
Signature du 1er protocole de
décentralisation culturelle dans le domaine du patrimoine entre l'Etat
et le département de la Lozère
Javols - le 13 juillet
2001
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Conseil
général de la Lozère,
Messieurs les
Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et
Messieurs,
Le département de la Lozère n'est certes ni le plus vaste, ni le plus peuplé de France. Pourtant, comme le directeur régional des affaires culturelles de Languedoc-Roussillon le soulignait lors d'une récente réunion à Paris, c'est un département qui, grâce à son dynamisme et à ses initiatives, peut rivaliser avec beaucoup d'autres mieux avantagés. Pour cette raison, j'ai le grand plaisir d'être parmi vous pour la signature du tout premier des sept protocoles de décentralisation culturelle que Catherine Tasca et moi-même avons décidé de conclure cette année et dont six portent sur le patrimoine.
La Lozère précède la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur dont le protocole sera signé la semaine prochaine et devient la première collectivité territoriale à s'engager dans le cadre d'un accord avec l'Etat éminemment novateur, pour expérimenter de nouvelles pratiques en matière d'étude, de protection, de gestion et de mise en valeur du patrimoine. Si ces expériences sont convaincantes, elles doivent préfigurer la définition de nouvelles répartitions de compétences qui pourraient être officialisées et généralisées par voie législative et réglementaire.
Par delà les différences qui tiennent autant à la personnalité de la collectivité territoriale qu'aux objectifs concrets de chacun de ces protocoles, l'intention est la même : identifier par quelles compétences précises, dans quel cadre, avec quelles ressources (humaines et financières), la collectivité locale peut répondre, mieux que l'Etat ne peut le faire seul, et avec les mêmes exigences, aux enjeux actuels, et aux évolutions dont le service public culturel, ses usagers et la population ont besoin.
Les compétences nouvelles qui vont ainsi se construire durant
les trois années de l'expérimentation doivent constituer
progressivement un tissu cohérent au service d'une responsabilité
publique partagée.
La diversité des territoires choisis pour
ces expérimentations initiales permet de répondre à des
impératifs spécifiques dans le temps et dans l'espace et favorise
la constitution d'un panel de réponses qui reflètent la richesse
des initiatives territoriales. Je veux insister sur le parti pris de la
diversité qui démontre la volonté d'un État
solidaire des territoires les moins favorisés.
Le choix de la
Lozère est le signe d'une volonté décentralisatrice mais
également d'un engagement pour empêcher que se creusent de
nouvelles inégalités. L'effort financier nouveau que nous
consacrons à ce protocole en atteste.
Le principe même de cette démarche expérimentale, à la fois pragmatique et novatrice, vient d'être approuvé et officialisé par l'Assemblée nationale qui a voté, à l'unanimité en première lecture, le 19 juin dernier, un amendement gouvernemental au projet de loi " Démocratie de proximité " qui inscrit ces expérimentation dans le processus de la décentralisation ; cet amendement, qui sera prochainement examiné par le Sénat, confère une reconnaissance nationale à cette démarche.
Il confirme que chacun des protocoles doit permettre, " au terme de l'expérimentation, de déterminer le niveau de collectivité territoriale compétente pour chacun des terrains d'expérimentation faisant l'objet d'un transfert définitif. "
Les perspectives de la généralisation des résultats de ces différentes expérimentations reposeront sur un dispositif d'évaluation que nous avons mis en place, et qui réunit la compétence d'experts, de fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales, autour du Groupe National de Suivi et d'Évaluation présidé par le Directeur de l'Observatoire des Politiques Culturelles.
Les protocoles de décentralisation culturelle reposent ainsi sur trois principes :
Enfin, il convient d'insister sur l'apport des protocoles à la
réforme de l'Etat et au positionnement de ses services dans le contexte
d'une décentralisation culturelle adaptée, concertée,
expérimentée et dont les fondements et les principes auront
été largement débattus. De la qualité du dialogue
entre partenaires des protocoles dépendra la bonne appréciation
du rôle futur des services de l'Etat.
Je me réjouis donc tout
particulièrement des excellentes conditions dans lesquelles ici le
protocole de décentralisation culturelle a été
préparé.
Ce protocole est, en effet, très ambitieux :
Il engage des actions particulièrement volontaristes en faveur
de la connaissance, de la sauvegarde et de la mise en valeur du patrimoine
rural d'une part, et en faveur du patrimoine mobilier public d'autre part, ce
dernier volet constituant d'ailleurs l'une des spécificités
intéressantes du protocole de la Lozère. En outre, il comporte un
projet d'étude et de mise en valeur du site archéologique de
Javols, particulièrement novateur et symbolique qui explique notre
présence ici.
L'engagement du département dans les projets de
restitution et de présentation au public de ce site archéologique
est réellement exemplaire. Il était donc opportun d'engager une
nouvelle coopération avec l'Etat sur l'évolution souhaitable du
mode de gestion des sites archéologiques, sur le devenir des
dépôts départementaux de fouilles, et les moyens à
mettre en uvre pour développer des espaces de valorisation de ce
type de patrimoine. Nous attendons beaucoup de ce travail.
D'autres raisons
expliquent l'intérêt de ce protocole.
tres raisons expliquent l'intérêt de ce protocole. La première tient à la spécificité même de votre département qui en fait pour nous un échantillon particulièrement significatif. La Lozère est en effet un territoire rural très cohérent et bien préservé, à la charnière de l'Auvergne et du Languedoc-Roussillon méditerranéen, habité depuis la préhistoire, doté certes de nombreux monuments dont près de deux cent sont protégés, mais aussi et surtout d'un patrimoine traditionnel d'une très grande qualité, tant dans son bâti que dans ses paysages.
La seconde, et sans doute la plus importante à mes yeux, tient au fait que les responsables de ce département ont su percevoir cet héritage non seulement comme un témoignage précieux d'un passé laborieux, mais aussi comme un potentiel culturel et économique majeur.
La politique du département est en effet active et significative, dans le domaine de l'archéologie, des objets mobiliers des collections publiques ou de l'inventaire général. Elle est le fruit d'une collaboration efficace avec les services de l'Etat qui s'articule en particulier autour du service départemental des Archives, qui est appelé à jouer un rôle majeur dans la mise en uvre de ce protocole retrouvant ainsi l'histoire de la décentralisation. Elle bénéficie également de l'action d'un service départemental de l'architecture et du patrimoine très attentif à la sauvegarde des monuments, mais aussi à celle de l'architecture vernaculaire et à la qualité du cadre de vie. Le responsable de ce service vient d'être appelé à d'autres fonctions, mais il sera très prochainement remplacé par un architecte urbaniste de l'Etat particulièrement compétent dans le domaine du patrimoine rural. Je vous en donne l'assurance. Je veillerai à ce que ce remplacement intervienne dans les meilleurs délais.
Mes derniers mots seront donc pour remercier tous ceux qui ont permis
l'élaboration de ce projet de protocole qui se concrétise
aujourd'hui : les responsables du Département de la Lozère,
vous-même Monsieur le Président ; les fonctionnaires qui vous
entourent, et tout particulièrement le Directeur des archives
départementales ; les services de l'Etat qui, sous votre autorité
Monsieur le Préfet ont négocié ce protocole, et tout
particulièrement le directeur régional des affaires culturelles
François de Banes Gardonne et ses collaborateurs.
Que la
Lozère joue pleinement, à travers ce protocole, le rôle que
nous en attendons : servir d'exemple national pour le renforcement des
collaborations de l'Etat et des collectivités territoriales, dans
l'affirmation et le respect mutuel des compétences de chacun, au
bénéfice de la sauvegarde et de la mise en valeur de notre
patrimoine et de la qualité du cadre de vie de nos concitoyens.
Je
vous remercie.