera de le faire lors de la révision de ce texte en 2002. Les quotas ne sont sans doute pas une panacée. Ils ont toutefois joué, cest une évidence, un rôle essentiel dans le maintien, puis laugmentation du volume de programmes européens sur nos écrans, ainsi que dans la circulation des programmes de télévision européen sur notre continent. Parallèlement, le programme MEDIA, dont nous discutons actuellement le prolongement pour les cinq prochaines années, est un instrument financier de premier plan dans le secteur de laudiovisuel et, également, du cinéma. En proposant par exemple des mécanismes daide à la promotion et à la distribution des programmes et des films, il peut contribuer lui aussi de façon déterminante à une plus grande circulation de nos oeuvres et de nos programmes à lintérieur de lEurope, si bien sûr nous lui en donnons les moyens financiers suffisants. Car comme le soulignait la précédente intervention, il y a une convergence profonde entre les Etats membres entre eux et entre les Etats membres et la commission sur les objectifs de la politique communautaire audiovisuelle pour appuyer la diversité culturelle. Mais nous devons travailler ensemble à traduire concrètement cet accord sur les objectifs dans nos programmes d action. Dans la perspective de lélargissement de lUnion européenne, la reprise par les pays candidats de ce cadre, de cet « acquis communautaire » comme il est de coutume de lappeler, constitue bien sûr une condition essentielle de la continuation du projet culturel européen. Certains considèrent que le processus délargissement peut être porteur de risques, notamment pour laudiovisuel : risque de délocalisations des industries audiovisuelles, motivées par lhétérogénéité des législations ; risque de tentations hégémoniques dune partie de lEurope sur une autre ; risque enfin dune uniformisation et - soyons clairs - d'une américanisation accélérée des programmes. Pour ma part, jestime au contraire que cette nouvelle étape de lhistoire européenne peut constituer une chance pour nos citoyens daccéder à de nouveaux horizons culturels, et aussi une opportunité pour nos industries audiovisuelles de bâtir un grand marché européen. A la condition bien sûr que les règles du jeu soient les mêmes pour tous, que lacquis communautaire soit repris par tous. Je sais que tous les pays candidats se sont résolument engagés dans cette voie, même et ne sous-estimons pas cela- sils peuvent parfois rencontrer des difficultés réelles au cours de ce processus. Je souhaite donc vivement que le dialogue pan-européen se renforce dans le but de faciliter les adaptations juridiques nécessaires, et je crois que le premier intérêt de cette manifestation est dy contribuer. Jen viens maintenant au dernier sujet qui me préoccupe,
le contexte des négociations internationales. Comme je lai
rappelé, lEurope et ses Etats membres se sont, au fil des
ans, dotés dinstruments appropriés aux objectifs
quils poursuivaient, tant industriels que culturels, dans le
secteur audiovisuel. Si ces objectifs - la promotion de la diversité
culturelle et la création dun marché européen
de laudiovisuel- ne sont pas appelés à changer,
les mutations, en particulier technologiques, nécessiteront
vraisemblablement une adaptation de mécanismes actuellement en
place. De tels ajustements sobservent déjà, par
exemple dans le cadre de la négociation du programme MEDIA+
appelé à succéder à MEDIA II, ou par ladoption
de nouvelles directives, notamment la directive sur les droits d
auteur et les droits voisins. Il est temps pour moi de conclure. Je suis convaincue quau-delà de lEurope monétaire ou économique - et en particulier dans la perspective d'une Europe élargie, processus complexe -, lEurope de la culture constitue sans doute une étape difficile à réaliser, mais aussi la plus nécessaire pour lavenir de lEurope. Elle seule peut créer ce lien qui rassemble par l'esprit des hommes et des femmes partageant un espace géographique commun. Elle seule peut permettre à une société denvisager sereinement son avenir, sans oublier - ou plus précisément pour qu'elle noublie pas - ses racines, son identité plurielle. Elle seule enfin peut, par lintermédiaire de politiques appropriées au plan national et au plan communautaire, créer un espace commun pour nos langues, nos auteurs, nos artistes, nos films, nos images. Je souhaite pleine réussite à vos travaux car je suis convaincue quils contribueront utilement à la construction de cette Europe de la Culture que nous souhaitons tous et où le dialogue entre la République tchèque, la France, les Etats membres et tous les Etats candidats peut jouer un rôle important. Je vous remercie de votre attention. |
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